Enzo Cransac

Avant même d’avoir son diplôme en poche, Enzo Cransac traversait déjà l’Atlantique, pour partir à la conquête du Canada et de ses studios.

Photo de Enzo Cransac
Année de graduation
2022
Entreprise actuelle
Walt Disney Animation Studios
Poste actuel
CFX Artist
Formation
Cinéma d’Animation 3D et Effets Spéciaux

 C’est en effet au sein des studios ICON à Vancouver qu’il fait son premier stage, sur la série d’animation Supernatural Academy. Une insertion de trois mois dans le milieu professionnel, qui lui donnera le goût de l’expatriation (et peut-être, du sirop d’érable?).

Toujours est-il qu’après son court métrage de fin d’études Instinct, il s’envole à nouveau vers l’Ouest, pour intégrer les studios Image Engine. En août 2024, il rejoint Walt Disney Animation Studios, une maison qu’il n’a pas quittée depuis.

Alors que Zootopie 2 (sur lequel il a travaillé en tant que CFX Artist) explose tous les records en cette fin d’année, nous avons pu échanger avec Enzo sur son parcours, et sur les raisons qui l’ont poussé à choisir une formation à l’ESMA. 

Qu’est-ce qui vous a amené à choisir cette école et ce secteur ?

Grâce à mes parents, j’ai grandi en regardant énormément de films d’animation : les grands classiques de Disney, Warner Bros, Pixar, ou des productions plus locales comme Kirikou ou Azur & Asmar de Michel Ocelot.

Je pense que ces longs métrages ont eu une très très grande influence sur moi. Depuis tout petit, j’adore dessiner avec ma cousine, faire des graffitis pour les copains, regarder des films, jouer à l’ordinateur…

J’ai eu la chance d’avoir deux personnes formidables dans mon entourage : Jonathan Bacheter (Lead/Senior Modeler) et Martial André (ancien élève de l’ESMA, aujourd’hui superviseur anim’ chez Fortiche). Ce sont eux qui m’ont introduit au monde de l’animation. J’étais fasciné par leurs travaux, leurs réussites, leur épanouissement… je voulais faire pareil ! Ils m’ont alors guidé vers l’ESMA, une école qui formait des artistes qui, une fois diplômés, partaient travailler dans le monde entier. Et c’est ainsi que j’ai intégré l’ESMA en 2017.

Cette formation m’a énormément apporté, aussi bien sur le plan technique qu’artistique. Elle m’a permis de développer ma créativité, ma sensibilité, ainsi qu’une véritable rigueur de travail. L’école nous forme extrêmement bien au processus de création en 3D, de A à Z, avec une méthodologie et des outils très similaires à ceux utilisés en milieu professionnel.

Avec du recul, qu’est-ce qui vous a le plus marqué pendant vos années à l’école ?

Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’entraide avec mes camarades. Ce ne sont pas des études simples : elles demandent un investissement total, beaucoup d’énergie et de persévérance. Mais cette exigence est portée par une passion commune, et c’est ce qui rend l’expérience aussi forte. J’ai eu la chance d’avoir des enseignants qui étaient toujours là pour me tirer vers le haut, et des amis avec qui j’ai partagé aussi bien les moments de doute que les réussites.

C’est en grande partie grâce à eux si j’en suis là aujourd’hui. Cette solidarité et cette passion collective m’ont marqué et m’accompagnent encore aujourd’hui!

Ce que vous faites aujourd’hui correspond-il à ce que vous imaginiez en tant qu’étudiant ?

Honnêtement ? C’est encore mieux que ce que j’imaginais.

Si on m’avait dit, il y a quelques années, les projets sur lesquels j’aurais la chance de travailler et les artistes incroyables que j’allais rencontrer, je n’y aurais jamais cru une seule seconde.

Justement, pouvez-vous nous présenter votre poste au sein de Walt Disney Animation Studios?

Je suis CFX Artist! Mon travail consiste à allier rig et simulation pour animer certains éléments comme les vêtements et les cheveux des personnages. Je m’occupe de l’animation secondaire en utilisant des outils de simulation physique ainsi que des outils de sculpt pour ajouter du drag et de l’overlap aux vêtements, aux cheveux, à la peau/graisse des personnages, mais aussi à leurs accessoires et bijoux.

