Selon l’équipe de Coup de soleil, la relation est évidente : les premiers comme les seconds fuient les rayons de l’astre solaire comme la peste, et le choix de s’établir à Montpellier, dans le sud, est tout sauf idéal!
De cette blague entre camarades de classe est né ce projet de fin d’études aux couleurs chatoyantes et au rendu attachant, où se mélangent comique de situation et personnages qu’on a, tout comme le protagoniste du film, envie de croquer et de savourer. Coup de soleil, utilisant l’animation 3D pour offrir des visuels rappelant l’animation en pâte à modeler, se distingue par son rythme, construit sur la structure du cartoon, qui offre un réel moment de plaisir aux amateurs d’animation, et de comédie en général.
Comment ce court-métrage a-t-il vu le jour, et quels outils Margaux Rougier, David Delaunay, Emma Siegl, Elisa Cavalli, Thémis Cavene-Perez, Loriane Dantas, Laura Ecale et Oriane Gomez ont-ils utilisé pour mener à bien ce projet? C’est ce que nous vous proposons de découvrir ici.

Une structure cartoon pour simplifier la narration
Si l’envie de réaliser une comédie autour d’un vampire dans le Sud de la France a toujours été au centre du projet, celui-ci a fortement évolué entre sa première étincelle, et la structure narrative finale. C’est ce que nous confie l’équipe, revenant sur son processus d’écriture. “L’idée de départ était en fait assez différente, même si le principe de la comédie et du die and retry était déjà présent. Petru, notre protagoniste, était un vampire jovial déterminé à découvrir le sud de la France en tant que vacancier, en imitant les habitants. Mais dans ce contexte, les motivations du personnage avaient du mal à donner une impulsion suffisante à la narration.”

Après quelques semaines d’une écriture compliquée, l’équipe s’est résolue à changer son approche. D’un épisode de vacances, le film retrouve une structure plus classique de cartoon, au protagoniste bête, méchant et assoiffé de sang qui tente par tous les moyens de s’abreuver au cou des Marcels, les habitants inoffensifs de Saint Quignon les Bains.
Quoi de plus cocasse qu’un vampire tentant de survivre dans le sud de la France baigné de soleil? C’est en tout cas cette situation qui permet à l’équipe de déployer toute son inventivité, et de proposer une esthétique tout aussi inspirée.

Un univers chaleureux, qui sent bon le soleil et la pétanque

Pour sa direction artistique, l’équipe a puisé dans ce qui fait tout le charme de ces régions françaises : des personnages chaleureux, des décors aux airs de maquette inspirés par les santons, et un rendu rappelant les maquettes et figurines spécifiques à cette tradition.
Avec, pour les Marcels, l’envie de rassembler les caractéristiques clichées des habitants du sud, bourrus, nonchalants et attendrissants à la fois.
Une esthétique qui tranche avec celle du vampire, inspiré plus directement des créatures de la nuit bien connues que sont Nosferatu, mais aussi le personnage de Jack Skellington.
“L’un des plus gros défis a été de rendre nos personnages expressifs sans utiliser de dialogues. Petru ne parle pas, et les Marcels n’ont même pas de regard visible, ce qui nous prive d’un des moyens les plus puissants pour transmettre des émotions. Il a donc fallu redoubler d’efforts sur l’animation corporelle, les postures et le rythme pour qu’ils puissent exprimer leurs émotions et susciter de l’empathie.”

En toile de fond, le petit village fictif de Saint Quignon les bains est plus vrai que nature, une carte postale stylisée que l’équipe a travaillé avec finesse, pour reproduire un univers à la fois familier et idéalisé de ce que peut être le sud.
“ Nous nous sommes inspirés de l’ambiance de petit village ensoleillé du film Luca, notamment pour son traitement des petits villages côtiers et son atmosphère estivale. Des lieux réels comme Saint-Guilhem-le-Désert ou Èze ont également nourri notre direction artistique, avec leurs ruelles étroites, leur architecture typique du sud et leur charme authentique. Enfin, et comme expliqué plus tôt, nous avons puisé dans l’esthétique des villages miniatures de santons, qui ont inspiré l’aspect maquette de notre décor. Nous nous sommes aussi appuyés sur les films du studio LAIKA pour appréhender les miniatures.”
Des défis techniques multiples

