Animation 3D, Nos anciens au générique

Dans les coulisses de Mochy, avec Christopher Grao, CG Supervisor et ancien de l’ESMA, et Kevin Hermans, Character Designer

extrait mochy

3DVF.com pour l'ESMA

8 minutes de lecture

Prévu pour le 14 octobre en France, mais déjà présenté à Annecy en juin en tant que premier film de la sélection Annecy Présente, le nouveau long-métrage des studios nWave a du chien.

Découvrir la formation Cinéma d’Animation 3D et Effets Spéciaux

Yugly, de son titre anglophone, ou Mochy en français, se centre en effet sur un protagoniste canin d’une laideur si exagérée qu’elle en deviendrait presque attendrissante. Pour enfin trouver un humain qui acceptera de l’adopter, Yugly va se lancer dans une odyssée épique avec un seul but: participer à ce concours de beauté canin qui fera de lui une star, et lui permettra de trouver son âme sœur. 

Aux côtés de Christopher Grao, ancien étudiant ESMA Montpellier et CG Supervisor à nWave depuis plus de 20 ans, c’est Kevin Hermans qui complète ce duo détonant, lui-même en miroir d’un second duo, celui-ci des réalisateurs Yanis Belaïd et Jérémie Degruson.  

Portrait Christopher Grao

Degruson, à qui l’on doit Les Inséparables, 10e film du studio nWave, s’associe ici avec un jeune réalisateur plein de promesses, qui signe avec Yugly son tout premier long métrage d’animation. 

Avant même la diffusion du film à Annecy, nous avons eu le plaisir d’échanger avec Christopher et Kevin, encore plongés dans la finition du film. L’occasion d’aborder les évolutions techniques qui ont permis à nWave de sortir de leur zone de confort, mais également de revenir sur les bases de ce qui crée l’empathie chez un personnage, et l’importance de la mise en scène et des cadrages dans le cinéma d’animation.

Formez-vous aux métiers de l’animation 3D & VFX

Pouvez-vous commencer par nous rappeler votre rôle sur le film? 

Christopher Grao: En ce qui me concerne, je fais tout le suivi technique et artistique du film. Pour m’épauler là-dessus parce qu’il y avait d’autres projets en cours, Kevin est venu m’aider. Lui, sa spécialité, c’est plutôt les characters, du lighting, la couleur, tandis que je me concentrait sur les décors. On a donc pu dispatcher le travail assez rapidement. 

Kevin Hermans: tout à fait, et cela s’est toujours très bien passé. Nous avons la chance d’être raccord tout le temps et bien s’entendre.

Vous disiez en off que c’était votre première expérience de duo. Comment cela s’est il construit? 

Christopher Grao: Assez naturellement. Kevin a plus d’expérience côté characters, et il a pu aider à pousser des choses, à oser des designs qui n’étaient pas forcément dans la lignée de ce qu’on faisait chez nWave. Et le fait d’avoir en face un autre duo, nos co-réalisateurs Yanis Belaïd et Jérémie Degruson, cela a créé une émulsion et une bonne dynamique de groupe. Kevin aime beaucoup jouer sur la profondeur de champ pour ajouter 

des éléments et travailler les plans, et les cadrages de nos cinéastes ont beaucoup aidé. 

Comme vous pourrez le voir dans le film, et sans dénigrer ce que nous avions fait jusqu’ici, c’est toute notre approche qui a changé sur ce projet, avec des vraies compositions et des vrais cadrages de cinéma dans ce film. Cela nous a énormément motivés, avec Kevin.

Quelles ont été vos influences pour cette évolution, qu’est-ce qui vous a poussé dans ces changements? 

Kevin Hermans: si l’on parle des personnages, je pense que c’est surtout dans l’attitude que nous souhaitions les faire évoluer, pour mieux se projeter sur leur ressenti et leurs émotions. Des petites touches sur certains personnages, des petits détails qui permettent de mieux cerner qui ils sont, à l’instar de Gerald, Molly, … 

Christopher Grao: Sur base de la bible de personnages livrés par les équipes de scénario, nous avons défini les choses visuellement afin de bien identifier les personnalités de chacun. Du côté des décors, en ce qui me concerne j’ai des influences plutôt dans la peinture, avec des tableaux comme ceux de Pierre Soulages, ce qui n’est pas du goût de tout le monde. Mais avec Kevin on se complète assez bien, et on se fait confiance. Cela a facilité le travail. D’ailleurs, la force de nWave c’est d’avoir beaucoup de gens talentueux à tous les niveaux, et qui apportent souvent des choses intéressantes. On essaie de rester ouverts, tout en gardant notre ligne directrice.