Je fais en sorte que tous les aspects des personnages soient physiquement crédibles afin de leur donner de la vie et du caractère!

Actuellement en train de travailler sur le prochain long métrage de Disney Animation, Hexed.

C’est un nouveau film original qui suit un adolescent et sa mère. Ils découvrent que ce qui le rend « différent » pourrait en réalité être des pouvoirs magiques capables de bouleverser leur vie. Le projet est réalisé par Josie Trinidad et Jason Hand, et est prévu pour novembre 2026.

Quel est le projet dont vous êtes le plus fier à ce jour ?

La réponse est très simple : c’est Zootopie 2 ! J’en suis fier pour tellement de raisons.

Ça a été énormément de travail, avec des standards de qualité très élevés et un planning assez serré. Mais ce projet représente pour moi un véritable pilier dans ma carrière.

Non seulement parce que c’est mon premier projet pour le grand écran, mais aussi parce que travailler pour Disney, aux côtés de certains des artistes les plus talentueux de la planète, est un privilège. J’ai par exemple eu l’immense honneur de collaborer avec Alex Kupershmidt, connu pour son travail d’animation sur des films tels que La Petite Sirène (1989), Aladdin (1993) ou encore Lilo & Stitch (2002).

Malgré le succès de Zootopie, l’animation a traversé (et traverse encore) une période difficile. Comment percevez-vous l’état actuel du secteur?

Ces deux ou trois dernières années ont été assez compliquées, une période pas évidente.

J’ai moi-même été impacté par la grève des scénaristes : après un an et demi, j’ai perdu mon premier poste chez Image Engine.

Mais depuis quelques mois, je suis plutôt optimiste. Beaucoup de studios recommencent à avoir des projets, recrutent à nouveau et rouvrent leurs portes ! Donc aujourd’hui, j’ai un ressenti clairement positif.

En tant qu’artiste à Walt Disney Animation Studios, je ne ressens en tout cas pas vraiment de changement. Finalement, notre objectif reste le même, délivrer le meilleur film possible et transmettre un maximum d’émotions!

Ces remous sont-ils selon vous un simple cycle ou une transformation plus structurelle du secteur ?

Je pense que c’est un mélange des deux. Comme toute industrie, l’animation traverse des changements économiques, des priorités, des grèves…

Mais en parallèle, il y a aussi des évolutions plus structurelles, liées aux nouvelles technologies, aux attentes des spectateurs et aux modèles de production.

Pour moi, c’est simplement une période d’adaptation et pas forcément une rupture. Comme dit précédemment, je suis plutôt optimiste!

Qu’est-ce qui fait selon vous un bon professionnel dans ce secteur aujourd’hui, et au vu de ce contexte?

Je pense qu’un bon professionnel, c’est d’abord quelqu’un qui maîtrise et comprend son rôle dans la production. Mais au-delà des compétences techniques, savoir collaborer, être à l’écoute, fiable et savoir recevoir et appliquer les notes des superviseurs est essentiel.

S’investir dans la culture du studio est aussi primordial. Posez des questions, communiquez avec vos supérieurs et collègues, être présent aux événements organisés par la compagnie… Soyez respectueux, intéressé, motivé, et si vous réunissez tout cela, vous avez d’excellentes chances que le studio dans lequel vous travaillez fasse tout pour vous garder !

Qu’en est-il des compétences managériales?

J’en parle un peu dans la question précédente, mais ces compétences sont vraiment très importantes. La communication, l’humilité, l’adaptabilité/l’organisation et l’esprit critique sont, pour moi, les piliers. Il faut aussi savoir identifier et anticiper les besoins, et communiquer clairement. Tout cela vient avec l’expérience, mais je trouve que l’ESMA nous en donne déjà un avant-goût, notamment lors de l’exercice de réalisation du court-métrage de fin d’études.

Les jeunes diplômés arrivent-ils suffisamment préparés selon vous ?

Je pense que oui! Nous avons la chance d’être formés avec des logiciels et des workflows très similaires à ceux que l’on retrouve en production. Chaque studio possède sa propre manière de travailler, c’est pourquoi savoir s’adapter est extrêmement important.

Pour être honnête, je trouve même que certains professionnels, qui sont dans l’industrie depuis un moment, sont souvent impressionnés par le niveau de certains jeunes diplômés!

