Animation 3D, Interviews de Pros

De l’ESMA au générique de la franchise Harry Potter : rencontre avec Marie Pillier, animatrice chez Rodeo FX Montréal

les animaux fantastiques les secrets de dumbledore photo 1426690

3DVF.com pour l'ESMA

9 minutes de lecture

Petite, Marie Pillier rêvait de voir son nom inscrit au générique d’un des films Harry Potter. Des années plus tard, c’est après que son rêve soit devenu réalité que cette animatrice expérimentée, aujourd’hui collaboratrice de Rodeo FX Montréal, a accepté d’échanger avec nous autour de son parcours depuis l’ESMA.

Découvrir la formation Cinéma d’Animation 3D et Effets Spéciaux

Diplômée en 2015 de l’ESMA avec le court métrage animalier multi primé The Short Story of a Fox and a Mouse, Marie Pillier commence sa carrière à Paris, au sein des studios Bloody Bird, avant de s’envoler pour Montréal qu’elle ne quittera plus. D’abord animatrice chez Mikros sur Captain Underpants, elle poursuit sa carrière chez Cinesite avant de décrocher un job d’animatrice chez Framestore, où elle restera quatre ans. Durant cette période, elle travaille sur Paddington 2, Deadpool 2, Pokémon Détective Pikachu ou encore Mulan et Tom et Jerry, autant de productions prestigieuses où Marie développe son portfolio et ses compétences. 

En août 2021, elle rejoint Rodeo FX, et réalise son rêve en mettant son nom au générique des Animaux Fantastiques : Les Secrets de Dumbledore. C’est aussi pour Rodeo FX qu’elle travaille sur de nombreuses séries comme Mercredi, Sandman, Fondation ou encore Le seigneur des anneaux : les anneaux de pouvoir, rien que ça. 

marie pillier

Alors qu’elle fêtera en 2026 ses dix ans de carrière, nous avons eu le plaisir d’échanger avec Marie autour de son riche parcours, et de son ressenti sur le secteur.

Tout d’abord, pouvez-vous nous parler de vos débuts? Qu’est-ce qui vous a amené à étudier l’animation ? 

N’ayant jamais été vraiment à l’aise à l’école, je ne me sentais épanouie que lorsque je faisais de l’art. Un jour, mon papa m’a inscrite à un concours d’entrée dans une école de graphisme. C’est là que je me suis découverte : j’ai compris que je voulais poursuivre mes études dans le monde artistique. Je rêvais même d’un jour voir mon nom apparaître dans un générique de film de l’univers d’Harry Potter, un rêve qui s’est finalement réalisé plus tard. C’est ainsi que j’ai découvert l’univers fascinant du cinéma 3D et l’école ESMA Montpellier. J’ai passé mon entretien, et j’ai été sélectionnée très rapidement.

Cette formation m’a apporté énormément d’autonomie. Elle a été extrêmement dure, intense et mentalement épuisante, mais elle m’a appris à me dépasser pour atteindre un résultat. C’est une période de la vie où l’on se découvre, et cette formation m’a véritablement fait grandir. J’y ai rencontré des camarades qui sont aujourd’hui devenues de précieuses amies.

Formez-vous aux métiers de l’animation 3D et VFX

Que retenez-vous de votre formation?

C’était une période très difficile. Nous étions trop sollicités et nous ne trouvions même plus le temps de dormir. C’était sans doute trop, d’ailleurs, si je ne me trompe pas, la formation s’étale aujourd’hui sur cinq années et non plus quatre. À l’époque, nous étions nombreux à être en colère et frustrés face à cette charge de travail. Avec le recul, je me dis que j’aurais aimé avoir plus de temps pour comprendre, assimiler et expérimenter. Cette formation nous présentait les outils, mais c’était à nous de nous débrouiller pour en faire quelque chose.

Ce que vous faites aujourd’hui correspond-il à ce que vous imaginiez en tant qu’étudiante ?

D’une certaine façon, je ne réalisais pas vraiment ce qui m’attendait après mes études. Je vivais beaucoup au jour le jour, sans me projeter. Le monde du travail m’impressionnait : je m’imaginais que tout serait encore plus compliqué.

Mais finalement, c’est plus simple que ce que j’imaginais. Nous avons des directives claires venant du client, un temps défini pour réaliser ce qui est demandé, et surtout une spécialité dans laquelle nous pouvons nous concentrer et nous exprimer pleinement.

Même si vous ne pouvez pas nous parler de vos projets en cours,

avez-vous un projet qui vous soit resté cher jusqu’ici? 

Je n’ai pas vraiment de projet en particulier, mais s’il y en a un qui ressort, ce serait Paddington 2, le premier film sur lequel j’ai travaillé en VFX. J’y ai énormément appris, et c’est celui qui me reste le plus en tête encore aujourd’hui. Mais en effet, je ne peux répondre sur les projets pour lesquels je collabore actuellement.

paddington2 affiche
Affiche Paddington 2 ©StudioCanal / Heyday Films / Paddington Films

Comment percevez-vous l’état actuel du secteur  ?

