Animation 3D, Nos anciens au générique

Avatar 3 : entrez dans les coulisses avec Camille Turon, Motion Editor/Animator et diplômée de l’ESMA

3DVF.com pour l'ESMA

6 minutes de lecture

Cela fait maintenant plus d’une décennie que Camille Turon, animatrice chevronnée et globe-trotteuse, construit sa carrière dans l’industrie de l’animation 3D et des effets spéciaux. Avec, à son tableau de chasse, les plus grandes franchises d’Hollywood et les plus prestigieux studios.

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De Londres à Wellington, de Valence à Vancouver, Camille Turon a travaillé pour TeamTO, Cinesite, MPC, Blue Zoo, jusqu’à atterrir de l’autre côté de la planète, au sein des studios Wētā FX.

C’est là qu’elle s’aventure pour la première fois sur Pandora, en tant qu’animatrice 3D sur Avatar: La voie de l’eau, film qui (faut-il le rappeler) a défrayé la chronique en accumulant plus de 2,3 milliards de dollars au box-office. 

Aujourd’hui, Camille est au générique d’Avatar: De feu et de cendre, troisième volet de la giga-franchise de James Cameron. 

Alors que le film vient de sortir en salles, réalisant en France un excellent démarrage, Camille a accepté de nous partager son expérience sur ce projet pharaonique.

Portrait de Camille Turon, Motion Editor Animator chez Wētā FX

Sublimer par l’animation 

Avatar, tourné pour une bonne partie en prise de vues réelles dans des bassins gigantesques et avec des moyens démentiels, est à la lisière entre le cinéma d’animation et celui en prises de vues réelles. C’est sur cette frontière qu’a navigué Camille Turon au cours de son expérience sur ces deux films, en 2022 pour le second volet, et en 2024 pour le troisième qui nous occupe aujourd’hui.

“Mon rôle était, pour être précise, Motion Editor ou Performance Animator”, nous explique Camille.

Ma mission: améliorer l’animation provenant des captures de mouvements.” Des performances filmées au travers de systèmes d’une grande complexité, développés (comme c’est presque toujours le cas avec James Cameron) spécialement pour cet univers. 

On peut d’ailleurs prendre conscience de l’ampleur de ce dispositif dans le documentaire De feu et d’eau : la création d’Avatar, disponible depuis le 7 novembre sur Disney+. Une ressource qui, même si elle se concentre sur le travail en prises de vues réelles du projet, permet de mieux appréhender les défis multiples qu’ont dû relever les équipes d’animation, dont Camille a fait partie. 

Une question d’échelles

Sans pouvoir trop révéler des détails de ce projet tenu secret pendant de nombreux mois, Camille se souvient: “L’un des plus gros défis, lorsqu’on travaille sur Avatar dans mon domaine, c’est de devoir adapter une animation à l’échelle humaine sur une échelle Na’vi.”

Les extra-terrestres humanoïdes, à qui Sigourney Weaver, Zoe Saldana et Sam Worthington prêtent leurs corps, sont en effet bien plus grands qu’un humain traditionnel.

Film Avatar 3 ©Lightstorm Entertainment

“Selon la situation, cela peut parfois se révéler complexe, avec cette différence d’échelle significative entre les corps. Les deadlines étaient, par ailleurs, assez intenses lorsque nous avons travaillé sur La voie de l’eau.

Beaucoup moins sur ce nouveau film, car nous avions non seulement plus d’expérience, mais aussi plus de temps.” 

Une expérience que Camille avait par ailleurs pu mettre à profit sur plusieurs autres projets Wētā FX, studio avec lequel elle a collaboré pendant plus de trois ans. Au-delà d’Avatar, l’ancienne de l’ESMA est également au générique de Transformers: Rise of the Beasts (2023), La Planète des singes : Le Nouveau Royaume (2024), Captain America: Brave new world (2025) et le film Minecraft, sans oublier la prestigieuse série

The Last of Us, dont la deuxième saison a remporté un grand succès au printemps dernier.

La pointe de la technologie, servie par la maîtrise du dessin

“Pour ce qui est du logiciel”, ajoute Camille, “nous avons travaillé sur un logiciel interne à Wētā, optimisé pour la gestion de motion capture. Mais au-delà de celui-ci, notre équipe travaillait également en étroite collaboration avec d’autres animateurs opérant sur Maya, mais aussi avec les équipes de prépa, de layout, et les techniciens animation. Dans l’ensemble, nous avons toutes et tous grandement bénéficié de l’expérience sur le précédent Avatar, et cela s’est également ressenti dans la communication inter-équipes, plutôt bonne et très bien gérée sur ce troisième film.” 

Et lorsqu’on lui demande quels acquis  de sa formation lui ont été les plus utiles sur ce projet, la réponse est sincère. “Mes notions d’animation, évidemment, mais également mon apprentissage de l’anatomie, et je remercie pour cela mon professeur de dessin Jean-Marc Urquidi!” 

“Même sous la pression, si une équipe reste soudée, on peut tout faire!”

Aujourd’hui, alors qu’elle entame un nouveau pan de sa carrière professionnelle à Sydney, en tant qu’animatrice au sein des studios DNEG, Camille souligne l’importance de cette expérience dans son parcours professionnel.

Film Avatar 3 ©Lightstorm Entertainment

“Travailler sur Avatar m’a permis de renforcer mes qualités en termes d’animation, mais aussi en gestion des mécaniques corporelles (body mechanics en anglais, c’est-à-dire la compréhension des mouvements du corps pour pouvoir les traduire de manière réaliste en animation).

D’un point de vue humain, cela a également été une expérience unique. Aujourd’hui, je sais que même sous la pression, si une équipe reste soudée, on peut tout faire!

Cette expérience m’a aussi permis d’apprendre à gérer un projet, des deadlines et un planning au sein d’une équipe de très grande ampleur, un vrai atout.” 

Et demain? 

Alors qu’Avatar et les personnages de James Cameron partent aujourd’hui à la conquête du monde, Camille Turon rêve également de nouveaux projets.

“J’aimerais retourner dans le long métrage d’animation, pour continuer à m’améliorer dans tous les domaines. Aujourd’hui, mon expérience en animation est très diversifiée, et cela reflète mes goûts et mes influences.

J’apprécie autant les films à la pointe de la technologie des effets spéciaux et de l’animation 3D comme Avatar que l’animation traditionnelle en 2D. Cette diversité, c’est ça, la magie de notre métier.” 

Pour autant, Camille reste pragmatique sur l’état de l’industrie.

Son conseil aux jeunes?

“Les développements de l’IA sont très rapides, il faut donc rester vigilants à ce propos, et ne pas hésiter à foncer sur les opportunités.”

Des occasions qui passent d’ailleurs de plus en plus par la capacité à travailler à l’international, car l’expertise française reste très convoitée dans les studios de Londres, Vancouver, Sydney et ailleurs.

Affiche film Bob L'Eponge ©Paramount Pictures, Nickelodeon Movies

Et qui sait, les étudiants qui suivent aujourd’hui la formation animation 3D et VFX de l’ESMA, toujours à la pointe de la technologie, auront-ils peut-être la chance de marcher sur les traces de Camille et inscrire leur nom au prochain générique d’Avatar