De sa formation en animation 3D et effets spéciaux, qui lui a permis d’intégrer rapidement le secteur en tant que généraliste 3D au sein du studio ARKADA à Rouen, c’est vers les CFX que s’est tournée l’artiste pour sa première collaboration à un long métrage, au sein de l’antenne belge de Stim Studio. Une expérience de onze mois qui, si elle est d’abord le fruit d’une heureuse coïncidence, a surtout permis à l’animatrice junior de prendre son envol et de tracer son propre chemin.
Alors que La fille dans les nuages sort aujourd’hui en salles, Coline a accepté de revenir avec nous sur cette première expérience, début d’une carrière prometteuse.

“C’est ma passion pour le CFX qui a pris le dessus”
Après une année au sein d’ARKADA entre renfort de production, community management et un large éventail de missions en tant que généraliste 3D, Coline est revenue à ce qui l’avait marquée durant ses études à l’ESMA. “J’étais en option CFX/Groom, et c’est cette passion qui a pris le dessus lorsque j’ai découvert l’annonce de CFX Artist au sein de Stim. J’ai eu l’opportunité de travailler chez Stim pendant un an sur La fille dans les nuages, et aujourd’hui je travaille toujours en tant que CFX artist chez Unit Image à Paris, avec une petite parenthèse chez Blue Spirit à Angoulême dans le même rôle.”
Pour autant, tout n’était pas écrit. Lorsqu’elle découvre l’annonce de Stim, Coline a déjà ses billets d’avion pour le Canada, où elle souhaite tenter sa chance. “Malgré tout, je décide quand même de rechercher la superviseuse CFX sur LinkedIn, Aurélia Tron, et de lui envoyer ma bande démo.”

À l’époque, des dires de Coline elle-même, celle-ci n’était pas encore au niveau attendu pour un long métrage. “Aurélia a pourtant pris le temps de me faire un retour détaillé. Je me suis alors proposé de réaliser plusieurs projets personnels en seulement deux jours, car je ne voulais pas laisser passer cette opportunité.”
Finalement, c’est à peine deux heures avant d’embarquer pour le Canada que l’artiste a envoyé ses nouveaux tests. Et quelques semaines plus tard, la demande d’entretien est arrivée. “Et ce, alors que j’étais à l’autre bout du monde! Et je suis finalement rentrée.”
Une expérience formatrice
De fin avril 2025 à fin février 2026, Coline intègre la production de La fille dans les nuages en tant que CFX artist junior. “Ma mission principale était de simuler de manière dynamique les cheveux/habits/fourrure des personnages en restant en raccord avec la direction artistique demandée par le réalisateur Philippe Riche. J’ai eu également la chance d’avoir pu faire deux set up de personnage, une expérience vraiment très cool !”
Concernant les livrables attendus, Coline se souvient que ceux-ci étaient assez variables, selon les semaines. “Au début, on nous demande des shots ‘faciles’ donc il est plus facile d’en sortir plus. Puis, plus le temps passe, plus la difficulté des shots augmentent, en tout cas si l’on est demandeuse et intéressée, ce qui était mon cas. Il m’est arrivé de rester cinq jours sur un shot de 350 frames plutôt compliqué, mais avec un bid demandé adapté.”
C’est dans les plans de vols où le travail de Coline et de son équipe est le plus facile à reconnaître et à apprécier. “Ces plans bougent de partout! Ce sont des séquences super sympa à travailler car il faut vraiment être précis sur le vent qu’on applique, la direction, le force, l’amplitude,… On veut quelque chose qui ressemble à un vent très fort sans que ça soit trop vite le désordre, ce qui amènerait un rendu surréaliste.”

Des défis multiples
Concernant les contraintes techniques, c’est au niveau des logiciels que celle-ci a été la plus ressentie. “Sur ce projet, nous ne disposions que d’une seule licence Houdini FX, les autres étant des licences Core, ce qui limitait fortement les nœuds et outils disponibles. Cela dit, j’ai eu la chance de travailler avec Lancelot Myja-Le Guludec, CFX TD Artist Senior, qui a développé de nombreuses HDA sur Houdini afin de compenser ces limitations de licences et d’optimiser notre pipeline.”
Autre défi: la quantité de plans à produire, par rapport à la taille de l’équipe, relativement réduite. Pour Coline, cela a amené à une grande réactivité, en adaptation constante vis-à-vis des besoins de la production. “Concrètement, nous avons dû faire des choix et recentrer régulièrement nos priorités sur les plans les plus importants. D’un point de vue artistique, l’enjeu était de conserver un style cartoon : éviter un excès de plis, préserver les silhouettes et les formes des coiffures, tout en gardant une dynamique de mouvement crédible et agréable à l’écran.”
Jonglant entre Houdini et Kitsu, leur outil de suivi de production, Coline a su relever ces défis avec brio, en maintenant une communication régulière avec les autres départements du projet. “Nous étions souvent en contact avec l’équipe animation, puisque le CFX intervient juste après cette étape. C’est un véritable exercice d’équilibre : il faut composer à la fois avec ce que les animateurs peuvent se permettre de cacher à la caméra et avec les besoins réels du CFX pour obtenir une simulation propre et une animation secondaire de qualité. L’objectif est de trouver le bon compromis afin de préserver l’intention de l’animation tout en garantissant un résultat visuellement convaincant pour les cheveux, les vêtements et les autres éléments simulés.”
L’artiste se souvient notamment d’un plan où le personnage présentait des pénétrations un peu partout : un bras dans le ventre, une jambe qui traversait l’autre… Dans ce genre de situation, nous explique-t-elle, les simulations de cloth gèrent très mal les collisions et le vêtement peut rapidement exploser ou se déchirer. “Il existe bien certaines techniques permettant de corriger ces problèmes directement sur Houdini, mais le temps nécessaire est souvent disproportionné par rapport au résultat. Dans ces cas-là, il est généralement plus efficace de faire un retour à l’animation. Les animateurs corrigent alors les pénétrations du body ou du collider et nous fournissent un nouvel Alembic propre, ce qui nous permet de repartir sur des bonnes bases pour les simulations.”

