Lucie Damin

Paroles d’anciens – Rencontre avec Lucie Damin, Senior Lighting et Compositing Artist au sein du studio ICON Creative Studio

Photo de Lucie Damin
Année de graduation
2021
Entreprise actuelle
ICON Creative Studio
Poste actuel
Senior Lighting Compositing Artist
Formation
Cinéma d’Animation 3D et Effets Spéciaux

Diplomée de l’ESMA Nantes en 2021 et co-réalisatrice (avec Annabelle Cabaret, Emmanuel-Xûan Dubois, Chloé Laffaire, Yifang Man et Clarisse Milcent) du court-métrage Molly et son chat, Lucie Damin a traversé l’Atlantique pour construire sa carrière au ICON Creative Studio de Vancouver

Une des sociétés de production les plus actives de la région, ICON collabore avec de nombreux studios, plateformes et majors hollywoodiennes pour la création de séries en animation 3D, mais aussi de longs métrages et de nombreux autres types de projet. Après avoir commencé son parcours professionnel sur la série Disney+ Alice et la pâtisserie des merveilles, Lucie Damin est aujourd’hui Senior Lighting / Compositing Artist pour ICON, et collabore à la série Ariel

Dans cet écosystème bouillonnant, elle continue à développer son expertise, tout en gardant un œil attentif sur les productions européennes et françaises. 

Aujourd’hui, c’est avec plaisir qu’elle partage son expérience et ses ressentis autour d’un secteur dans lequel elle évolue depuis bientôt quatre ans.

Qu’est-ce qui vous a dirigée vers une carrière dans l’animation?

Mon parcours artistique a commencé en 2016, après l’obtention d’un baccalauréat en filière scientifique à Cherbourg. J’ai toujours énormément apprécié l’art, tout particulièrement le cinéma, le dessin et la musique. Toute forme de création liée à la narration me touchait particulièrement et j’espérais pouvoir intégrer ces considérations dans ma future profession.

C’est au travers de ma recherche d’une voie professionnelle mélangeant tous ces aspects que l’animation 3D s’est présentée à moi comme un parcours permettant de répondre à ces envies. J’ai donc fait une mise à niveau en arts appliqués, avant de rejoindre le cycle de formation en animation 3D et Effets spéciaux à l’ESMA.

Qu’est-ce qui vous a amenée à choisir cette école?

J’avais vu plusieurs courts métrages de l’ESMA, et ceux-ci avaient déjà attiré mon attention. Mais c’est lors de mon entretien que j’ai réellement choisi de m’inscrire au cursus. J’y ai reçu un retour plus critique sur mon travail, comparé aux autres entretiens que j’avais pu faire jusque là, et c’est cette expertise qui m’a convaincu de choisir l’ESMA pour y faire mes études.

Qu’est-ce que votre formation vous a apporté, concrètement ?

Hormis la connaissance des logiciels utilisés dans la profession, elle m’a aussi permise de développer mon œil critique. Avoir la capacité d’observer une œuvre quelle qu’elle soit et comprendre pourquoi elle fonctionne et/ ou comment l’améliorer n’est pas chose facile. C’est une compétence qu’il faut solliciter de manière constante pour s’améliorer, et mon parcours à l’ESMA m’a permis de développer celle-ci plus rapidement.

Que retenez-vous de vos années d’école, et comment celles-ci vous ont-elles préparé au monde professionnel?

Le film de fin d’études est clairement le projet le plus marquant de la formation. Depuis la pré-production et la liberté créative que celle-ci apporte, jusqu’à la projection devant un jury un an et demi plus tard, c’est le projet le plus ambitieux et complexe que nous ayons à faire.

Il nous pousse dans nos retranchements et malgré que ce soit un processus particulièrement demandant, l’opportunité de travailler de la sorte sur tous les aspects d’un projet est quelque chose de très rare. Je suis reconnaissante d’avoir pu en faire l’expérience.

Alice et la pâtisserie des merveilles ©ICON

Après avoir obtenu mon diplôme en 2021, j’ai directement été contactée par Icon pour rejoindre l’équipe dAlice et la pâtisserie des merveilles en tant que Junior Lighting/ Compositing Artist.

J’ai changé plusieurs fois de projets depuis et je suis maintenant dans l’équipe d’Ariel, cette fois en tant que Senior.

Que ce soit sur ce dernier projet ou sur le premier auquel j’ai collaboré, le procédé est similaire à la manière de travailler que nous avons développée à l’ESMA.

