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Animatrice pour Skydance et jury à l’ESMA Graduation Show 2025 : Rencontre avec Belén Sousa Domínguez

3DVF.com pour l'ESMA

7 minutes de lecture

Après avoir travaillé de nombreuses années en tant qu’animatrice sur des projets de grande envergure comme Black Panther, Les Gardiens de la Galaxie ou encore Captain Marvel, Belén Sousa Domínguez a intégré l’équipe madrilène de Skydance Animation en 2022, un poste qu’elle occupe depuis trois ans.

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C’est dans ce cadre que nous avons eu la chance de la rencontrer au ESMA Graduation Show 2025. Avec elle, nous avons échangé sur son parcours, sur les prochains présents et à venir qui l’ont marquée, et sur l’évolution d’un secteur dans lequel elle navigue depuis près de dix ans. 

Une interview pleine de conseils pour une jeune génération qui, selon cette animatrice professionnelle, est riche en talent et fait face aujourd’hui à autant de défis que d’opportunités.

Pouvez-vous vous présenter brièvement, et nous parler des projets sur lesquels vous travaillez aujourd’hui?

Après une formation au cinéma d’animation à la Universitat de les Illes Balears à Majorque, j’ai travaillé quelques années en tant que Rotomation artist (En animation, la rotomation est une technique pour aider à la création d’animations 3D en se basant sur une référence 2D).

Ce n’est qu’en 2016 que j’ai réellement commencé à travailler en tant qu’animatrice, d’abord en tant qu’animatrice VFX, et ensuite, depuis mon arrivée à Skydance, en tant qu’animatrice de long métrage

Le projet sur lequel j’ai travaillé récemment est sans doute celui qui m’a le plus aidé à grandir, tant sur le plan professionnel que personnel. Pookoo, aujourd’hui intitulé Swapped et dont la sortie est prévue début 2026, m’a permis de découvrir l’ensemble du processus de production d’un long métrage d’animation, de la préproduction (développement des personnages, recherche et test de leurs personnalités et mouvements, etc.) jusqu’à la phase finale d’animation.

Une vraie expérience très enrichissante, car j’ai pu assister au processus complexe et parfois difficile qui rythme l’évolution de l’histoire et des personnages sur les trois années qu’a duré ce projet pour moi. Tout cela a été réalisé grâce au travail d’équipe avec mes collègues animateurs, chefs d’équipe, superviseurs, et en étroite collaboration avec le réalisateur Nathan Greno. Et nous avons hâte de partager ce résultat!

Comment percevez-vous le secteur de l’animation aujourd’hui, et comment celui-ci a-t-il évolué depuis que vous avez intégré cette industrie? 

La situation actuelle est, il faut le souligner, délicate. Après un boom de production en corrélation directe avec l’essor des plateformes, nous avons pu constater un ralentissement de la production, et le pic s’est tassé. Vu de l’extérieur, cela peut être inquiétant de voir autant de compagnies se séparer de leurs employés, voire fermer du jour au lendemain. Il y a beaucoup de facteurs à prendre en compte dans cette situation, et cela va de la réduction du nombre de commandes des plateformes à la diminution des incitants fiscaux dédiés aux studios d’animation. 

Cependant, je pense que c’est une transformation du secteur, et non la fin de celui-ci dont nous sommes témoins aujourd’hui. De nombreuses opportunités vont continuer à émerger, et chaque année je ne peux que constater la diversité et la qualité des productions en cinéma et en séries d’animation, de quoi ravir le coeur d’un public toujours au rendez-vous.

Ce qu’il faut, c’est pouvoir s’adapter au nouveau modèle qui est en train de naître de ces changements, tout en continuant à apprendre et à intégrer les nouvelles technologies qui nous permettront d’améliorer notre travail au quotidien. L’IA va jouer un rôle clé, et nous ne pouvons simplement pas la rejeter en bloc.

Pour autant, les outils d’IA restent des outils, et faire de l’art nécessitera toujours de coeurs et des cerveaux humains. C’est de là qu’émerge la créativité.

