Animation 3D, Coulisses de la semaine

Mix Up Mail, quand la tournée d’un facteur innocent se transforme en lutte pour la survie

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3DVF.com pour l'ESMA

9 minutes de lecture

Que se passe-t-il lorsqu’un livreur un peu zélé pénètre dans la cabane d’un bûcheron et de son castor de compagnie pour y livrer son paquet? C’est que l’équipe de Mix Up Mail vous propose de découvrir dans ce court métrage rythmé, drôle et efficace, réalisé dans le cadre de leur projet de fin d’études à…

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Moana Bremond, Tristan Cambon, Ilian Djabelkhir, Mathilde Herrbrecht, Tiffany Kao, Alan Magnier, Alexandre Mouries et Xavier Try, à qui l’on doit cette fable du quotidien diablement captivante, ont accepté de nous partager les coulisses de cette production influencée par les paysages du Canada et par le tempo effréné de la saga Hotel Transylvanie. Rencontre avec l’équipe, et retour sur ce projet à la fois traditionnel et singulier.

Comment est né ce film ?

Au cours de notre quatrième année d’études, chaque membre de la promo a réalisé un pitch qu’il a ensuite présenté pour le projet de dernière année.

Ceux-ci ont été classés par un jury, et celui de notre coéquipier Ilian Djabelkhir a été sélectionné. Ensuite, c’est petit à petit que nous avons toutes et tous été rassemblés en équipe, pour mener ce projet à bien. 

affiche mixup mail

Quelle était l’idée de départ, et comment a-t-elle évolué au fil du temps ?

Le scénario d’origine avait une trame similaire: un livreur s’introduisant dans une maison pour récupérer un paquet. Ensuite, celui-ci a évolué autour de cette trame avec plusieurs ajouts, notamment le castor comme “chien” de garde, puis les péripéties et la dynamique qui s’est installée entre le livreur et l’animal. Accompagnés des conseils de nos enseignants, nous sommes passés par de nombreuses phases de réécritures.

Et il faut avouer qu’à plusieurs reprises, nous nous sommes demandés si notre récit était cohérent et si le spectateur allait comprendre la scène, ou en tout cas ressentir l’émotion prévue. Cela dit, une fois notre base narrative solide construite, il ne nous restait plus qu’à mettre la direction artistique au service de l’histoire. Dans notre cas et puisque nous parlions des apparences parfois trompeuses, la caricature est tombée sous le sens.

Pour parler de caricature, comment avez-vous conçu vos personnages principaux?

Les designs principaux qui sont restés tout au long du développement étaient ceux du livreur et du bûcheron, opposés sur tous les points. Les formes, couleurs et caractères de ces deux personnages devaient illustrer leur opposition. Lewis le livreur étant le protagoniste tout le long de l’histoire, nous voulions que n’importe quel spectateur puisse s’identifier à lui. Nous avons fait de lui un personnage bien pensant, ainsi qu’un “monsieur-tout-le-monde” qui contraste avec les autres personnages plus caricaturaux, même si (comme le bûcheron) ceux-ci ont peut-être une face cachée. Ce n’est qu’après que s’est ajouté à ce duo le castor, notre principal antagoniste.

Y a-t-il eu des références ou inspirations particulières ?

Les films Moi, moche et méchant dont le ton se rapproche le plus de ce que nous voulions, à savoir quelque chose de délirant, mais néanmoins ancré dans la réalité. La saga Hotel Transylvanie pour les personnages et décors, avec des formes stylisées et des détails penchant vers le réalisme. Et enfin le film Pixar un peu oublié En avant, certaines références de lumière et rendu.

Comment avez-vous défini l’univers du film ?

Le film se place dans un univers avec un fonctionnement proche du nôtre, mais ponctué d’éléments délirants. Les décors sont inspirés du Canada, pour aller avec l’esthétique du bûcheron et du castor.

En termes d’influences visuelles et comme mentionné plus tôt, l’esthétique de Hotel Transylvanie a été une inspiration visuelle forte pour le design des personnages, stylisés et dynamiques. Mais au-delà de ces personnages, nous nous sommes également inspirés de cet univers pour les décors, constitués de formes stylisées avec des textures réalistes.

set dress zen house

Quel élément du décor ou de l’ambiance vous a donné le plus de fil à retordre ?

setdress tuning house

L’extérieur des maisons des différents clients apparaissant au cours du film a représenté un vrai défi de design.

Il fallait leur donner un thème précis et marqué parfois à l’extrême tout en faisant en sorte qu’elle puisse exister dans le même univers.

Mais l’élément qui a demandé le plus de temps a sans doute était le set dress (habillage des décors) de la maison du bûcheron, dans laquelle se déroule la majeure partie du film. 

