Animation 3D, Coulisses de la semaine

Dans les coulisses de Ninjaaa, une comédie signée ESMA qui traite de la solitude avec sérieux et humour à la fois

parle sur scene

3DVF.com pour l'ESMA

9 minutes de lecture

C’est sur une idée très personnelle qu’est né Ninjaaa, court métrage de fin d’études de Thibault Boistault, Romain Gauthier, Lola Mauger, Marie Roos, Jules Douilly, Clélia Mallet, Maïlys Riso et Camille Sully.

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Un film inspiré du vécu d’une des membres de l’équipe, surnommée “le ninja” de par sa discrétion, et un récit doux-amer sur les aspects tant positifs que négatifs de cette capacité qui permet à la fois une grande liberté, mais génère une grande solitude. 

Avec l’équipe, nous avons échangé sur cette dualité, sur les défis qu’elle représente, et sur la manière dont ces étudiants désormais diplomés en animation 3D ont mis en scène ces contradictions.

De votre envie d’aborder ce sujet de la solitude, comment le projet a-t-il évolué au fil du temps ?

À l’origine, nous voulions parler de l’introversion. On a d’abord placé l’histoire dans un bureau où se déroulerait une partie de cache-cache.

affiche du film ninjaaa

Mais le personnage principal, qui pense démontrer son talent pour le camouflage, est tellement invisible auprès de ses collègues qu’il est oublié et meurt dans sa cachette.

On s’est rapidement émancipé du côté “bureau” pour rendre Théo, le personnage principal, plus casanier et le rapprocher de sa famille, ainsi que lui donner une passion plus forte qui le motiverait à sortir de sa zone de confort. Puis, on a décidé d’enlever le côté tragique irrémédiable de notre fin, pour que le film soit porteur d’espoir, notamment auprès des gens qui pourraient s’y identifier.

Qu’est-ce qui vous a guidé dans ces évolutions narratives?

On voulait avant tout que Ninjaaa soit un film léger malgré son sujet. C’est pourquoi nous avons fait le choix de partir sur une comédie dramatique, avec quelques blagues pour contrer les moments plus sérieux et angoissants, et ne pas faire un film trop sombre. Dès les premières réflexions, certaines séquences nous paraissaient évidentes, on a donc essayé de construire notre film autour d’elles. Et d’un point de vue esthétique, nous cherchions la meilleure manière de laisser transparaître les émotions tout en restant organique et chaleureux.

Comment avez-vous conçu vos personnages principaux?

Nous nous sommes tout simplement inspirés de personnes introverties que nous connaissons, ou de nous-mêmes. Théo parle peu, mais sa manière de se déplacer et ses réactions deviennent des éléments clés pour le comprendre à l’image.

En termes de chara design, le fait d’être grand et mince et constamment recroquevillé montre qu’il est mal à l’aise.

ninjaaa 3
chat

D’ailleurs, l’écharpe qu’il porte en permanence et derrière laquelle il se cache rend également son mal-être visible sans passer par les mots.

Janine, sa grand-mère, est à l’opposé de Théo. Elle est colorée, extravertie et expansive, et agit à la fois comme un moteur (en le poussant à sortir de lui-même) et comme un frein, car son énergie peut accentuer son malaise.

Enfin son chat, Touille, incarne le réconfort de l’introversion, le désir de rester caché. Sa couleur noire symbolise cette discrétion et cette invisibilité. Il est en parfaite harmonie avec l’état intérieur de Théo.

Pouvez-vous nous parler de vos inspirations?

Notre principale référence visuelle pour Ninjaaa est le film des studios Sony Pictures Animation Les Mitchells contre les machines, sorti en 2022. Pour ses couleurs pops, son côté organique, les gros yeux de leurs personnages, ainsi que l’effet peint retrouvé un peu partout dans le film. Concernant l’animation ainsi que le traitement de la ville, nous avons essayé de nous rapprocher au maximum du film Les Bad Guys, à la technique fluide et dynamique.

Le traitement graphique du Ninchat nous a donné un peu plus de fil à retordre bien que nous savions ce que nous voulions : le rendre à part et unique. Nous avons beaucoup expérimenté, puis avons trouvé ce que nous voulions dans la Tâche, le “méchant” de Spider-Man : Across The Spider-Verse, lorsqu’il est dans sa forme la plus conceptuelle.

Quels ont été les plus gros défis pour rendre ces personnages crédibles ou attachants ?

Ninjaaa est un court-métrage de 5 minutes, ce qui peut être très court pour installer une histoire et la faire comprendre du début à la fin. Il est également difficile de gérer les silences nécessaires pour laisser une émotion s’installer, c’est pourquoi il fallait trouver les bons dialogues pour résumer les sentiments de nos personnages en une phrase tout en restant percutant: ajuster les actions pour faire monter la tension, tout cela en ajustant le montage à la seconde près ! En humour, tout est une question de timing…

Comment avez-vous défini votre direction artistique?

