Du tâtonnement à l’évidence : parcours d’un ancien étudiant de l’ESMA en animation 3D
Comme beaucoup de lycéens, il termine son bac sans idée précise de ce qu’il souhaite faire. Il prend une année de réflexion, attiré par les milieux artistiques, sans savoir exactement ce qui l’anime. C’est à l’ESMA qu’il trouve une première réponse.
Durant l’année de Prépa Entertainment, il touche à de nombreux domaines. Il hésite encore, mais c’est justement cette diversité qui l’attire. Finalement, il s’oriente vers l’animation 3D, séduit par la capacité de cette discipline à mêler narration, exigence technique et créativité.

Une formation transversale et exigeante

À l’ESMA, il découvre les bases de l’animation, les logiciels utilisés dans le milieu professionnel, mais aussi l’ensemble du pipeline de production. Il apprend à modéliser, rigguer, animer, rendre… Une approche transversale qui, loin de le perdre, nourrit sa compréhension globale du métier. Pour lui, cette capacité à embrasser toutes les étapes d’un projet est essentielle : “on raconte une histoire, et pour bien la raconter, il faut comprendre chaque maillon de la chaîne”.Ce goût pour la vision d’ensemble prend tout son sens lors du film de fin d’études.
Travailler en équipe, s’inscrire dans un workflow collectif, identifier son rôle dans un projet long : l’expérience est marquante. Elle l’est aussi humainement : certains de ses futurs collaborateurs, il les rencontre à l’ESMA, ou via les connexions que l’école entretient avec le festival d’Annecy.
L’expérience du film de fin d’études
C’est d’ailleurs là que tout s’accélère. Il croise Andrew Gordon, alors Head of Animation chez DNEG. Ils échangent quelques mails pendant qu’il termine son film, puis deux semaines plus tard, il décroche son premier poste : crowd animator. S’ensuivent plusieurs années d’expériences riches, jusqu’à devenir lead animator chez Fortiche Production.
Dans ce rôle, il accompagne cinq animateurs sur une portion d’épisode. Il relit, conseille, fait le lien avec les superviseurs et les réalisateurs. “C’est un rôle de soutien, qui permet d’alléger la charge des superviseurs, mais aussi de garantir une cohérence d’ensemble dans le jeu des personnages”, explique-t-il.
Une journée type commence par la réception des plans animés, les retours et échanges avec les animateurs, parfois en dessinant pour appuyer un point. Lorsqu’un plan est suffisamment avancé, il est présenté aux superviseurs. Tout est affaire de collaboration, de dialogue constant entre artistes. “J’ai été surpris par cette dimension humaine du métier. Ce n’est pas une relation hiérarchique mais un véritable échange.”
Un regard lucide sur l’industrie
Quand on l’interroge sur l’état actuel du secteur, Lucas reste prudent. Il reconnaît ne pas avoir de vision globale, et estime que les producteurs, réalisateurs ou dirigeants de studios sont mieux placés pour dresser un véritable état des lieux. Il partage néanmoins un ressenti net : une fracture grandissante entre les grosses productions, souvent frileuses face à l’innovation, et une scène indépendante plus audacieuse.
Dans le jeu vidéo en particulier, il perçoit une énergie nouvelle portée par des studios qui prennent des risques, expérimentent de nouveaux formats, de nouveaux récits.
Des projets comme Clair Obscur: Expedition 33 ou la série Samuel illustrent, selon lui, cette volonté de renouveler le paysage.
En face, les productions à gros budget donnent parfois l’impression de tourner en rond.

Il souligne également un contexte plus instable que jamais : crise financière, mutation des formats avec l’émergence de plateformes comme TikTok, et arrivée de l’intelligence artificielle générative dans les pipelines de création. Autant de défis qui rendent l’avenir plus incertain encore que lors des précédentes périodes de turbulences traversées par l’industrie.
Une vision collective du métier
Quant à la notion de « bon professionnel », Lucas s’en détache volontairement. Pour lui, il n’existe pas de profil-type. Ce qui fait la richesse d’un studio, c’est la complémentarité des tempéraments. Certains apportent leur énergie, d’autres leur rigueur, leur calme ou leur créativité. C’est l’équilibre de ces individualités qui permet à une équipe de tenir sur la durée, malgré les tensions ou les cadences soutenues.
Ce qu’il juge plus problématique, en revanche, ce sont les comportements individualistes. Travailler dans l’animation, c’est contribuer à une vision d’ensemble. Chercher à se mettre en avant à tout prix, ou travailler dans son coin sans écouter les autres, finit toujours par nuire à la dynamique collective.
Il insiste aussi sur l’importance de la patience. L’animation est un art du détail et de la répétition. Il faut accepter de revenir sur ses plans, encore et encore. D’apprendre à écouter, à se remettre en question. L’entraide, dit-il, n’est pas un bonus : c’est le socle même du métier.
Donner vie aux personnages
Ce qui le fait vibrer dans l’animation ? Donner vie à un personnage. Il se filme régulièrement pour capter une performance d’acteur dont il va s’inspirer, avec toujours la même ligne directrice : respecter le ton et les intentions de la scène. Fortiche permet d’explorer des projets plus adultes, où le jeu peut être plus subtil, plus nuancé. Une maturité qui l’attire.
Patience, rigueur et culture artistique
Mais au-delà de la technique, l’animation exige une grande sensibilité. “On est au service d’une histoire qui n’est pas la nôtre. Il faut savoir mettre son ego de côté, accepter les retours, retravailler sans relâche un plan jusqu’à ce qu’il fonctionne.”

Le travail est méticuleux : “en moyenne, un animateur produit entre 1 seconde et 0.5 seconde par jour. C’est un rythme lent, qui demande de la patience, mais c’est aussi ce qui fait la richesse du métier.”
Pour rester ancré, il nourrit sa culture cinématographique. Comprendre ce qu’est un film, situer son travail dans un tout, se rappeler que tout doit servir la narration.
Cette exigence trouve un écho particulier dans Arcane, série dont il garde un souvenir fort : “c’est le projet dont je suis le plus fier. Artistiquement abouti, visuellement audacieux, un vrai régal.”
Aujourd’hui, il poursuit l’aventure chez Fortiche. En parallèle, il développe des projets personnels sur son temps libre.
Un conseil pour les futurs étudiants
Son conseil à celles et ceux qui commencent ? “Ces années-là sont décisives. Il faut mettre toute son énergie dans ce qui nous plaît, se donner à fond. C’est ce qui permet d’émerger, d’être repéré, et de rencontrer les bonnes personnes.” Et surtout, cultiver sa sensibilité : “ce qui vous touche artistiquement, que ce soit un film, une peinture, une musique… tout cela va nourrir votre travail. L’animation, c’est un mélange d’efforts et d’émotion.”









