Des acquis théoriques solides, mis en pratique et améliorés par le terrain
Grâce à son choix d’option à l’ESMA (FX), Coline a pu facilement s’intégrer au pipeline du studio. “Au sein de cette filière, on nous apprend à être à l’aise sur le logiciel et acquérir les bases du soft. Et il est certain que c’est un plus, lorsqu’on travaille en studio, de pouvoir et savoir parler le même langage que nos supérieurs. Ce projet m’a énormément apporté, aussi bien sur le plan technique qu’artistique.
Aurélia Tron et Lancelot Myja-Le Guludec m’ont accompagné et formé tout au long de la production. J’ai pu développer mon œil artistique, apprendre de nombreuses méthodes techniques sur le logiciel, améliorer ma capacité d’auto debug et, surtout, gagner en autonomie et compétence.”

La reconnaissance
Alors qu’elle s’apprête à souffler sa troisième bougie professionnelle, Coline Sombret nous confie que ce qui l’a le plus marquée jusqu’ici, c’est justement ce projet. “Voir mon nom sur grand écran au générique de La fille dans les nuages, en avant-première à Annecy, c’est vraiment super. On voit la concrétisation de tout notre travail, et c’est un vrai bonheur.”
Des rencontres qui changent une vie
Mais ce qui a réellement changé Coline, ce sont les rencontres qu’elle a pu faire durant ce projet. “Je souhaite à tout le monde d’avoir la chance de travailler un jour avec une Sup ou une Lead comme Aurélia Tron. Elle m’a donné ma chance au tout début de cette aventure et m’a appris énormément de choses, aussi bien sur le plan technique qu’humain. Je pense sincèrement qu’aujourd’hui, c’est grâce à elle que je peux réellement commencer ma carrière.”
Une opportunité de mettre le pied à l’étrier à un moment clé, et une confiance accordée qui ont permis à l’artiste d’enchaîner à la suite de cette production une toute nouvelle aventure chez Unit Studio. “Le superviseur CFX connaissait très bien le réalisateur de La fille dans les nuages, ce qui a certainement facilité les échanges. J’ai également eu la chance de retrouver Lancelot, qui travaillait déjà chez Unit depuis un certain temps et qui m’a recommandé en toute confiance. Par la suite, j’ai eu une petite pause qui m’a permis de rejoindre Aurélia chez Blue Spirit pour un projet de dix jours. Unit a toujours fait partie des studios dans lesquels je rêvais de travailler. Je pense sincèrement que ce projet, et surtout les supers personnes que j’ai eu la chance de rencontrer, m’ont ouvert de nombreuses portes. Il a marqué un véritable tournant dans mon parcours et m’a permis de saisir des opportunités que je n’aurais probablement pas eues autrement.”

Et pour la suite?
Si Coline est actuellement bien installée au sein de Unit, elle réfléchit également à demain, et ses prochains challenges. “J’aimerais beaucoup développer davantage mon expérience en CFX sur des projets plus réalistes en VFX. J’ai déjà eu un premier aperçu chez Unit, mais mon objectif serait de pouvoir travailler sur un long métrage dans un univers de ce type. Le cartoon et le réalisme impliquent des approches très différentes, aussi bien sur le plan technique que sur la direction artistique. C’est justement cette diversité que je trouve passionnante : pouvoir évoluer entre ces deux styles et devenir polyvalent sur des productions aux exigences variées.”
Pour cette artiste qui a grandi avec Shrek et Dragons, et qui rêve de peut-être un jour travailler pour Dreamworks, le fait d’avoir choisi Houdini et les CFX comme domaine d’expertise a été un plus. “Aujourd’hui, le CFX est une branche assez niche. Qui dit niche dit moins de places dans l’industrie, mais aussi moins d’artistes sur le marché. De plus en plus de studios travaillent avec Houdini plutôt que Maya. Le mieux reste évidemment d’être polyvalent, mais aujourd’hui, être CFX Artist sur Houdini ouvre davantage de portes.”
Son conseil aux jeunes diplômés?
Il est simple: ne lâchez rien. “Même si le secteur traverse une période un peu compliquée, il faut croire en ce que l’on veut faire et s’accrocher. C’est un métier vraiment passionnant, et une spécialisation qui me tient particulièrement à cœur.”
Et l’artiste de conclure: “La clé pour intégrer l’industrie en sortie d’études, ce sont aussi les projets personnels : dans mon cas, c’était des personnages avec plusieurs couches de vêtements, des cheveux, des éléments qui bougent dans tous les sens! [rires]”
De quoi maintenir Coline dans les nuages pour un certain temps.
La fille dans les nuages sort le 22 juillet dans les salles françaises.