Pour définir l’univers de Ninjaaa, nous avons d’abord choisi un profil colorimétrique qui permet de se plonger dans l’ambiance et l’émotion que nous voulions faire ressentir, car ce court métrage se base sur l’émotion. Ainsi, nous avons défini un code couleur : le jaune et orange permettent de développer une ambiance rassurante, contrairement au violet qui crée l’angoisse, le mal-être.

Ninchat, lui, a été créé à la base des émotions de Théo (notre protagoniste) : il s’agit d’un mentor à ses yeux, alors qu’il n’est rien d’autre que la personnification de ses émotions les plus profondes et noires : sa sociophobie.

Quel élément du décor ou de l’ambiance vous a donné le plus de fil à retordre ?

Ninjaaa est un film qui se passe en partie à l’intérieur, mais aussi en plein milieu d’une ville bondée et dans un talk show rempli. Animer cette foule a été un petit défi, pour la quantité de personnages à réaliser et leur simulation dans les rues.

ninjaaa 5

De surcroît et pour amplifier les crises de panique de notre protagoniste, nous avons voulu créer des effets d’angoisse en 2D. Ceux-ci ont demandé une quantité de recherches et d’effets graphiques, ainsi que de couleurs spécifiques.

Au-delà de ces soucis, quelles ont été les principales difficultés techniques rencontrées ?

Étant donné que Ninchat n’est que la personnification des angoisses de notre protagoniste Théo, il n’a pas d’existence propre. Pour représenter cela, nous avons voulu créer une rupture entre son graphisme et celui du reste du film. Ninchat est donc devenu un applat noir qui fonctionne en silhouette, détaché par un effet spécial crayonné. Il n’a pas de bouche ni de sourcils, seulement des yeux qui doivent montrer son attitude et son charisme.

personnages

Mi-humain mi-chat, Ninchat est un bipède avec des pattes et une queue de quadrupède, et cela nous a demandé beaucoup de tests sur beaucoup de techniques différentes : en 2D, en effets spéciaux, sur l’animation…

Après une tentative de créer un effet de fumée autour de Ninchat pour lui donner un côté d’apparition inquiétante, nous sommes finalement revenus au concept de nos dessins de pré-production: un crayonné semblable à des poils qui fut animé en 3D sur Houdini puis retravaillé image par image en 2D en fonction des besoins du plan.

Comment s’est passée la répartition des rôles et le travail en équipe ?

La répartition s’est faite très naturellement, chacun de nous avait des envies et des spécialités plutôt différentes, ce qui a permis de satisfaire tout le monde. Les tâches ont été distribuées équitablement au départ, puis réarrangées au cours de la production selon les besoins de celle-ci. Comme dans beaucoup de projets, il y a eu des moments où la quantité à produire paraissait énorme en peu de temps, nous étions stressés par les tâches ou défis techniques qu’il fallait accomplir dans des délais parfois courts, mais les dépasser risquait d’entraîner de trop gros retards ailleurs. Heureusement, nous savions que nous pouvions tous compter les uns sur les autres pour nous aider en cas de réelles difficultés. Merci à nos stagiaires d’ailleurs, et à leur générique !

Avoir une équipe soudée et qui communique fluidifie, c’est vraiment ce qui nous a permis de mener ce projet à bien. Quand tout fonctionne, personne n’est obligé de repasser derrière l’autre pour récupérer tel ou tel fichier ou vérifier qu’il soit bien fait. Grâce à cette cohésion, nous avons pu avancer plus vite et travailler plus efficacement.

Qu’est-ce qui vous rend le plus fier aujourd’hui lorsque vous revisitez ce projet?

Une de nos plus grandes fiertés aujourd’hui, c’est le casting qu’on a pu avoir. Pouvoir travailler avec des comédiens passionnés et professionnels (Emmanuel Curtil notamment, voix française de Jim Carrey, Les As de la jungle, …), cela nous réchauffe le cœur. 

Pour l’anecdote, au tout début du projet, nous nous étions mis en tête de proposer à Pierre Niney le rôle de Théo. Cela nous a valu quelques fous rires en essayant de le contacter. On apprendra plus tard qu’il n’était clairement pas disponible puisqu’il tournait à l’époque le film Gourou [de Yann Gozlan, sorti en janvier]

Avec le recul, qu’auriez-vous aimé faire autrement ?

Si cela était à refaire, nous passerions sans doute du temps à pousser plus loin certaines parties de la direction artistique.

Nous sommes restés dans notre zone de confort beaucoup trop longtemps et nous n’avions plus de temps sur la fin de production pour pouvoir expérimenter d’autres possibilités.

Mais Ninjaaa reste tout de même une expérience inoubliable qu’on ne regrettera pas.

photo de groupe

Quels conseils donneriez-vous aux étudiants qui réalisent aujourd’hui leur film?

Juste un seul: Osez. C’est peut être cliché, mais un film de fin d’études, c’est une des plus belles cartes blanches qui soient. Poussez les curseurs à fond, ne soyez pas timides que ce soit en 2D ou en 3D. Cette curiosité paiera.

Découvrez dès à présent Ninjaaa, un film de fin d’études 2025 signé ESMA, disponible en intégralité :