Avec Equinox, c’est un véritable conte audiovisuel que tissent Anissa Cugniet, Adama Diallo-Gibert, Marius Joffray, Jérémy Julien, Xia Mellano, Gaëlle Pandraux, Noa Rosa, Marama Tatarata, Melissa Unal, étudiants de l’ESMA promotion 2024 et porteurs de ce projet rayonnant.
Comment est né ce film, et quels ont été les plus grands défis pour donner vie à ces créatures de légende? C’est ce que nous vous proposons de découvrir au travers de ces coulisses.
D’où vous est venue l’idée d’Equinox?
À l’origine, nous voulions créer un récit s’apparentant à un conte, à une légende historique ancrée de préférence dans un univers fantastique d’inspiration asiatique.
Nous sommes particulièrement attirés par ces mondes, riches en créatures mythologiques inspirées des cultures qui les ont façonnés.

L’idée initiale était inspirée de la légende de la création du Nouvel An chinois, mais celle-ci a ensuite évolué vers une aventure centrée sur la quête d’un élément magique issu de cette mythologie.
Au gré de nos échanges et de nos discussions, le volet comédie s’est ajouté à cette réflexion, pour aboutir finalement à l’histoire que nous avons retenue : la rencontre entre deux de ces personnages, le dragon de printemps et la tortue de l’hiver.
Qu’est-ce qui vous a guidé dans vos choix narratifs ou esthétiques ?
Avant toute chose, nous souhaitons réaliser un projet qui puisse plaire à chacun d’entre nous. Ce qui n’est pas forcément évident avec une équipe de neuf personnes, chacune avec des goûts et des envies différents. Mais c’est principalement à l’aune des contraintes de production que nous avons retravaillé notre histoire, afin de créer un récit qui nous enthousiasme tout en étant réalisable, nos ambitions étant particulièrement grandes pour ce film de fin d’études qui reste tout de même un projet étudiant.

Comment avez-vous conçu ce duo de personnages, opposés mais complémentaires?
Nous sommes partis de la légende chinoise des quatre animaux créateurs : le tigre, le dragon, la tortue, et le phoenix. Chaque animal représente un élément, un chiffre, un organe, une couleur et bien d’autres choses, et nous avons décidé de choisir les saisons qu’ils représentaient. Le passage de l’hiver au printemps étant un des changements les plus importants, nous avons choisi le dragon et la tortue et utilisé les légendes, dessins, sculptures et autres représentations traditionnelles pour donner vie à ces personnages.
En parallèle, nous nous sommes beaucoup inspirés de Crocmou issu de la franchise Dragons pour créer Hua, notre dragon du printemps. Et ce, autant dans l’apparence que dans le comportement. Un autre dragon, protagoniste principal du court métrage Achoo réalisé par une équipe d’étudiants ESMA en 2017, nous a également inspiré.
Pour Xue, notre tortue de l’hiver, nous avons puisé notre inspiration dans des personnages comme maître Oogway, tortue vénérable issue de Kung Fu Panda, ou l’iconique Pokémon Bulbizarre.
Dans les deux cas, réussir à garder cet effet « créatures légendaires » sans que cela n’en fasse trop, ou qu’ils soient trop compliqués à créer techniquement, a été l’un des aspects cruciaux de la création de ces deux personnages.
Au-delà de ce duo, comment avez-vous défini l’univers du film ?
Pour donner vie à nos créatures mythologiques chinoises, nous les avons placées dans un univers à leur image : une forêt fantastique en Chine, avec bambous, bonsaïs et autres fleurs et plantes plus ou moins complexes. Le changement des saisons, clé de la compréhension de notre récit, est représenté par un système d’horloge magique, sculpture de pierre qui régit l’ordre et la durée des saisons.

Ces décors, notamment la forêt en tant qu’élément c’est-à-dire un paquetage d’arbres, de feuilles, d’herbe, de fleurs et de rochers, le tout accompagnés d’effets spéciaux de neige qui fond et de plantes qui poussent, ont sans aucun doute représenté l’un des grands défis techniques du film.
À l’instar de nos personnages, nous avons beaucoup été inspirés par la saga Kung Fu Panda pour porter cet univers à l’écran, mais également par les films du studio Illumination pour le style graphique des décors et les effets de neiges et de plantes.
Enfin, un autre film ESMA, Le Roi Tulipe, avec ses coups de brosse dans les textures peintes, fait également partie de nos inspirations.

Comment avez-vous relevé ces multiples défis?
Comme évoqué plus tôt, la grande quantité d’éléments à rendre (décors, effets spéciaux incrustés, FX supplémentaires, personnages en mouvement) a représenté une difficulté supplémentaire, sans compter l’assemblage de ces éléments qui n’était déjà pas chose aisée.
Rien de tout cela n’aurait été possible sans une bonne communication entre les départements des effets visuels et du compositing, et la répartition des rôles que nous avons mis en place en fonction des spécialités de chacun. Une répartition qui s’est prolongée au sein de notre espace de travail afin de pouvoir directement communiquer avec les personnes d’un même pôle sans se déplacer.
Autre défi notoire : Notre dragon brise les contours noirs du cadre, symbolisant sa transgression lorsqu’il quitte la grotte et rompt l’équilibre de la forêt. Des éléments peints en 2D sortent également du cadre et sont mélangés à des effets visuels 3D tels que la neige et la poussière, ce qui a représenté un défi unique. Le dragon en lui-même, notamment au niveau de sa queue et de ses moustaches, devait bouger de manière fluide et vivante. Pour y parvenir, l’équipe de rigging a mis en place des fonctionnalités spécifiques qui ont grandement aidé les animateurs et, dans le même esprit, créé un rig spécial pour tous les esprits afin que ceux-ci soient interchangeables.
Malgré toutes ces embûches, et parce que nous étions toutes et tous fortement impliqués dans le projet, nous avons réussi à maintenir la motivation de l’équipe jusqu’au bout. Et ce, pour livrer un produit final que nous souhaitions beau, attachant, et dont nous pourrions être fiers. Aujourd’hui, le fait d’avoir pu réaliser un tel projet de bout en bout tous ensemble en ce laps de temps, et d’une qualité aussi professionnelle, reste une très grande fierté.
Quels conseils donneriez-vous aux étudiants qui réalisent aujourd’hui leur film?
Enfin, créez un projet suffisamment ambitieux pour vous motiver jusqu’au bout, mais un projet qui reste réalisable dans de bonnes conditions, sans passer l’année à s’épuiser pour en venir à bout.
Trouver le bon équilibre entre ambition de production et regard pragmatique sur les moyens à disposition et les obstacles techniques, un exercice subtil qui a préparé l’équipe d’Equinox aux réalités du secteur.

Aujourd’hui, alors le film poursuit son parcours en festivals, le petit dragon créé par ces étudiants est prêt à conquérir le cœur de nombreux fans d’animation, petits et grands.
