Après avoir été saluée pour son film de fin d’études Cursed (co-réalisé avec Marion Boitelle, Leila Bouguerch, Myriam Brandao Serseri, Margaux Crotte-Deculty, Andréa Mamessier-Degrange, Nicolas Paoli, Alisson Pigerol et Marie Seve), qui a récolté le prix du public, le prix de la direction artistique et la 2e place du ESMA Graduation Show 2025, Ashe Daniel vient d’obtenir une seconde reconnaissance, et pas des moindres.
Son autoportrait, réalisé avec Renderman, est désormais mis en avant sur le site de Pixar, et téléchargeable pour les artistes du monde entier.

Un accomplissement rendu possible par un encadrement de douze semaines durant le cursus de Ashe, et par la collaboration étroite entre les équipes de la formation cinéma d’animation 3D et Effets spéciaux de l’ESMA Lyon et celles de Pixar Renderman.
Pour en apprendre plus sur ce travail, nous avons échangé avec Ashe, aujourd’hui artiste 3D freelance et à la recherche de nouveaux défis.
Qu’est-ce qui vous a amené à choisir cette école et ce secteur ?
J’ai toujours eu beaucoup de curiosité vis-à-vis du processus de création cinématographique. M’échapper dans des mondes fantastiques, même le temps d’une heure quarante-cinq, c’est un sentiment que j’ai toujours apprécié. Enfant, j’ai découvert les premiers VFX Breakdown de Wētā Digital (aujourd’hui Wētā FX) sur leur chaîne Youtube, et cela m’a fasciné. Bien sûr, à l’époque, je n’y comprenais rien, mais cela a piqué ma curiosité et, petit à petit, ce sont ces vidéos qui m’ont donné envie de me lancer dans une carrière dans les effets spéciaux.
Et le choix de l’ESMA?
Pour être honnête, si j’ai toujours su que je voulais faire une carrière dans les VFX, arriver à l’ESMA a été une vraie surprise. À l’époque, je postulais pour de nombreuses universités, et à quelques semaines de la deadline d’inscription, j’ai découvert l’ESMA.
Je ne connaissais pas la réputation de l’école à l’époque, mais j’ai tout de suite ressenti quelque chose de particulier, et je me suis investie à fond dans cette candidature. Pour tout vous dire, j’ai vraiment tout misé sur l’ESMA, à la fois mon futur et ma possible carrière, alors même que j’avais déjà été acceptée dans d’autres établissements.
Et devinez quoi? Deux mois plus tard, je m’envolais pour l’autre côté du monde, avec ma vie entière dans mes valises et ma preuve d’inscription en poche!
Qu’est-ce que votre formation vous a apporté, et comment mettez-vous cet apprentissage en pratique aujourd’hui?
À l’ESMA, j’ai appris énormément et cette formation m’a permis d’acquérir un large éventail de compétences. Aujourd’hui, je peux accomplir une très grande variété de missions dans les secteurs de l’industrie créative, et pas seulement ceux liés directement à l’animation.
Au-delà de cet apprentissage, la formation m’a également permis de m’investir personnellement et de construire ma notoriété en tant qu’artiste, ainsi que mon réseau professionnel. Cela m’a ouvert des portes auxquelles je n’aurai jamais su commencer accéder autrement, et c’est un vrai plus pour mon insertion professionnelle aujourd’hui.
Vous avez terminé la formation de l’ESMA l’année dernière, comment se passent vos premiers pas dans le monde du travail?
Aujourd’hui, je travaille en tant qu’artiste freelance, de la création de personnages et de créatures dans des pipelines de VFX (ma spécialisation à l’ESMA) à la mise en place d’identités de marque ou à l’organisation d’événements.
Ce n’est pas exactement ce que j’avais en tête avant d’entrer à l’école, mais cette carrière créative plurielle me convient en fait mieux que ce que j’imaginais. Lorsqu’on choisit de se former dans ces secteurs, on reçoit assez peu d’informations sur la manière dont ils fonctionnent réellement au quotidien, et c’est en intégrant le monde du travail que l’on découvre l’importance d’un apprentissage continu.
Même si j’y étais préparée, ce sont à chaque fois de nouveaux chemins à défricher, et de nouvelles compétences à développer, il n’y a pas qu’une seule voie à suivre, loin de là!

