Animation 3D, Interviews de Pros

Rencontre avec les Pros : Michelle & Olivier Staphylas, “power couple” de l’animation internationale

3DVF.com pour l'ESMA

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Membres du jury de l’ESMA Graduation Show 2025, c’est sur le bord de la Méditerranée que nous avons eu la chance de faire plus ample connaissance avec Michelle et Olivier Staphylas, co-fondateurs (ensemble) de la société de production 2 Oaks, et tous deux actifs dans l’industrie de l’animation depuis plus de vingt ans.

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C’est au studio Dreamworks que le duo se rencontre. Michelle y est productrice, tandis qu’Olivier intègre le studio en tant qu’animateur après une formation aux Gobelins. Depuis, ils n’ont cessé de collaborer, aux quatre coins du monde. 

Michelle Staphylas
Olivier Staphylas

Un “power couple” comme on dit outre-Atlantique (ou plutôt outre-Manche, où résident les Staphylas) qui utilise aujourd’hui son expertise croisée entre animation, réalisation et production pour collaborer avec des grands studios internationaux. 

Actuellement en collaboration (entre autres) avec Warner Bros, le duo a accepté d’échanger avec nous sur un secteur qu’ils jugent très dynamique, mais difficile à naviguer si l’on n’en maîtrise pas les codes et les outils. 

Deux sets de compétences à la fois similaires et complémentaires

Aujourd’hui, le couple collabore étroitement, tout en exerçant chacun leur propre activité de part et d’autre de la même société.

Michelle est productrice exécutive pour Warner Bros., et se charge d’accompagner les réalisateurs vers la validation de leurs projets. Un poste qui nécessite à la fois des compétences managériales, mais aussi un regard créatif aiguisé.

“Mon rôle est ici de préparer au mieux les artistes, ainsi que  leur pitch, pour les aider à obtenir le fameux green light”, détaille la productrice. “Cela implique de compiler les artworks, et de les mettre en forme pour que ces représentations reflètent d’une part la vision des cinéastes, mais aussi qu’elles puissent être comprises et entendues par les directeurs de studio du côté du client. Et à côté de ce rôle, je suis aussi consultante en production, dans une optique plus budgétaire et RH, pour aider les projets à s’accomplir, et notamment celui sur lequel nous travaillons actuellement.” 

Olivier, quant à lui, travaille d’arrache-pied en tant que co-réalisateur mais aussi head of character animation sur Bad Fairies, un projet mêlant humour british, punk et comédie musicale, où Cynthia Erivo (Wicked) a récemment été annoncée comme l’une des têtes d’affiche. Réalisé en partenariat avec Locksmith Animation, le long métrage est officiellement daté au 21 mai 2027.

Formé aux Gobelins à Paris, c’est au sein du studio Dreamworks qu’il décroche son tout premier emploi sur Kung Fu Panda, avant d’enchaîner sur Dragons, et de gravir les échelons. Une chance unique, mais aussi une opportunité saisie sans arrière-pensée, dans un secteur en perpétuelle mutation. 

“Nous payons aujourd’hui les conséquences des excès d’hier”

Pour le couple, il est indéniable que le secteur traverse aujourd’hui une crise, conséquence directe des années COVID et de la montée en puissance des plateformes de streaming. Une période faste dont le contrecoup se ressent durement depuis quelques années, non seulement en termes d’emploi mais aussi en termes de narration.

 “Avec l’arrivée des plateformes, le processus de fabrication idéal d’un film a été bouleversé”, explique Olivier Staphylas. “De sorte que l’on est arrivé à un stade où ce n’est plus l’idée originale qui primait, mais plutôt la plateforme ou le canal de diffusion pour lequel ce contenu était destiné. Et c’est cette manière de fonctionner dont nous payons selon moi aujourd’hui les conséquences. Nous sommes très heureux, Michelle et moi, de collaborer avec Warner Bros. car c’est l’une des majors qui croit encore profondément en la salle de cinéma. Créer des films pour le cinéma, c’est un métier risqué et rude, mais c’est très satisfaisant, et c’est l’idée qui prime, au travers d’une relation de confiance qui s’établit entre les studios, les cinéastes, et le public. C’est un vrai plaisir de pouvoir retrouver l’énergie qui était celle de Dreamworks quand nous y avons débuté tous les deux.”

