Présenté au festival Même pas peur, demi-finaliste du festival international du film de Sao Paulo et Coup de coeur du Jury au Festival Jeunesse en court, El Dodorado se distingue par son humour noir qui tranche avec son esthétique ronde, douce et colorée.
Un cocktail détonant, qui donne au court-métrage toute sa saveur.
Aux commandes de ce projet, Talhia Brom, Emilie Cayre, Dorian Condelis, Solène Corral, Brice Girardin-Faure, Ghita Hsaine, Ambre Kerbrat, Héloïse Ogez et Adrien Lhabitant, une équipe d’étudiants chevronnés qui ont fait preuve de persévérance, d’esprit d’équipe et de cohésion pour réussir à mener ce projet ambitieux à son terme.
Un exemple de travail collectif signé ESMA, dont nous vous proposons de découvrir les coulisses.

Origine et intention du projet
Selon l’équipe du film, c’est dans la mythologie grecque que se trouvent les racines d’El Dodorado. Et plus précisément, dans l’envie de proposer une réécriture du mythe d’Icare, fable dont la morale tragique résonne directement avec le scénario du film. Après la découverte d’une stèle ancestrale représentant un vol majestueux de leurs ancêtres, les derniers survivants de l’espèce des dodos vont en effet tout mettre en œuvre pour parvenir à voler, et atteindre l’île paradisiaque voisine, leur “El Dodorado”.
“Très vite, nous avons réalisé que cette idée de ‘se brûler les ailes’ se mariait bien avec l’espèce du dodo, dont l’incapacité à voler est bien connue du grand public. Proposer une nouvelle explication loufoque à l’extinction tragique de ce volatile, au travers de l’humour, a été au cœur de notre projet.”

Un humour à la fois absurde et brutal, choisi pour provoquer à la fois le rire, la surprise mais aussi l’empathie du spectateur pour ces personnages que l’on sait d’avance condamnés.
“Lors de la production du film, nous avons longuement discuté du niveau de violence afin de garantir qu’il soit adapté à tous les âges. Loin des représentations réalistes ou explicites, notre approche privilégie la violence cartoonesque. Il n’y a ni sang ni douleur réelle, seulement des distorsions exagérées et des gags burlesques.”
Une approche qui se marie parfaitement avec l’esthétique ronde et douce des personnages, aux décès plus ridicules les uns que les autres et qui rappellent le ton acide des cartoons du siècle passé comme Bip Bip, et autres Bugs Bunny.
Des dodos cartoonesques, au charme maladroit
Comment provoquer l’empathie et le rire sans pour autant susciter le dégoût? C’est le jeu d’équilibriste auquel s’est livrée l’équipe de El Dodorado en concevant ces personnages taillés pour être massacrés jusqu’au dernier, pour notre plus grand bonheur. Avec pour seuls personnages (ou presque) ces oiseaux patauds, le film a nécessité une longue réflexion sur la création de ces protagonistes à la fois attendrissants et ridicules.
“À la manière des minions ou des lapins crétins, il nous fallait un design fort et singulier qui donne envie au public de s’attacher à ces personnages, et à suivre leurs aventures. Tout en étant compatible avec nos différents gags. Nous ne souhaitions ni un design trop humanisé, ni une ressemblance excessive avec l’anatomie réelle des dodos.
Finalement, nous avons plutôt opté pour une silhouette douce et moelleuse, qui n’est pas sans rappeler un sac de pommes de terre. Cette forme s’est révélée parfaite pour une animation expressive de style cartoon, tout en rendant instantanément les dodos attachants dans leur maladresse.”
Un charme maladroit qui transparaît aussi dans les yeux surdimensionnés de ces créatures, permettant à l’équipe de faire passer facilement leurs infortunés personnages de l’innocence à la terreur, en passant par la confusion, selon l’expression transmise par ces regards qui en disent long.
Un univers rond et doux qui se heurte à un humour visuel tranchant

“Tout comme les dodos, l’environnement est conçu pour paraître rond et doux”, précise l’équipe. “Un choix qui contraste délibérément avec la présence écrasante de la mort”, qui donne toute sa saveur ironique au film.
L’île où sont coincés les dodos est en effet conçue par l’équipe pour mettre en avant l’absence d’échappatoires possibles.
Un univers assez sobre fait de terre ferme et de plages de sable, où seuls les cocotiers ponctuent le paysage.
“Par opposition, nous voulions que l’île de l’autre côté de l’eau ressemble à une corne d’abondance, couverte de fruits juteux et colorés.
C’est un paradis débordant de richesses que les dodos rêvent d’atteindre.” Une impulsion qui va rythmer tout le film, contribuant à l’accumulation de gags dans le plus pur style cartoon.