Après le diplôme, j’ai fait une petite pause pour pouvoir me ressourcer, et reprendre le train en marche en tant que freelance avec toute mon énergie et l’esprit clair. Dans le contexte actuel, une artiste se doit d’être en évolution constante, et la manière dont vous vous mettez en avant (votre personal branding) est cruciale.
En ce qui me concerne, je vois ces défis comme des opportunités. Je mets aujourd’hui toutes mes compétences en pratique au quotidien, en restant fidèle aux principes que j’ai intégré pendant mes études, tout en combinant ceux-ci avec les conseils de mes clients et de mes collègues.
Comment avez-vous construit votre portfolio?
À coup de boissons énergisantes, et d’articles sur la physique nucléaire à trois heures du matin! Plus sérieusement, j’ai développé mon expertise technique en me renseignant sur les procédés et méthodes utilisés par les grands studios, et par les acteurs majeurs de l’industrie que je souhaitais intégrer.
Entre cet apprentissage théorique et ces lectures d’articles rédigés par des vétérans du secteur, j’ai aussi pris contact avec les professionnels de mon réseau et réactivé ces relations. Grâce à ces deux approches combinées, j’ai pu comprendre ce que les employeurs, mais aussi les consommateurs et le public souhaitaient voir dans une création, et cela m’a nourri pour réaliser ce portfolio et ce demoreel.

Quels sont les films qui vous inspirent, ou les artistes dont vous admirez le travail et qui vous poussent à vous dépasser aujourd’hui?
C’est peut-être un peu cliché, mais j’ai été très influencée par des réalisateurs comme Peter Jackson ou James Cameron quand j’étais plus jeune. Aujourd’hui, des créatrices comme Rima Yoon et Chloé Zhao redessinent la manière dont sont fabriquées les images, tout en repoussant leurs propres limites. Le changement peut être intimidant, et c’est vrai que je me raccroche naturellement à des travaux plus familiers comme Game of Thrones ou Le Hobbit. Mais au fur et à mesure de mon évolution en tant qu’artiste, j’apprends à embrasser toutes les libertés créatives!
Un univers dans lequel vous rêvez de travailler?
Celles et ceux qui me connaissent, même de loin, savent bien que travailler sur House of the Dragon ou une autre production de l’univers de A Song of Ice and Fire est mon vœu le plus cher. En seconde place sur cette liste de souhaits, je mets au même niveau l’idée de devenir creative producer pour un client comme LVMH ou Prada, et devenir modeleuse visage pour Wētā FX. Car oui, mes rêves sont aussi grands que variés!
Pour parler un peu de votre autoportrait sur RenderMan (très réussi d’ailleurs!) Comment cette opportunité s’est-elle présentée?
Merci beaucoup! Collaborer avec RenderMan a toujours été un plaisir (et d’ailleurs, il y a peut-être d’autres projets à venir, restez aux aguets). Un peu comme avec l’ESMA, cette rencontre est le fruit d’un heureux hasard.
Mon professeur Baptiste Lebouc, responsable de la formation effets spéciaux à l’ESMA Lyon, m’a conseillé de rejoindre le Discord RenderMan et de questionner les membres de celui-ci à propos d’un problème que je rencontrais dans mon travail.
Ce fil de conversation a été lu par Leif Pedersen, un des vétérans de l’entreprise et des studios, qui m’a contacté à propos de cet article et de ce projet.

Pouvez-vous nous en dire plus sur la manière dont vous avez abordé ce projet?
Ce portrait numérique a été réalisé dans le cadre de mon master à l’ESMA. Concrètement, j’avais 16 semaines pour livrer un buste photoréaliste sur le sujet de mon choix. Étant donné qu’il me serait nécessaire d’avoir un accès régulier au sujet en question, je me suis choisie moi-même. Après tout, je possède un miroir, et je suis sûrement la seule personne à pouvoir déranger à trois heures du matin lorsque j’avais besoin d’un shooting photo pour des références.
J’ai commencé avec un scan 3D rudimentaire à des lieues de la qualité d’un studio, puis j’ai passé des jours à sculpter ce portrait pour qu’il me corresponde au mieux.