Je parle ici pour le Canada, et particulièrement pour Montréal, ville où je travaille depuis 2016. Force est de constater que la situation est devenue compliquée. J’ai vu de très grandes compagnies fermer et certains secteurs disparaître complètement, et je dois avouer que je suis constamment stressée à l’idée de devoir chercher un autre emploi, car le manque de projets peut survenir à tout moment. Cela touche toutes les compagnies, et le secteur de la publicité n’y échappe pas non plus.

À mon humble avis, j’ai l’impression que le marché se dispute les projets de manière de plus en plus agressive. Cela crée des budgets trop serrés et, par conséquent, des délais trop courts pour produire un travail vraiment qualitatif. C’est un schéma classique : on privilégie la quantité au détriment de la qualité. Et c’est particulièrement problématique à une époque où l’IA prend de plus en plus de place.

Je pense qu’il va falloir apprendre à être en harmonie avec ce nouvel outil qu’est l’IA, qui sera notre compagnon de travail pour les années à venir. Il ne s’agit pas de se braquer contre lui, mais plutôt d’apprendre à vivre pleinement avec.

Et j’espère sincèrement que les compagnies sauront tenir tête aux clients afin de ne pas sous-évaluer ou sous-payer leur travail, simplement dans le but d’obtenir un projet de plus.

Dans cette industrie un peu bousculée, qu’est-ce qui fait selon vous un bon professionnel aujourd’hui ?

Il faut rester humble, gentil et ouvert d’esprit. Il faut comprendre qu’on ne sera jamais le meilleur, mais qu’on peut devenir une personne indispensable. Le niveau, on l’obtient en pratiquant. Il faut connaître un minimum, bien sûr, mais surtout garder l’envie constante de faire mieux. C’est ainsi qu’on progresse et qu’on devient meilleur, jour après jour. Par ailleurs, je pense que pour être un bon professionnel, et a fortiori un bon manager, il n’est pas nécessaire d’être un excellent artiste, mais plutôt un bon communicateur et un bon observateur. Il faut savoir s’adapter, comprendre comment chaque individu fonctionne et ajuster son approche pour permettre à chacun de donner le meilleur de lui-même.

Un manager n’est pas celui qui fait, c’est celui qui aide les autres à réaliser leur travail du mieux possible. 

Les jeunes diplômés arrivent-ils suffisamment préparés selon vous ? 

Oui, et chaque année est encore meilleure, un signe encourageant autant vis-à-vis du talent de ces jeunes que vis-à-vis de la qualité de la formation qu’ils reçoivent.

Vous évoquiez l’IA plus tôt :

en quoi les nouvelles technologies (Unreal, IA générative, motion capture temps réel, outils collaboratifs…) ont-elles changé votre manière de produire ?

Je trouve que notre métier en animation est impacté par cela. Nous sommes souvent sollicités pour « nettoyer » des animations en motion capture, qui au final ne conviennent pas.

Nous finissons donc presque toujours par refaire une grande partie à la main, et en très peu de temps, car ce travail n’était pas prévu dans le budget. Cela peut être éprouvant pour une équipe et pour les artistes, car ils deviennent davantage exécutants qu’artistes. Le plus difficile, je dirais, est de ne pas perdre l’amour de la créativité au profit de la simple exécution.

Une chose est sûre, il est important de rester ouvert à tout et de bien se former à toutes ces nouvelles technologies, car elles seront présentes partout. Plus on est informé, plus on est capable de s’adapter à tous les changements.

Et je pense que les écoles devraient sincèrement apprendre à leurs élèves à utiliser toutes ces nouvelles technologies, comme une matière à part entière, tout en leur enseignant les métiers de la production, afin que les jeunes diplômés soient aussi conscients de ces réalités.

Comment voyez-vous l’avenir? 

Entre Montréal et la Suisse, là où vit ma famille, mon coeur balance. Cela fait longtemps que je suis loin d’eux, et ils me manquent. En termes professionnels, je ne sais pas encore, mais il est aussi possible que je finisse par revenir dans la publicité. Une part de moi aimerait croire que je vais à nouveau réaliser des animations vraiment créatives. Et en même temps, à quand des films ou des séries françaises qui souhaitent créer du fantastique ou des effets VFX ? Ca, c’est quelque chose qui m’intéresserait.

En tout cas, je souhaite bonne chance à tous ces étudiants, et je suis impatiente de voir quels seront les prochains passionnés qui nous rejoindront dans cette industrie. Au final, nous finiront sûrement par être collègues, d’une certaine façon !

Si vous souhaitez en apprendre davantage sur la carrière de Marie Pillier et les nombreux projets auxquels elle a participé, rendez-vous sur son LinkedIn