Mais ces choix artistiques ont également posé de nombreux défis à l’équipe, tant au niveau des personnages que de cet univers assez riche, malgré la simplification de certains décors. Pour mettre en place ce projet, il a fallu à l’équipe de nombreuses itérations, et une maîtrise technique avancée des outils d’animation 3D actuels.
“C’est l’investissement de chacun qui nous a permis de mener ce projet à bien”
Du fait de la grande quantité de personnages mis en scène, le film a posé des enjeux techniques bien spécifiques à l’équipe. “Nous voulions donner un aspect unique à chaque dodo, et cela a nécessité une animation à la main pour chacun d’entre eux, ainsi qu’une grande variété de cycles pour habiller la foule. Notre volonté de cohérence graphique nous a aussi poussé à faire des recherches en poils et grooming poussées, afin de pouvoir optimiser qualité du rendu avec quantités de personnages à l’écran.”
L’équipe a ainsi développé un pipeline de production spécifique, capable de supporter un grand nombre de personnages dans cet environnement à taille réelle.
Le format Universal Scene Description (USD), format en open-source qui favorise l’interopérabilité des outils de création de contenu, s’est révélé plus facile à utiliser dans cette optique.
C’est donc celui-ci qui a été choisi par les animateurs et les renderers, et cela a également facilité le partage des différents assets graphiques.
“Parmi les différentes expérimentations R&D liées à ce projet, nous avons créé un système de Frustum pour supprimer le groom des parties non visibles de la caméra, ainsi qu’un programme d’écriture de groom automatique, avec différents niveaux de qualité en fonction de la distance des dodos à la caméra. Nous avons aussi mis en place un système d’instancing pour créer des décors fournis en végétaux et des grandes foules de dodos, tout en travaillant la simulation du sable avec nos personnages.”
Autant de méthodes acquises au cours de leur formation en animation 3D, que ces étudiants se sont réappropriés chacun à leur manière pour correspondre aux défis de ce projet bien particulier.
“La répartition des tâches s’est faite assez naturellement”, se souvient l’équipe. “Le groupe était très complémentaire dans ses compétences, et chacun a pu apporter son savoir-faire au cours des différentes étapes du film. C’est l’investissement, le temps et la persévérance de chacun dans ce processus qui nous ont permis de mener ce film à bien.”
Leur conseil pour les étudiants en cours de réalisation? Prenez du plaisir à faire ce que vous faites, et communiquez.
Alors que ce projet est désormais derrière eux, et que ces étudiants s’insèrent aujourd’hui dans un secteur en pleine évolution, l’équipe du film reste fière d’avoir réalisé ce court métrage, qui correspond à l’idée initiale ayant donné l’impulsion au projet.

“Malgré les difficultés et les challenges que nous nous sommes imposés, nous avons réussi à trouver des solutions à chaque étape du projet, et cela reste une très grande satisfaction, surtout le jour où nous avons enfin vu qu’animer une centaine de dodos à l’écran était possible.
Mais c’est surtout l’aspect humain de ce projet qui restera un de nos meilleurs souvenirs. Avoir pu réaliser un court métrage d’animation avec neuf artistes qui ont mis d’eux mêmes dans ce film, le tout dans une ambiance joyeuse, agréable et à l’écoute, ça n’a pas de prix.
Donc si nous devions donner un conseil aux étudiants qui réalisent aujourd’hui leur film : communiquez. Cela rendra la production plus efficace, et surtout plus agréable.”
Un conseil avisé d’une équipe encore soudée, et qui partage avec bonheur ce film dont il est facile de ressentir le plaisir qu’ils ont pris à le mettre en images.
Apprentissage technique, innovation mais aussi véritable aventure humaine, la production d’un court métrage d’animation est un moment unique dans le parcours des étudiants de l’ESMA. Ces étudiants l’ont bien compris, et n’hésitent pas à partager encore aujourd’hui leur expérience et leurs apprentissages.
Quant à leur film, El Dodorado est désormais disponible en intégralité sur notre chaîne YouTube :