Ensuite, j’ai fait des recherches sur la manière dont la couleur et la lumière interagissent avec la peau, les yeux et les cheveux, et j’ai construit des modèles 3D plus ou moins précis, afin de générer des rendus réalistes à l’aide de RenderMan.

Si vous voulez en savoir plus, je vous invite à découvrir l’article en lui-même, j’y développe la démarche en détail!
Quels ont été les défis de cet exercice?
Fabriquer des humains numériques est l’une des tâches les plus ardues à l’ère des VFX que nous vivons aujourd’hui. Même avec l’IA et les technologies de pointe, les humains sont très doués pour identifier des aberrations et les détails bizarres d’un visage. Après tout, c’est normal, nous passons nos vies entières à regarder d’autres humains.
Après avoir étudié les méthodes scientifiques utilisées pour simuler la matière sur un visage humain et la traduire en 3D (un sacré défi), j’ai dû me plonger dans la microbiologie, la physique nucléaire, mais aussi la manière dont sont tressés les tissus pour créer des vêtements réalistes. Pour être honnête, je n’aurais jamais imaginé que j’allais apprendre ces choses, en m’inscrivant à une école d’art!
Justement, qu’est ce que cet exercice vous a appris, et comment cela a-t-il nourri votre formation à l’ESMA?
Ce projet m’a appris la persévérance, et comment me dépasser sur des tâches qui ne me passionnent pas outre mesure. J’ai beaucoup appris au cours de cette réalisation, notamment le fait que chaque détail de chaque projet contribue à créer une œuvre, une vision.
L’ESMA m’avait déjà appris à gérer une charge de travail intense pour devenir généraliste. Avec ce projet, j’ai pu pousser ma spécialisation, et aller plus loin dans l’amélioration de mes compétences techniques.
Quels conseils avez-vous reçu durant votre formation qui vous semblent les plus utiles à avoir en tête pour votre insertion professionnelle aujourd’hui?
Je retiens une phrase: pour percer dans cette industrie, cela dépend pour un tiers de la qualité de votre travail, pour un tiers de la manière dont vous construisez votre réseau, et d’un tiers de chance!
Même si les perspectives peuvent sembler sombres aujourd’hui, j’ai appris qu’il était impossible de savoir quand vous alliez récolter les fruits de votre investissement. Et quand cela arrive, ces opportunités redonnent de l’espoir dans les temps plus difficiles que nous avons l’impression de traverser.
Pour moi, il est essentiel de continuer à planter ces petites graines, et rester curieuse. D’un côté, cette incertitude peut être effrayante, mais c’est aussi porteur d’espoir. Comme le disait Dumbledore, “le bonheur peut être trouvé même dans les moments les plus sombres, si l’on se souvient seulement d’allumer la lumière.”
Un mot de la fin pour vos collègues, ou les étudiantes et étudiants qui vous suivront?
Pour celles et ceux qui sont à la place où j’étais hier: Ne vous fermez pas, si les choses ne vont pas exactement dans le sens que vous aviez prévu. Ce n’est jamais facile de gérer ces situations, mais la vie trouvera toujours un moyen de vous remettre sur le chemin que vous vous êtes tracé, pour autant que vous continuiez à avancer!
Enfin, c’est quoi pour vous, le cinéma d’animation 3D et les effets spéciaux?
Les films d’animation, pour moi, ce sont des rêves auxquels on donne vie. Et les artistes qui les créent y insufflent leurs pensées les plus créatives et leurs aventures les plus folles, en nous plongeant dans des mondes que nous ne pourrions jamais découvrir autrement!
Ashe Daniel travaille aujourd’hui en tant qu’artiste freelance. Vous pouvez découvrir son portfolio et la contacter ici :