De par leur nature, certains de ces décors ont donné du fil à retordre à l’équipe. C’est principalement le cas du champ de lavande, dont l’apparition fugace dans le film a pourtant nécessité la création d’un pipeline dédié, et une bonne dose de patience, d’adaptation et de réflexions pour parvenir à ce résultat bluffant.
“C’était un décor unique dans le film, aucun autre plan ne ressemblait à cette séquence. D’un point de vue technique, la densité du décor alourdissait considérablement la scène, ce qui ralentissait le logiciel et rendait le travail plus laborieux. À cela se sont ajoutés plusieurs problèmes techniques : des difficultés sur la stabilité du rig, des animations corrompues à l’export, ainsi que des textures qui refusaient de s’afficher correctement.”
Autre défi majeur : le film, comme l’œil aiguisé de l’animateur pourra le constater, est composé de deux fréquences d’images : Petru, le personnage principal, est animé en 24 fps, tandis que les Marcels sont animés en 12.
“Cette différence volontaire, destinée à marquer leur contraste et renforcer l’effet de décalage entre eux, a complexifié l’animation et la gestion des plans. S’ajoute à cela une différence de gabarit entre Petru, long et élancé, et les habitants, ronds et petits. Cela a rendu les cadrages particulièrement délicats à équilibrer, notamment pour préserver la lisibilité des actions tout en respectant la mise en scène.”
Pour venir à bout de ces difficultés, l’équipe a développé un script convertissant les caches Alembic des animations en 12 fps pour les personnages concernés, ce qui a permis de garder une cohérence technique tout en conservant l’intention artistique originelle. Une utilisation réfléchie, lisible et efficace de la composition, du cadrage et du hors-champ ont permis de venir à bout des problèmes d’échelle, tout en conservant l’esthétique du film.
Enfin, Coup de soleil a également bénéficié d’un outil développé par David Delaunay ainsi que Louis Bonnaud, autre étudiant de la promotion 2024 de l’ESMA : Pinpin, un pipeline manager créé par ce duo, a permis de grandement simplifier la gestion des assets pour cette production, mais également celles des autres équipes le la promotion ESMA 2024. Vous pouvez en découvrir plus ici.
“Dans une petite équipe, il est essentiel de rester polyvalent”
Sur Coup de soleil, l’équipe s’est rapidement répartie les tâches principales en fonction des forces et des faiblesses de chacun, tout en restant flexible et disponible selon les besoins du projet.
“Dans une petite équipe, il est essentiel de rester polyvalent. Nous avons, en amont, planifié les tâches pour que la production soit la plus fluide possible. Cela étant dit, notre cohésion a parfois été mise à l’épreuve. Travailler à huit dans un espace restreint, avec des délais serrés, a naturellement entraîné quelques tensions. Cela fait partie des défis humains de ce type de projet, mais ces moments ont aussi été l’occasion de développer notre capacité à gérer les situations de stress.”
Car ce type de production, aboutissement d’une formation d’animation 3D préparant directement à l’insertion professionnelle dans l’industrie hautement spécialisée du cinéma d’animation, reste un défi de taille. Un défi relevé, malgré les remises en question artistiques et les choix complexes que l’équipe a su gérer de manière collaborative, tout en restant motivée tout au long du processus.

“Au final, cette expérience a été aussi formatrice humainement que techniquement, et nous nous sommes accrochés jusqu’à la finalisation du film”, soulignent les étudiants. “Ce qui a fait la différence, c’est d’une part un travail acharné, et de l’autre une grande capacité d’adaptation face aux imprévus, ainsi que la motivation exemplaire de certains membres de l’équipe. Cette dynamique, mêlée à une vraie détermination et la nécessité de terminer le projet nous ont permis d’aller jusqu’au bout.”
Un conseil aux étudiants qui réalisent aujourd’hui leur film?
Pour l’équipe, aujourd’hui ravie de cette expérience, et du retour tant critique que public reçu par le film, Coup de soleil représente une grande fierté et une vraie satisfaction. Sans pour autant oublier les défis qui ont été ceux de ce projet impressionnant.
Pour eux, c’est la capacité à s’investir pleinement dans le processus tout en prenant de la distance dans les moments de stress qui est essentielle pour réussir à vaincre le marathon que représente la réalisation d’un film de fin d’études.
“C’est un effort considérable qui demande beaucoup de temps, d’énergie et de résilience. Il y aura des moments de stress, de doute, de surcharge, c’est inévitable. Mais l’important, c’est de savoir prendre du recul quand c’est nécessaire et veiller à ne pas engager sa santé. Soyez prêts à beaucoup donner… mais aussi à beaucoup apprendre. Avec de la rigueur, de l’endurance et le recul nécessaire, il s’agit d’une expérience très formatrice.”
Un conseil avisé pour éviter de se consumer, à l’image de leur malheureux protagoniste.
Découvrez dès à présent Coup de Soleil, un film de fin d’études 2024 signé ESMA, disponible en intégralité :