Ni l’un ni l’autre ne veulent cependant se prononcer sur l’avenir de l’industrie, entre cinéma et streaming. Mais si l’on remet l’idée au cœur du processus créatif, ils sont tous deux d’accord pour affirmer que cela aura un effet positif sur le secteur dans son ensemble. 

KPop Demon Hunters vient de rebattre toutes les cartes”, ajoute Michelle Staphylas. “Et cela montre aussi que si l’on veut amener les gens en salles (et non face à leur télévision), il faut pouvoir leur proposer des histoires au moins aussi puissantes que celles-ci, et que les gens se disent ‘je VEUX voir ça sur grand écran.’

Je ne veux pas non plus écarter le streaming, car cette industrie a sauvé énormément de carrières durant la pandémie. Je pense qu’aujourd’hui, nous sommes dans un réajustement de trajectoire, et que c’est un contexte à la fois singulier, mais également très prometteur pour les jeunes.” 

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S’ouvrir aux opportunités, un mantra

Lorsqu’on leur demande ce qui fait aujourd’hui un bon professionnel, et comment s’insérer dans le secteur, le couple insiste sur la nécessité de saisir chaque opportunité, en gardant l’esprit ouvert et curieux. “Aujourd’hui, il faut avoir le courage de dire ‘oui’, même si ce n’est pas exactement ce que vous aviez en tête comme objectif”, insiste Michelle Staphylas. “La vie présente son lot d’obstacles et de défis, et pouvoir pivoter, s’adapter tout en restant ouvert aux opportunités est la meilleure façon d’arriver à son but. Cette première proposition n’est peut-être pas le job dont vous rêviez, mais c’est peut-être celui qu’il vous faut prendre en compte aujourd’hui. De mon point de vue, ces expériences sont parfois les plus enrichissantes, et cela nous a obligé à redéfinir notre approche, à travailler de nouvelles compétences. Au final, cela nous a grandi.” 

Autre point d’attention : avoir la capacité de s’adapter, non seulement au sein d’une équipe mais aussi avec des collaboratrices et collaborateurs issus de différentes générations. “Il y a parfois entre trois et quatre générations sur le même projet”, souligne la productrice. “Réussir à travailler ensemble demande à la fois de l’empathie et de la patience, autant vers le haut que vers le bas. Sur un film, vous devez vous faire des amis rapidement, et travailler avec eux pendant parfois près de trois ans. Tout l’enjeu est de réussir à s’adapter, résoudre des problèmes en équipe, tout en réussissant à avoir vos opinions, partager vos ressentis, et les combiner avec ceux de vos collègues.” 

Il ne suffit pas d’être bon pour être engagé, ajoute Olivier Staphylas. “Ce qui compte, c’est aussi la valeur tant artistique, technique et humaine que vous apporterez au projet. Et parfois, c’est aussi une question de timing. Il faut donc continuer à développer ses compétences, tout en restant à l’écoute des opportunités pour pouvoir les saisir le moment venu.

Malgré tout ce que le COVID nous a fait subir, cela a également permis d’ouvrir de nouvelles opportunités. Aujourd’hui, on peut tout à fait travailler pendant trois semaines sur un projet de l’autre côté de l’Atlantique, sans devoir déménager à New York. C’est une chance qu’il faut pouvoir saisir également.” 

