Adrien Favre-Félix

Paroles d’anciens – Rencontre avec Adrien Favre-Félix, CG Supervisor au sein du studio INTHEBOX

Photo de Adrien Favre-Félix
Année de graduation
2011
Entreprise actuelle
INTHEBOX Studio
Poste actuel
CG supervisor – Lead lighting / compositing
Formation
Cinéma d’Animation 3D et Effets Spéciaux

Diplômé en 2011 de l’ESMA, Adrien Favre-Félix a été le premier employé du studio INTHEBOX, qu’il a rejoint en février 2012, quelques mois après la fin de ses études. 

Treize ans plus tard, c’est en tant que CG supervisor – Lead lighting / compositing qu’il continue à collaborer avec cette société de production désormais bien établie dans la galaxie de l’animation française et internationale, tout en ayant su rester une entreprise à taille humaine basée dans la banlieue d’Annecy. 

Un parcours aussi fluide qu’atypique dans un secteur où la mobilité est souvent considérée comme la norme, mais dans lequel l’ancien étudiant devenu professionnel a pu s’épanouir, et contribuer à la construction de nombreux projets. Du long métrage Léo, la fabuleuse histoire de Léonard De Vinci produit par Foliascope en passant par les séries Team Nuggets et Ordures!, Adrien Favre-Félix est un des neuf engrenages tous essentiels qui font tourner la machine INTHEBOX. Une équipe permanente à laquelle viennent s’ajouter des renforts intermittents, selon les besoins des productions. 

Alors que le studio est aujourd’hui en pleine production de la suite de Team Nuggets, Adrien Favre-Félix a accepté de revenir avec nous sur les débuts de son parcours professionnel, sur l’évolution qu’il a pu constater dans le secteur, et sur les perspectives que celui-ci offre encore aujourd’hui pour les jeunes diplômés. 

Affiche Léo la fabuleuse histoire de Leonard de Vinci ©Foliascope

Pour commencer, comment avez-vous intégré le studio INTHEBOX?

En fait, celui-ci a été fondé par Mathieu Marin et Madjid Chamekh l’année où j’ai été diplômé. Pour l’anecdote, j’étais à l’école avec Mathieu au collège et au lycée. Nous nous étions perdus de vue, et ce n’est qu’avec le début de ma carrière chez INTHEBOX que nous avons repris contact.

Vous souvenez-vous de votre passage des bancs de l’école au monde professionnel?

Il y a eu un petit temps d’adaptation, car à l’époque le studio fraîchement installé n’utilisait pas la technologie Maya que celle que nous avions appris à l’école, mais bien XSI Softimage. Ma première démarche après l’embauche a donc été de me documenter énormément sur ce logiciel, avec de nombreux tutoriels. Finalement, le studio est passé sur Maya, mais les premiers mois ont été assez similaires en termes d’intensité d’apprentissage à mon expérience à l’ESMA.

Au début, les projets étaient très divers, et j’ai véritablement rejoint le studio en tant que “3D généraliste”. Nous faisions du rendu produit, des affiches, etc. Au fur et à mesure, cela a évolué vers plus de publicités, plus de prestations, et c’est là que nous avons commencé à animer. Aujourd’hui, c’est vers l’animation 3D et la série que nous focalisons nos efforts, mais nous avons également collaboré à des longs métrages en stop-motion, où nous nous occupions de toute la partie background, VFX et compositing. 

Comment cela a-t-il influencé votre poste, et l’évolution de vos responsabilités au sein du studio? 

À l’origine, Mathieu et Madjid sont deux Technical Director, très très bons sur les aspects techniques. Madjid a également un gros background en IT, machine, réseau et serveur, ce qui a donné de bonnes bases pour construire ensuite une équipe avec chacun ses spécificités.

De mon côté, j’étais plutôt axé sur les aspects look dev, texture, shading, lighting ou compositing, et cela a petit à petit évolué vers un poste de lead lighting / compositing, même s’il m’est arrivé d’être également lead texture sharing pour la fabrication de certains assets.

Aujourd’hui, je suis même réalisateur sur certaines parties du projet auquel nous collaborons. Finalement, même si je n’ai pas quitté INTHEBOX, il y a eu pas mal d’étapes différentes dans mon parcours. 

Quel est le projet dont vous êtes le plus fier à ce jour? 

Le projet dont on est le plus fier, c’est toujours celui du moment. Nous en avons eu beaucoup, il est difficile d’en distinguer un particulièrement.

Ce qui est vrai, c’est que comme nous sommes un petit studio, on court souvent après les budgets. Je suis fier du travail que j’ai accompli, mais il y a toujours cette petite frustration de vouloir aller un peu plus loin.

Parmi les projets marquants de ces derniers mois, nous avons participé au Monde de Wishy, long-métrage coproduit en France par Godo Films, et nous sommes en production pour la saison deux de Team Nuggets, où je travaille notamment en tant que réalisateur technique sur les épisodes français de la série, coproduite avec le Danemark.

Affiche Le monde de Wishy © Godo Films

Comment avez-vous ressenti les changements du secteur de l’animation en France depuis le début de votre carrière? 

Il y a beaucoup d’aspects du secteur qui ont évolué. Et pour commencer, une évolution technologique qui nécessite de grandes facultés d’adaptation. Il faut toujours essayer d’être à la page. En tant que CG Supervisor au sein d’INTHEBOX, nous faisons beaucoup de R&D au fur et à mesure des nouveaux projets, dans le but d’améliorer notre pipeline et notre workflow. Nous avons par exemple commencé à utiliser Blender, et ce depuis le confinement, afin de diminuer les coûts de production. 