Chacune des pièces a dû être modélisée et remplie d’objets pour la rendre crédible. Le nombre grandissant de détails pouvait alourdir nos scènes et les rendre plus difficiles à utiliser. Il en est d’ailleurs de même pour les scènes d’extérieur, la végétation demandant beaucoup de ressources.

Au-delà de ces éléments, quelles ont été les principales difficultés techniques rencontrées pendant la production du film?

Notre film ayant une direction artistique plus “traditionnelle” pour un film 3D, il n’y a pas eu beaucoup de difficultés pour lui donner vie. En revanche, certains éléments ont demandé une certaine attention due à leur complexité, comme le développement d’un rig quadrupède pour notre castor ainsi que les cheveux et la fourrure des personnages qui, non seulement étaient compliqués à gérer, mais qui ont apportés des problèmes persistants sur les phases suivantes de la production.

Pouvez-vous nous expliquer les étapes qui vous ont permis de solutionner ces difficultés, ainsi que les outils/technologies que vous avez utilisés pour y parvenir?

Nous avons regardé de nombreuses vidéos de castor! En effet, il fallait avoir des références suffisantes pour bien comprendre comment il marchait, afin de pouvoir adapter le rig en conséquence. En ce qui concerne les fourrures, plusieurs tests ont été réalisés puis étudiés avec les professeurs pour arriver à un résultat final satisfaisant.

Comment s’est passée la répartition des rôles et le travail en équipe ?

Nous nous en sommes tenus à nos spécialisations (animation d’une part, rendu de l’autre), mais nous excellions chacun dans un domaine qui nous était propre (storyboard, animatique, rig, cheveux, végétations, montage). Cela a permis à notre groupe de trouver un certain équilibre où chacun disposait de compétences essentielles nécessaires à la production, sans créer de frustrations. 

Est-ce qu’il y a eu un moment où vous avez cru que le projet n’aboutirait pas ?

Il y a eu quelques moments de doute, surtout face à la réécriture constante du scénario vers le milieu d’année. Le film changeait sans cesse, et c’était un peu décourageant. Mais ces périodes nous ont surtout permis de réévaluer nos choix, d’ajuster notre film pour finir par trouver un ensemble convenable.

En fin de compte, ce qui nous a permis de mener à bien ce projet c’est tout d’abord à une organisation très rigoureuse, avec des professeurs qui ont su nous diriger dans le droit chemin avec des retours de plus en plus pertinents. Et ce, malgré des semaines où nous courions comme des poules sans tête! La motivation collective et l’envie de raconter une histoire qui nous faisait rire nous-même ont aussi été des moteurs essentiels jusqu’à la finalisation du film.

Qu’est-ce qui vous rend le plus fier aujourd’hui lorsque vous revisitez ce projet?

D’avoir réussi à terminer le film jusqu’au bout, en soignant ces détails et imperfections qui nous rendaient chèvre. C’est difficile de prendre du recul quand nous sommes vingt quatre heures sur vingt quatre la tête dans le projet, mais on en est encore plus fiers quand on le re-regarde quelque temps après.

Avez-vous une anecdote de production à partager, ou un retour qui vous a particulièrement marqué?

La décision de faire de l’animal gardien de la maison un castor est venu suite à la suggestion de nos professeurs lors d’un jury. En effet, nous avions d’abord pensé à un chien, l’ennemi juré des facteurs/livreurs dans l’imaginaire collectif. Mais lorsque l’on nous a donné des pistes pour pousser davantage la caricature, l’esthétique canadienne couplée à celle du bûcheron ont rendu l’utilisation d’un castor très cohérente. Finalement, ces retours auront donné naissance à ce qui a été pour beaucoup l’élément le plus marquant du film.

Avec le recul, qu’auriez-vous aimé faire autrement ?

Peut-être perdre moins de temps sur des tout petits détails, et passer plus de temps sur les grandes lignes directrices et l’évolution visuelle du film. De même, quelques subtiles caractérisations de personnages pour aider à illustrer leurs état d’esprits ont malheureusement étés coupés à cause du manque de temps, et c’est peut-être notre seul regret. 

Quels conseils donneriez-vous aux étudiants qui réalisent aujourd’hui leur film?

D’écouter les avis de tous les membres du groupe et d’accepter les retours positifs/négatifs de personnes extérieures. C’est toujours une bonne idée d’enrichir ses perspectives autour d’un projet à gérer, et cela ne peut qu’améliorer la qualité du rendu final. 

photo de groupe

De plus n’hésitez pas à sacrifier des éléments trop ambitieux ou trop complexes à réaliser: certains éléments sont trop chronophages alors qu’ils ne sont pas nécessairement essentiels. Il vaut mieux un film fini qu’un film qui ne sortira pas du tout. 

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