Un équilibre entre bon communicant, artiste, et technicien

Autre point important sur lequel insiste tant Michelle que Olivier, c’est l’importance de savoir présenter, et se présenter en tant que professionnel. “Il y a vingt ans, avoir un diplôme d’une prestigieuse école était peut-être un sésame suffisant, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Ce qui fait la différence, c’est la capacité à comprendre le fonctionnement d’un environnement de studio, et s’y préparer”, martèle Olivier. 

“L’école est un écosystème unique qui favorise la créativité, je pense que nous pouvons aller plus loin dans la manière dont les étudiants sont préparés au travail de studio. Cela implique une routine, la capacité à transmettre rapidement les retours, à intégrer des itérations et à les expliquer, autant d’aspects quotidiens du métier qu’il est essentiel d’avoir à l’esprit dans cette industrie.” 

Du côté de l’ESMA, cette dynamique se met en place dans la plupart des groupes d’étudiants au cours de leur projet de fin d’étude. Nombreux sont celles et ceux qui désignent des responsables de production, afin de garantir la livraison journalière des plans, le respect des quotas. Et, comme le souligne le duo, cela se ressent dans la qualité des projets. 

“Cela ne veut pas dire qu’il faut être extraverti et à l’aise oralement pour intégrer le secteur”, tempère Michelle Staphylas. “Mais pouvoir construire, en quelques phrases, la présentation d’un personnage ou d’un asset, et expliquer son processus, c’est essentiel pour intégrer une équipe et contribuer de manière fluide à un projet d’envergure.” 

Faut-il donc être plus doué sur le plan technique, artistique, ou communicationnel? Sans répondre à la question, le duo constate : “in fine, si vous n’êtes bons que dans un de ces trois axes, vous allez causer des problèmes à quelqu’un. Une personne qui est consciente de ses forces, qui peut trouver l’équilibre entre ces différents paramètres et qui est prête à travailler pour combler ces faiblesses, c’est ce que recherchent les studios aujourd’hui.” 

Un travailleur averti en vaut deux

Enfin, le couple souligne l’importance de connaître les différents types de contrat courant dans le secteur, tout en ayant la capacité de fixer ses tarifs en pleine conscience. Ni trop bas, au risque d’être sous-évalué. Ni trop haut, au risque d’être vu de travers. Un équilibre judicieux, mais auquel les écoles peuvent tout à fait préparer les étudiants.

En contact avec de nombreux professionnels, les étudiants de l’ESMA peuvent facilement accéder à ces informations tant en France qu’à l’étranger. 

“Ce sont des petites astuces, mais qui changent tout. Connaître les tarifs du marché, bien conduire un entretien d’embauche, que ce soit en présentiel ou par Zoom. Pouvoir se présenter convenablement, cela peut tout changer”, soulignent Michelle et Olivier Staphylas. 

Mais tous deux croient fermement en l’avenir du médium, et se réjouissent de l’engouement que suscite l’animation auprès du public. “Encore une fois, KPop Demon Hunters a réalisé quelque chose d’incroyable”, conclut Olivier Staphylas.

“Ce long métrage a réussi à fédérer des générations autour d’un film d’animation et d’un univers unique, qui est aujourd’hui devenu phénomène culturel.” 

Et Michelle d’ajouter : “Lorsque l’on pitche un projet à des directeurs de studios, la question qui revient toujours est : mais pourquoi ceci doit-il être fait en animation? C’est un médium unique, qui permet de raconter des histoires qui ne peuvent être racontées qu’à travers celui-ci.

Voir tous ces jeunes qui souhaitent aujourd’hui travailler dans ce secteur, et découvrir leurs visions créatives et leurs approches nouvelles, c’est extrêmement rafraîchissant, et je suis très fière de faire partie de cette industrie aujourd’hui.” 

Si vous souhaitez en découvrir davantage sur les projets d’Olivier et Michelle Staphylas, découvrez leur page LinkedIn 2 OAKS.

Le clip Love Louder du groupe The Meeps, réalisé par Olivier et produit par Michelle, est également disponible sur Youtube.