Quel regard portez-vous sur l’évolution des relations entre écoles et studios ?

J’ai la sensation qu’il y a davantage d’échanges : les programmes s’adaptent à la manière dont les studios travaillent, et il y a beaucoup de masterclasses, d’interviews, etc.

Du côté des studios, je me souviens que Disney nous a fait signer des posters de Vaiana 2 spécialement pour l’envoyer à l’école. Les compagnies portent également un œil très attentif sur les nouveaux diplômés.

Revenons sur vos outils, et votre manière de travailler. Celle-ci a-t-elle été impactée par les nouvelles technologies?

Honnêtement, rien n’a changé dans ma manière de travailler. Ce qui me plaît, c’est la collaboration avec les autres artistes, et tous les nouveaux défis artistiques et techniques que chaque nouvelle production apporte. Chez Walt Disney Animation Studios, les films sont faits par les artistes avec les outils à notre disposition. Dans mon quotidien, mon processus artistique n’a pas changé. Nous continuons de travailler de la même manière, avec comme objectif d’honorer l’énorme héritage de Walt Disney. 

Je vois l’évolution technologique comme un outil qui nous aide à exprimer notre sens artistique. Je commence toujours par comprendre l’aspect émotionnel et narratif de la séquence à laquelle je suis assigné, et je réfléchis à la meilleure manière de réaliser mes intentions.

Parfois, l’innovation nous aide à pousser nos objectifs plus loin, mais ne pas se reposer uniquement sur cet aspect permet de rester plus proches de nos intentions artistiques. 

Regardons vers le futur désormais. Quelles tendances vous semblent majeures à moyen ou long terme pour le secteur ?

Je pense que les technologies et les styles graphiques vont évoluer et se diversifier. On va de plus en plus chercher des influences variées. De mon côté, j’espère que l’on continuera à voir des projets avec des esthétiques assumées, ainsi que des suites de grands classiques !

Au sein de cet écosystème, la France est un pilier dans la production d’animation et je suis certain qu’elle a encore de très beaux jours devant elle. 

Des projets comme Arcane, ou plus récemment le film Arco, continuent de faire rayonner la France à l’international.

L’animation française se distingue par des choix artistiques forts et une sensibilité unique. Même à l’étranger, l’expertise française est très recherchée, et de nombreux français occupent des rôles à haute responsabilité dans énormément de productions !

Et vous, où vous voyez-vous dans 5 ans ?

Dans cinq ans, j’espère toujours travailler au sein de Walt Disney Animation Studios à Vancouver et, pourquoi pas, évoluer vers des postes à plus grande responsabilité.

Je ne me lasserai jamais de l’environnement de travail et des collègues que j’ai ici, mais aussi de la nature et de la ville de Vancouver!

Quel conseil donneriez-vous aux étudiants qui se forment aujourd’hui ?

Soyez curieux, passionnés et ouverts aux retours. C’est ainsi que vous progresserez. Soutenez-vous, encouragez-vous et investissez pleinement votre énergie dans ce que vous faites!  Il est aussi très important de ne pas négliger les offres d’emplois a l’étranger. Osez franchir le pas vers l’inconnu. Avec du recul, être parti vers le Canada un mois après mon diplôme fut une des meilleures décisions de ma vie.

Profitez de tout le savoir accessible autour de vous. Il est également essentiel de créer des contacts dans le milieu et de faire en sorte que vos collaborateurs apprécient travailler avec vous !

Et aux écoles qui les accompagnent ?

Il faut rester à l’écoute des étudiants et être présent pour eux, que ce soit sur le plan créatif et technique, mais aussi sur le plan personnel, en discutant de leurs motivations, de leurs doutes, de leurs objectifs… Il est très important d’avoir un personnel formé aux technologies et aux logiciels standards de l’industrie, capable de soutenir les élèves dans le développement de leur créativité.

Une dernière chose que vous aimeriez partager ?

Si vous avez des questions, n’hésitez surtout pas à me contacter sur mon LinkedIn ou ailleurs, j’y répondrai avec grand plaisir! Je vous invite également à consulter l’onglet “Filmmaking Process – Zootopia 2” pour en apprendre plus sur les différents départements et leurs rôles au sein de la production. Enfin, merci à ma famille, merci à l’ESMA, et peut-être à bientôt sur une future production!

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