entre lucidité sur le secteur et envie de construire
Formé à l’ESMA Toulouse après un court passage par Epitech, Sylvain Meddah s’oriente rapidement vers le game design, porté par une envie simple : faire du jeu vidéo.
Diplômé en 2016 avec les félicitations du jury, il découvre rapidement la réalité du secteur : difficile de trouver un premier emploi en tant que game designer, surtout quand on vise uniquement ce poste.
“Avec le recul, je pense que j’aurais dû envisager les choses différemment.On ne mesure pas toujours à quel point le game design peut être un métier isolé dans la chaîne de production : pour un seul game designer, il faut facilement une dizaine de développeurs.
En sortant d’école, mieux vaut rester ouvert à d’autres postes, tout en gardant en tête l’objectif de devenir game designer. »

Premiers pas dans l’industrie
Après des projets indépendants, du print, un passage à Malte (chez Mightybox) puis une mission en remote sur des serious games (chez 62 Rubis Street), Sylvain s’oriente vers l’enseignement, à la Ludus Academy, entre Strasbourg et Bruxelles.
Une expérience formatrice, mais qu’il quitte après un peu plus d’un an pour rejoindre Nacon, à Lesquin, comme QA analyst.
« Là, j’ai enfin mis un pied solide dans l’industrie. Deux années intenses, sur des projets variés. C’était ma première vraie expérience dans le jeu vidéo à grande échelle, avec tout ce que ça implique : deadlines, travail en équipe, responsabilités. »
Le poste de QA ne se limite pas, pour lui, à la chasse aux bugs. Il y voit un rôle charnière, à la croisée de la technique, de l’UX/UI et du design. « Un bon QA, c’est quelqu’un qui sait tester mais aussi voir ce que d’autres n’ont pas le temps de vérifier. Il faut une culture produit. »
Entre stabilité et passion : trouver sa voie
En 2022, il rejoint Ishtar games, studio indépendant ensuite racheté par Nacon. Il y reste deux ans, puis quitte le jeu vidéo pour le secteur applicatif. Chez KaraFun Group, il pose les bases d’une équipe QA : il structure l’organisation, définit les process, et prépare actuellement les recrutements. Il y découvre un environnement plus technique, plus stable, et une meilleure reconnaissance salariale. « Dans la tech, les profils comme les nôtres sont valorisés. Dans le Jeu Vidéo, on pense pouvoir nous remplacer facilement. »
Malgré ce changement de cap, il garde un lien avec le secteur, via un projet personnel de jeu indépendant, Into the Lights, co-porté avec un camarade de promotion.
« On est allés loin, on a participé à des concours, à l’AG French Direct. Mais dans le contexte actuel de l’industrie, lancer son propre projet professionnellement reste extrêmement difficile. »

Lucide sur les transformations du secteur, Sylvain analyse la crise actuelle comme le résultat d’une double dynamique : surproduction de jeux post-Covid, et absence de stratégie claire dans la conduite de projet. « Le jeu vidéo, ce n’est pas juste une question de créativité. C’est de la gestion, du budget, une cible définie. Beaucoup d’échecs viennent d’un pilotage approximatif. »
Il milite aussi pour une meilleure transparence sur les budgets, les conditions de travail et les salaires. « Le public pense que le Jeu Vidéo rapporte beaucoup. Mais les employés, eux, sont souvent parmi les moins bien payés de la tech. »

IA, Carrière et ambitions
Sur l’intelligence artificielle, il se montre pragmatique : « L’IA ne remplacera pas la créativité, mais elle fera disparaître certains postes, notamment dans le graphisme de production. Il faut s’adapter : avoir un profil technique, savoir coder, toucher à plusieurs compétences. »
Et pour les jeunes diplômés ? « Un bon book, des soft skills, un profil tech. Mais surtout, ne pas rester figé sur un seul métier. Il faut bouger, apprendre, changer de boîte, aller voir ailleurs. C’est comme ça qu’on progresse. »
Dans cinq ans ? Il se projette à la tête de sa propre structure QA, ou peut-être à relancer un projet de jeu plus modeste, plus réaliste. Mais il envisage aussi de poursuivre l’aventure chez KaraFun, en encadrant une équipe et en structurant davantage la fonction QA. Quelles que soient les circonstances, l’exigence reste la même : apprendre, construire, transmettre.












































