Formée à la New York Institute of Technology, elle débute sa carrière dans le cinéma en prises de vues réelles, avant de rejoindre le monde de l’animation en 2007, chez TeamTO.
Co-fondatrice des studios La Cabane, et productrice au sein de cette société et du studio belge Thuristar, elle met son expertise et ses connaissances au service de productions de qualité sous différents formats, des courts métrages aux séries, en passant par des spéciaux.
Des œuvres destinées à la fois à la TV/VOD et au cinéma, dont la renommée a depuis bien longtemps dépassé les frontières de l’Hexagone.

C’est quelques jours à peine avant le Cartoon Forum 2025 que nous avons pu échanger avec elle autour de sa carrière, des défis du secteur et des précieux conseils qu’elle livre avec plaisir aux jeunes souhaitant s’intégrer dans l’industrie de l’animation aujourd’hui.
Une industrie qu’elle décrypte de manière pragmatique, réaliste et sans langue de bois, tout en défendant la création originale, et les artistes qui lui donnent vie.
Des projets ambitieux, mijotés avec finesse
Forte de son expérience chez TeamTO, pour le compte de laquelle elle a produit (avec Thuristar) Mon chevalier et moi, Perrine Gauthier fonde La Cabane en 2015, et crée avec Thuristar une structure de coproduction franco-belge unique. Un écosystème qui a permis de donner naissance à de nombreux projets comme Mush-Mush, aujourd’hui un succès planétaire. Vendue dans le monde entier et nommée aux Emmy Awards Internationaux.

“Je suis très attachée à tous les projets que l’on décide de porter, c’est le minimum pour les mener à bien !”, confie Perrine Gauthier. “Ces dernières années, j’ai mis beaucoup d’énergie et d’attention sur deux projets en particulier : Mush-Mush, d’une part, et Luce et le Rocher, court métrage à l’origine de la série homonyme qui va entrer en production prochainement. Le film a été sélectionné dans plus de 200 festivals et reçu plus de 20 récompenses, dont une Mention Spéciale à La Berlinale et des prix à Anima Bruxelles et Ottawa. La série, écrite par Britt Raes et co-réalisée avec Mathilde Prévost, est l’un de nos projets en cours.

En parallèle, nous lançons la production de Mijoté de Brebis, un spécial écrit et réalisé par Joeri Christiaen (réalisateur de Mush-Mush), et nous développons une série intitulée Emma sur la Vague, coécrite par Giulia Iacopini et Julien Gallet, et réalisée par Camille Chao.”

Un secteur en crise, et des talents à préserver
Pour la productrice, qui navigue depuis 2007 dans l’industrie de l’animation, le secteur traverse aujourd’hui une crise multifactorielle dont les conséquences sont tout aussi multiples. “Entre baisse drastique des commandes de projets par les plateformes, fermeture de chaînes de télévision, fragmentation des financements (sans parler des effets d’annonce incessants autour de l’IA générative), le secteur est secoué.” Et pour Perrine Gauthier, les premiers touchés sont les travailleurs et travailleuses, et notamment les jeunes diplômé·es.
Dans ce contexte de crise aux paramètres structurels, avec une probabilité assez faible de retour à des niveaux d’activités similaires à ceux d’avant la pandémie, l’animation continue pourtant de générer de gros succès, et de productions de grande qualité.

L’enjeu principal est donc de rappeler à tous les acteurs du secteur, et notamment aux plateformes internationales et aux pouvoirs publics, que le succès et la qualité de ces œuvres reposent sur un écosystème fragilisé, et sur des expertises et des talents qu’il faut préserver.
Ne pas utiliser l’IA : un choix conscient et responsable
Face aux nouvelles technologies, et notamment à l’IA générative, La Cabane a toujours adopté une approche prudente. Sur Mush-Mush, le pipeline a par exemple été modifié entre les deux saisons.

D’un setup full Blender en saison 1, la production est passée à un mélange Blender + Unreal Engine en saison 2. Un choix qui a émergé au travers d’un concours de circonstances, et qui s’est ensuite concrétisé pour des raisons artistiques, techniques et environnementales.
“C’était une expérience très positive, mais nos partis pris technologiques sont toujours déterminés par les spécificités de chaque projet”, précise Perrine Gauthier. “Cela ne signifie donc pas que toutes nos productions sont désormais fabriquées sur Unreal.”
Concernant l’IA générative, La Cabane a fait le choix de ne pas utiliser ces outils dans le développement ou la fabrication de ses projets, pour des raisons éthiques (voire philosophiques), sociales et environnementales. “D’après les dernières études publiées à ce sujet, de nombreux métiers sont menacés par l’IA, dans notre secteur comme ailleurs. À mon sens, ce qu’il adviendra des métiers de l’animation (et des métiers de la création et de la culture en général) relève d’une responsabilité collective des employeurs, des pouvoirs publics, des acheteurs/investisseurs, et des professionnels eux-mêmes dans une certaine mesure.”
L’avenir de l’animation, c’est la création originale
Pour Perrine Gauthier, l’un des enjeux majeurs du secteur est plus que jamais de continuer à faire émerger des créations originales. Dans un contexte où l’industrie privilégie souvent les franchises, il est essentiel de (se) rappeler que la pérennité du secteur et la richesse de l’offre audiovisuelle et cinématographique reposent aussi sur le développement de nouveaux personnages et de nouveaux univers. “Soutenir la création originale, c’est faire exister les succès d’aujourd’hui et de demain, et c’est aussi préserver la liberté artistique et donner une place à des talents émergents ! Sans la création originale, pas de Bluey, pas de Samuel, et pas de Mush-Mush non plus…”
Comprendre le secteur, pour mieux s’y intégrer
Comment dès lors, se préparer pour intégrer le secteur? “Tout dépend du poste et du projet, et j’aurais bien du mal à définir ce qu’est aujourd’hui un·e ‘bon·ne professionnel·le’, Il est tout à fait possible d’être introverti et bon manager par exemple!”, ajoute Perrine Gauthier avec le sourire. Mais selon elle, ce que les jeunes doivent comprendre, c’est le niveau de difficulté auquel s’attendre pour trouver un emploi au sortir des études. “Il est essentiel que les écoles tiennent compte du contexte et de son évolution dans leur offre pédagogique et leurs formations”, souligne la productrice. Et pour conclure, un dernier conseil clair et avisé : “Informez-vous ! Sur le secteur, son fonctionnement, ses mécanismes, ses acteurs, etc. Comprendre tout ce qui se joue permet d’être mieux préparé, de debunker des idées reçues et d’éviter des jugements hâtifs.”
Si vous souhaitez en découvrir davantage sur La Cabane Productions, rendez-vous sur leur site web.