Combien de personnes ont travaillé sur le film?

Kevin Hermans: difficile à dire sans se plonger dans les détails de production, mais on a dû avoir, autour de 150 personnes sur Yugly. Ce n’est pas forcément notre plus grosse production, et cela est également lié à l’évolution de notre workflow, pour travailler avec des petites équipes tout en restant efficaces.

Parlons un peu technique: vous disiez avoir fait évoluer votre pipeline de production pour ce film, en quoi cela a-t-il consisté concrètement? 

Christopher Grao: On a changé pas mal de choses, pour être honnête, à commencer par un passage en pipeline USD. C’est devenu un peu la norme des studios, même s’il y en a pas encore beaucoup qui les mettent en full production. De notre côté, on y est arrivé, et nous avons aujourd’hui un pipeline hybride complexe, où on a un USD en fin de chaîne à partir du FX qui est désormais 100% Houdini, combiné à du Maya pour l’animation, hors USD donc.

Notre dev a fait un super boulot pour combiner tout ceci, et grâce à des équipes efficaces et flexibles, nous avons pu trouver des solutions à l’ensemble des défis de ce nouveau film.

Avez-vous des exemples de challenges de production à nous partager? 

Christopher Grao: La séquence du grand spectacle est sans doute celle sur laquelle nous nous sommes le plus arraché les cheveux. Il y a beaucoup de mise en place à faire avec la crowd, de paramètres à gérer, de mouvements de caméra… Tout cela doit se combiner dans un temps limité. C’est un défi, mais de nouveau nos équipes ont été à la hauteur. 

Kevin Hermans: Côté lighting, le passage sur Houdini a également été une vraie révolution. Bien sûr, la transition du combo 3DS Max/Maya à Houdini, qui n’a pas la même interface, a été un défi, mais tout s’est finalement bien goupillé. De mon côté, c’est la ville et le dôme qui ont posé le plus de challenge, mais nous sommes très contents du résultat.

Qu’avez-vous appris, à titre personnel, sur ce projet? 

Kevin Hermans: En ce qui me concerne, c’est la première fois que je suis impliqué autant en amont d’un projet, dans les phases d’organisation et de développement. C’est sans doute cette vision d’ensemble qui m’a le plus marqué, et le fait de comprendre à quel point tous ces départements sont interdépendants, et les contraintes que cela engendre. Il faut vraiment prendre en compte toutes les étapes de production une par une, et pouvoir maîtriser l’incidence qu’elles peuvent avoir les unes sur les autres. 

Christopher Grao: De mon côté, malgré le fait que j’ai encore la tête dans le guidon, je confirme que le fait de travailler en duo a vraiment été une belle expérience. Cela force à être moins égoïste, à ne pas camper sur ses positions et à s’ouvrir. Techniquement, nous avons appris énormément de choses avec Yugly, et les nouveaux softwares que nous avons utilisé pour cette production. Je rejoins Kevin sur l’importance de bien comprendre les défis spécifiques à chaque département. Souvent, les gens ne se rendent pas compte de ce que leur travail implique. Or, nous sommes tous dans le même marathon, et l’animation reste un travail d’équipe.

Cette année, Yugly a eu le privilège d’ouvrir la compétition Annecy Présente. Qu’est-ce que cela représente pour vous?

Christopher Grao: Pour être honnête, Annecy n’est pas pour moi l’événement le plus en phase avec le type d’animation que nous proposons. Souvent, leur sélection est plus 2D, artisanale. Mais cela étant dit, je suis très content que les gens aient pu le découvrir sur place, et que le bouche à oreille ait pu avoir lieu, ainsi que la presse internationale. J’espère que cela va apporter de la matière autour du film.

Nous avons mis beaucoup de nous dans cette production, et d’une certaine manière j’ai l’impression que c’est le premier film où j’ai ouvert mon coeur au monde. J’espère que celui-ci sera bien reçu. 

Yugly ou Mochy, le chien le plus moche du monde est aujourd’hui en salles.

affiche mochy
Mochy © nWave Studios