À la seule différence que je n’ai aujourd’hui qu’à me concentrer sur un seul domaine, ce qui est exactement ce à quoi je m’attendais.

Ariel ©ICON

Quel est le projet dont vous êtes la plus fière à ce jour ?

Ariel est définitivement l’un des projets les plus amusants auxquels j’ai pris part jusqu’ici. Les effets aquatiques et cristaux magiques en tous genres rendent chaque épisode intéressant à construire.

Ceci étant dit, mon stage réalisé pendant le cursus de l’ESMA au sein de l’équipe du court-métrage Je suis un caillou aura toujours une place spéciale dans mon cœur. Même si je n’étais que stagiaire, c’est le premier projet sur lequel j’ai réellement travaillé, et c’est à ce moment-là que j’ai réalisé que choisir cette orientation professionnelle  était la bonne décision.

Comment percevez-vous l’état actuel du secteur?

Étant donné que je ne suis sur le marché du travail que depuis trois ans, ma comparaison est quelque peu limitée. Certes, il y a eu une vague de licenciements durant la grève des auteurs, cependant beaucoup de nouveaux projets ont depuis vu le jour. Parmi mes connaissances, tous ceux impactés ont en tout cas retrouvé leur ancien poste, ou un nouveau.

Tout de même, quelques tensions budgétaires au sein du studio se sont fait sentir il y a peu, en comparaison avec l’année durant laquelle je suis arrivée. Difficile pour moi de dire cependant s’il s’agit d’une tendance dans le secteur de l’animation, ou simplement de conséquences temporaires liées aux grèves et à la pandémie que nous venons de traverser. Une chose est sûre, l’adaptabilité, la rigueur et la communication restent des compétences nécessaires pour s’insérer dans le secteur encore aujourd’hui. 

Justement, qu’est-ce qui selon vous caractérise un bon professionnel dans le secteur?

Peu importe le département, un travail propre et bien organisé sera toujours clé. Pour respecter les deadlines, un shot peut à tout moment passer d’un artiste à un autre, et pouvoir se repérer dans celui-ci avec aisance rend cette adaptation bien plus simple, ce qui est ultimement un gain de temps pour tout le monde. Ceci est d’autant plus vrai lorsque que l’on a un rôle plus important, puisque toute l’équipe utilise nos shots comme références et pour propager directement dans les leurs.

De mon expérience, les connaissances généralistes sont elles aussi valorisées : comprendre le fonctionnement des autres départements permet de détecter et de résoudre des potentiels problèmes, et de faire des retours directement sur le pipeline pour améliorer l’organisation au sein de la production.

Et qu’en est-il des soft skills?

D’un point de vue managérial, un bon lead se doit avant tout de savoir communiquer avec son équipe. Bien sûr, c’est une compétence essentielle pour n’importe quelle position dans le milieu, mais celle-ci devient cruciale lorsque l’on atteint un poste plus élevé. Il faut également être prêt à mettre son propre travail entre guillemets pour pouvoir répondre aux questions, et aider les membres de son équipe qui feraient face à de potentiels problèmes. Le lead doit enfin être capable de faire des retours pour améliorer visuellement un shot, ou une séquence.

Quel regard portez-vous sur l’évolution des relations entre écoles et studios ? Les jeunes diplômés arrivent-ils suffisamment préparés selon vous ?

Je trouve que oui! Lorsqu’on commence son parcours professionnel, il faut parfois du temps pour trouver ses marques, mais je n’ai pas rencontré de problèmes particuliers dans mon cas. Faire confiance, et pouvoir se reposer sans craintes sur le reste de l’équipe, peu importe leurs années d’expériences, est un bon conseil pour s’intégrer facilement dans le secteur. 

Concernant cette insertion, le film de fin d’études est l’élément le plus important pour faire la transition entre l’école et le milieu professionnel. Dans ce contexte, les professeurs migrent davantage vers un rôle de superviseurs/directeurs artistiques pour faire des retours sur les projets, simulant le fonctionnement d’un studio d’animation. En tant que porteurs de projet, nous sommes bien sûr toujours encadrés pour nous aider en cas de problèmes techniques, mais c’est à nous, au sein de l’équipe, de trouver un équilibre et de faire en sorte que chacun ait une série de tâches bien spécifiques à accomplir pour que le projet arrive bien à terme. 