Dans l’ensemble, nous faisons des tests pour rester à niveau, proposer des solutions, nous réfléchissons à intégrer (ou non) l’IA dans nos process, et ce tout en continuant à travailler sur Maya. Il faut sans cesse se renouveler, et c’est une constante du secteur aujourd’hui. 

En ce qui concerne le secteur en lui-même, il est vrai qu’il est quand même plus restreint qu’à une certaine époque. En ce qui me concerne, j’ai la chance d’avoir une position stable, un CDI dans une société où les équipes grossissent et se réduisent selon les projets. Une flexibilité qui permet d’intégrer ces intermittents dans nos productions les plus ambitieuses, tout en ayant des projets “sous-marins” qui nous permettent de poursuivre l’activité.

Vous parliez de l’IA, comment cette technologie et les autres avancées comme l’animation en temps réel ont-elles changé la manière dont vous produisez? 

En ce qui concerne l’IA en particulier, nous sommes plutôt dans une phase de R&D, car celle-ci ne sera utilisée chez nous que si elle donne une plus-value à notre projet. Que ce soit au travers d’un “troisième oeil”, ou d’un regard auto-critique, cet outil pourrait permettre aux artistes d’être plus autonomes. 

Team Nuggets ©Sparre production

C’est également un outil qui pourrait servir à créer (via des turnarounds) de bonnes bases de blocking en 3D sur certains personnages, avant d’en détacher les éléments et les resculpter pour rendre l’étape de fabrication plus efficace. 

Est-ce que cette technologie menace certains métiers? Je la vois plutôt comme une évolution, car cela ne remplace pas le savoir-faire d’un professionnel, et ce que l’expérience de celui-ci peut apporter sur le rendu final d’une image ou d’un asset 3D.

Cela étant dit, il y aura peut-être à l’avenir une évolution de la profession, et la compétence IA peut-être un prérequis des nouveaux artistes de la 3D.

Qu’est-ce qui fait selon vous un bon professionnel dans l’industrie de l’animation aujourd’hui? 

Tout simplement cette faculté d’adaptation, et la capacité à pouvoir s’intégrer dans une équipe. Rester dans un mode de fonctionnement trop rigide risque d’amener à des frustrations, à des blocages, avec un impact négatif sur la production et sur la collaboration de manière générale. 

Dans nos recrutements, nous sommes à la recherche de bonnes personnalités. Des gens tout simplement humains qui vont pouvoir s’adapter, travailler en équipe, et être ouverts à l’apprentissage. La qualité technique, c’est quelque chose qui peut s’apprendre tout au long d’une carrière.

Et qu’en est-il des compétences managériales? En tant que CG Supervisor, comment avez-vous appris à gérer des équipes?

J’ai appris sur le tas, comme ce fut le cas de tous les artistes qui sont aujourd’hui superviseurs au sein de INTHEBOX. Cela s’est fait un peu naturellement, mais le principal aspect à prendre en compte est de pouvoir donner à chaque artiste la liberté de se concentrer uniquement sur son travail, sur sa mission. De sorte que le lighting artist qui récupère son shot n’a qu’une seule chose en tête : créer son lighting dans les meilleures conditions possibles. Le reste, c’est à nous de gérer, de faire en sorte que chacun soit dans ses meilleures dispositions, avec des tâches qui correspondent au mieux à ses envies, tout en améliorant les processus au fur et à mesure de ces itérations.

Tout le monde n’a pas forcément l’ambition de devenir manager, cela dépend de la personnalité de chacun, mais dans l’ensemble je pense que la bienveillance, l’ouverture à l’autre et le fait de pouvoir être à la fois force de proposition et flexible sont des qualités qui doivent se retrouver dans l’ensemble de nos équipes, superviseurs ou non.

Justement, nous parlons de recrutement, comment les étudiants d’aujourd’hui et de demain peuvent-ils se préparer à l’insertion dans ce monde professionnel? 

Il y aura toujours besoin de spécialistes par département. Paradoxalement, j’ai commencé en tant que généraliste, et je n’ai pas l’expérience des gros studios, mais je pense que ce besoin de spécialisation est amené à se perpétuer dans les années à venir. 

En série par exemple, il est nécessaire d’avoir des personnes compétentes pour des domaines bien précis comme la fabrication d’assets, le layout, l’animation, le rendu et le compositing. 

Mais au-delà de ce besoin de spécialisation, le plus important reste selon moi d’être le plus curieux possible, et ne pas hésiter à tester les dernières nouveautés, les technologies émergentes, et ne pas s’arrêter à ce que l’on apprend à l’école. 

Là où l’école joue par contre un rôle essentiel, c’est dans la manière d’inculquer la valeur du travail, à la fois en termes d’efforts individuels, mais aussi en ce qui concerne le travail d’équipe. Le film de fin d’études est une véritable plongée dans ce qu’est le monde du cinéma d’animation : un travail de coopération, où il est nécessaire de se répartir les tâches selon les affinités de chacun, et de collaborer en bonne entente et en bonne intelligence.

Car c’est vraiment cela qui est crucial dans nos processus de recrutement. Je préfère avoir en face de moi une personne capable de collaborer sainement avec son entourage qu’un prodige technique trop rigide. Quelqu’un qui soit capable de venir en aide à son collègue si celui-ci est en retard, ou quelqu’un qui n’a pas forcément une maîtrise technique parfaite, mais qui aura la capacité de progresser. Cette résilience, la capacité de mettre son ego de côté et l’envie de partager sont les compléments indispensables à une formation dans une bonne école.  

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