Au sein de l’entreprise, elle collabore rapidement à des projets d’envergure (Le livre de la Jungle: Mowgli, Thor: Ragnarok, Kingsman: The Golden Circle, Les animaux Fantastiques ou encore La belle et la Bête) en tant que Lighting & Lookdev TD, avant de s’envoler pour Montréal en 2018.
Depuis, c’est au sein de Framestore Montréal qu’elle a construit son expertise, passant de projet en projet jusqu’à devenir Lead Lighting sur Paddington au Pérou, Detective Pikachu, Barbie, ou encore le tout récent remake de Dragons en prises de vue réelles.

Aujourd’hui, c’est en tant que CG Supervisor qu’elle accepte d’échanger avec nous sur ses plus récentes réalisations: Projet Dernière Chance, et le très attendu Supergirl prévu en France le 24 juin.
Rencontre avec une artiste chevronnée, à la fois technicienne des effets spéciaux mais aussi peintre et illustratrice de passion.
Depuis notre dernière rencontre, comment se sont déroulés vos derniers projets?
Félicitations pour cette nouvelle étape de supervisor dans votre parcours!
Depuis la dernière interview, j’ai en effet eu la chance de leader la team lighting sur Peter & Wendy, Barbie et Dragons parmi les projets les plus connus. De très grosses productions, surtout en ce qui concerne Dragons que j’ai vécu pour ma part comme une vraie apogée. C’est un film impressionnant, avec beaucoup de plans full CG très complexes et une grande équipe à gérer. Ici, les visuels étaient clés, et le résultat parle de lui-même je pense!
Comment êtes-vous arrivée chez Framestore à l’époque?
Cela s’est fait de manière assez fluide, à la fois en postulant via leur site et via échange d’email avec une recruteuse à l’époque. Mais il est évident que le marché du travail était très différent d’aujourd’hui.
Après votre diplôme, vous êtes directement partie à Londres, avant d’émigrer quelques années plus tard au Québec. Comment avez-vous vécu ce changement de pays?
D’emblée, j’avais choisi ces études pour partir travailler à l’étranger, cela a toujours été l’objectif. Le plus dur, c’est le rythme différent que cela impose. Tes amis proches sont loin, ta famille également. On peut avoir l’impression de passer à côté de certains événements, et c’est véritablement le cas. Il faut être en paix avec ce choix et le faire consciemment, sinon celui-ci sera difficile à vivre.
En ce qui me concerne, j’appelle ma famille une fois par semaine. Nous nous envoyons beaucoup de photos et nous trouvons des manières de partager des moments qui pourraient paraître insignifiants, mais qui comptent énormément pour moi.
En ce qui concerne le fait d’immigrer, je trouve que la multiculturalité que cela apporte est une vraie richesse. J’adore rencontrer des gens qui viennent de partout dans le monde, et je peux affirmer que je n’aurais pas vécu ces incroyables aventures si j’étais restée en France.
Nous nous parlons aujourd’hui autour de votre travail sur Supergirl, d’abord en tant que lead Lighting puis en tant que CG supervisor. Comment êtes-vous arrivée sur ce film?
C’est le projet qui a directement suivi mon travail sur Dragons, où je suis en effet arrivée en tant que lead lighting, puis où j’ai été promue en tant que CG sup.
Entre temps, je suis allée donner un coup de main à mes collègues sur le film Projet Dernière Chance, mais disons que j’ai travaillé d’avril à novembre 2025 sur Supergirl en tant que lead light, et que je suis revenue en tant que CG Sup sur le projet à partir de décembre 2025.