C’est pour cela qu’une bonne formation en école doit comporter d’une part des exercices bien cadrés, afin d’avoir des bases solides et d’être capable de travailler proprement, et de l’autre quelques projets qui laissent plus de place à la créativité, avec moins de contraintes. Cela permet, à l’instar du court métrage de fin d’études, de tenter quelque chose de nouveau en étant moins bridé par des règles, et ainsi de se trouver un style propre.

Enfin, le court-métrage étant ultimement disponible en ligne, c’est une carte de visite idéale pour démontrer ses compétences aux recruteurs une fois le diplôme obtenu.

Comment les nouvelles technologies (temps réel, IA générative) vous touchent-elles dans votre métier?

Pour être franche, ces technologies n’ont aucunement impacté mon travail, que ce soit au niveau personnel ou à l’échelle du studio. Lorsque de nouveaux outils deviennent disponibles, ils prennent toujours un certain temps à être implémentés dans une production. Ils doivent être testés en profondeur afin d’être certains qu’ils n’entreront pas en conflit avec les paramètres actuels et qu’ils ne briseront pas la continuité. À l’échelle d’une série, ce genre de changements est le plus souvent incorporé lors de la préparation d’une nouvelle saison, le plus souvent avec parcimonie.

Autour de moi, j’ai eu vent de quelques difficultés dans le milieu de la 2D, notamment l’illustration, le character design et le design graphique, et cela ne m’étonnerait pas que les métiers VFX soit touchés eux aussi. Mais selon moi, l’humain est irremplaçable pour une production de qualité. De nouvelles technologies viendront toujours changer notre manière de travailler, mais elles ne sont que des outils, c’est-à-dire inutiles à moins de les maîtriser. Après tout, on ne peut pas faire d’art sans artistes.

En parlant d’art au sens large, quelles sont les tendances que vous observez dans les domaines de l’animation aujourd’hui? 

J’ai pu remarquer une amélioration qualitative des séries télévisées, qu’elles soient animées ou en prises de vues réelles d’ailleurs.

Du fait de l’accessibilité des contenus, mais aussi des avancées techniques, les attentes s’en trouvent plus élevées et permettent d’avoir des productions de plus grande qualité et en grande variété, se rapprochant même d’un niveau cinéma pour les plus gros budgets. Même les séries jeunesses, souvent délaissées par le passé, profitent d’une claire amélioration de leurs qualités visuelles et scénaristiques. Enfin, les séries d’animation ciblant les adultes se développent de plus en plus, ce que je trouve personnellement fantastique, puisque l’animation est un médium qui a souvent souffert d’être réservé uniquement aux plus jeunes.

Côté français, des studios d’animation comme Fortiche (Arcane) ou de jeu vidéo comme Asobo (A Plague Tale) ou plus récemment Sandfall Interactive (Clair Obscur: Expedition 33) ont acquis une reconnaissance mondiale. Pour moi, il est évident que les studios et artistes français savent se démarquer et je ne doute pas qu’ils continueront à le faire dans le futur.

Où vous imaginez-vous dans cinq ans?

Tout en restant dans le secteur, j’aimerais revenir en Europe. J’ai beaucoup apprécié travailler sur un autre continent et voir de nouveaux horizons, mais je savais dès le départ que revenir ferait partie de mes objectifs. Et pourquoi pas développer quelques compétences dans le domaine du jeu vidéo aussi ! Cela m’intéresserait en tout cas de pouvoir me diversifier dans cette direction.

Quels conseils donneriez-vous aux étudiants qui se forment aujourd’hui?

Comme beaucoup le savent déjà, les années d’études supérieures sont une période difficile avec une charge de travail conséquente. Mon conseil serait de tenter de trouver du temps pour soi pour un hobby, ou tout simplement pour se reposer loin des logiciels. Juste de quoi se ressourcer, même si ce n’est qu’un court instant. 

Trouver un équilibre entre travail et qualité de vie demeure une bataille une fois entré dans la vie professionnelle, alors autant prendre de bonnes habitudes dès le début. Avec un état d’esprit bien reposé, vos projets seront de meilleure qualité, et travailler dessus sera bien moins stressant.

Pour le dire brièvement : n’oubliez pas de prendre soin de soi !  Nous avons la chance de faire un métier de passion, de créer quelque chose d’incroyable et d’inspirant. Il est facile de se laisser emporter par le travail, mais faire de l’art sans y prendre plaisir est dénué de sens. Profitez, et trouvez ce qui vous plaît !

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