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Qu’est-ce qui fait un bon professionnel selon vous aujourd’hui dans l’industrie de l’animation? 

Un bon équilibre entre des compétences techniques solides, et une compréhension profonde des mécanismes de narration qui régissent notre univers. Maîtriser des outils comme Maya ou Blender est important, bien sûr, mais ce qui fait réellement la différence, c’est la capacité à utiliser ces outils pour transmettre émotions, rythme et personnalité au travers de chaque image. 

De la même manière, les soft skills sont également essentielles. Il est primordial de pouvoir s’adapter, communiquer et collaborer facilement au sein d’une équipe, car l’animation est un art collectif. Nous travaillons en permanence avec des réalisateurs, des artistes et des producteurs de différentes disciplines, mais aussi de différentes cultures. Être ouvert aux feedbacks, et garder une attitude positive et constructive peut transformer un bon artiste en un excellent collègue. 

Enfin, cultivez votre curiosité, que ce soit d’un point de vue technologique ou d’un point de vue artistique. Avoir une vision créative est au moins aussi important que de pouvoir respecter des deadlines dans notre secteur.

Et qu’en est-il des compétences managériales? 

Je pense qu’elles sont de plus en plus importantes. Que vous soyez responsable d’une petite équipe ou que vous ayez simplement à vous coordonner avec d’autres départements, pouvoir s’organiser, être empathique et réussir à motiver les autres vous aidera à garder un rythme de production régulier, tout en restant créative.

Le bon management en animation ne consiste pas seulement à une bonne gestion de projet, c’est surtout la capacité à pouvoir guider des personnes et les inspirer. 

Quels conseils donneriez-vous aux étudiants qui souhaitent se lancer aujourd’hui dans l’animation, voire rejoindre Skydance?

Trois choses : curiosité, esprit d’équipe, et constance. 

Curiosité, car il est essentiel de garder l’oeil ouvert par rapport aux nouvelles technologies, d’explorer des styles différents, et de comprendre l’intégralité du pipeline, pas seulement votre spécialité. L’industrie évolue vite, et être flexible est un vrai atout. 

Esprit d’équipe, parce qu’être un bon collègue est crucial. Les grosses productions animées sont construites par des équipes, pas par des individus, et les studios accordent beaucoup d’importance aux artistes qui peuvent communiquer clairement, recevoir du feedback, et créer une atmosphère de travail positive autour d’eux. 

Enfin, la constance doit se retrouver tant dans votre travail que dans votre attitude. Pouvoir respecter les deadlines tout en gardant un esprit d’initiative vif et à l’écoute vous permettra de ressortir facilement du lot. 

J’insiste, mais je pense que l’aspect collaboratif de notre métier est ce à quoi les jeunes doivent être le plus attentifs. Dans l’animation, le talent est multiplié par le travail d’équipe, et les meilleures idées viennent toujours des personnes capables d’écouter, de partager, et de construire ensemble.

Vous avez récemment participé à l’ESMA Graduation Show, qu’avez-vous pensé de ces films, et de cette rencontre avec les étudiants fraîchement diplômés?

Ils ont beaucoup de potentiel. J’ai également suivi un cursus d’animation 3D généraliste où l’on m’a présenté chaque aspect du pipeline, chaque département, ce qui m’a permis de choisir ma spécialisation et développer mes compétences dans ce domaine. 

Aujourd’hui, ces étudiants ont déjà une large connaissance de l’industrie de l’animation, et commencent eux aussi à se spécialiser. Je leur souhaite de continuer à se former, à explorer et à s’améliorer. 

Du côté des écoles comme l’ESMA, cultiver l’esprit d’équipe, la curiosité, mais aussi rester à la pointe des nouvelles technologies est crucial, et c’est quelque chose qui ressort dans les productions que j’ai pu découvrir. 

De retour à Madrid des étoiles plein les yeux et heureuse de ces belles rencontres, Belén Sousa Domínguez nous a partagé son demoreel, qui lui a en 2022 permis d’intégrer Skydance :

Poster

Découvrez-en plus sur son parcours au travers de son profil LinkedIn :