Nous sommes en train de livrer les derniers shots à l’heure où je vous parle.
Pouvez-vous nous décrire une scène ou un plan précis sur lequel vous avez eu un impact visible?
La séquence à l’intérieur du bar est particulière à mes yeux, j’ai fait le light Rig pour le setup du lighting lorsque j’étais lead, puis je suis revenue pour livrer les shots une fois passée sur le projet en tant que CG Supervisor. Donner des notes sur mon propre light rig était d’ailleurs intéressant! Vous pouvez également voir un exemple d’un shot que j’ai supervisé du début à la fin dans ce trailer, du camera track jusqu’au render full res de lighting, avec ce plan où l’on voit également Krypto. C’est un plan dont j’ai fait l’intégralité du suivi, avec l’animation supervisor pour ce qui est de l’animation.
Quelles contraintes techniques ou artistiques ont marqué ce travail?
Les plans de nuit sont toujours un défi. On a tendance à toujours vouloir “voir” un maximum, mais il faut pour autant respecter les codes de la nuit. Dans le travail sur le film, nous avons aussi fait face à des shots éclairés avec des lumières très rouges où l’un des personnages (un Alien plutôt vert de peau) devait avoir le sang blanc selon les souhaits du client. Du fait de l’éclairage, le sang apparaissait comme rouge. Nous avons tenté différentes approches, mais il n’y avait finalement pas de solution magique. Suite à nos échanges, le client a tout simplement accepté cet état de faits et a préféré garder le résultat plutôt discret, ce qui a satisfait l’ensemble des équipes.
Quels outils avez-vous utilisé au quotidien?
Maya, Houdini et Nuke sont les outils avec lesquels je travaille le plus aujourd’hui. Des outils que je maîtrisais grâce à ma formation à l’ESMA, une formation généraliste qui m’a également appris ce côté de “faire des choses qu’on ne sait pas encore faire”, et l’apprentissage par l’expérimentation.

Quelles compétences avez-vous développées grâce à ce projet?
Mon premier vrai projet en tant que CG Supervisor, donc je dirais qu’à peu près tout était nouveau pour moi! Superviser des départements qui n’étaient pas les miens, organiser, planifier, mettre les plans en action grâce aux équipes et comprendre que la communication était clé du succès, tout ceci a été très important. Il me fallait à la fois être claire dans la manière d’expliquer les choses, mais aussi pouvoir répondre aux questions et aux attentes de chacun tout en prenant en compte l’ensemble des équipes. Garder mon calme et faire confiance aux différents départements est aussi un aspect clé de ce nouveau rôle.
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans l’aventure chez Framestore jusqu’ici?
Leur intégrité, leur confiance, mais aussi les opportunités qu’ils m’ont offert tout en restant toujours à l’écoute, et en accordant beaucoup de considération à mon ressenti. Je me considère très chanceuse d’être un jour rentrée dans cette entreprise, qui me correspond énormément à bien des niveaux.

Comment Supergirl va-t-il influencer la suite de votre parcours professionnel?
C’est le début d’une belle série de projets! Les films de super-héros ne sont pas vraiment mon premier choix, mais celui-ci restera très spécial pour moi, en tant que premier projet d’envergure où j’ai tenu ce rôle de CG supervisor.
Quels films et quels univers vous inspirent aujourd’hui?
Je suis fascinée par des réalisateurs comme Denis Villeneuve, qui portent à la fois une vision et un univers entier en eux. J’aime beaucoup la science fiction, et toutes les possibilités qu’offre ce genre. Mais je dois dire que je suis aussi une “Disney girl”, qui n’oubliera jamais La Belle et la Bête ou l’univers de Christopher Robin, et la manière dont les studios ont réussi à faire vivre Bourriquet et Porcinet à l’écran. Enfin, j’aime beaucoup les films et séries qui impliquent des créatures fantastiques. Dragons, en ce sens, était tout simplement incroyable.
Quels conseils donneriez-vous à des étudiants qui visent ce type de poste aujourd’hui?
Avant de viser un poste spécifique dans cette industrie, il y a un monde. Il faut y aller avec de l’humilité, et surtout ne jamais être pressé. D’un côté, il faut être bon dans sa spécialité, mais de l’autre il faut pouvoir continuer à s’intéresser à tout et à considérer les autres départements et compétences avec attention. Il n’y en a pas un plus important qu’un autre, et pouvoir naviguer entre les équipes est un atout.
Enfin, c’est un métier de passion, et pouvoir maintenir une constance dans la qualité de vos livrables, quel que soit l’intérêt que vous portiez ou non au projet, est crucial. L’important, c’est que ce film existera un jour, et il fera partie intégrante de votre carte de visite.
Supergirl sort le 1er juillet dans les salles françaises, tandis que le Projet Dernière Chance est l’une des belles surprises de ce début d’année 2026.
De son côté, Lorène Bettker poursuit sa carrière au sein de Framestore, où elle travaille déjà sur de nouveaux projets dont elle ne peut évidemment pas encore nous parler, mais qui se retrouveront bientôt sur les écrans de toutes les salles obscures du monde entier.
