Une journée exigeante sur le papier, mais qui s’est rapidement imposée comme un moment de plaisir, portée par la qualité des films, la maturité des propositions artistiques et le niveau de préparation des jeunes talents.
Lorsque l’on annonce à un jury professionnel qu’il va passer une journée entière à regarder des films étudiants, la perspective peut impressionner. Beaucoup de projets, beaucoup d’univers, beaucoup de formats à absorber en quelques heures. Mais pour Claubel, cette densité s’est transformée en expérience stimulante.

« Lorsque les films sont de qualité, ça passe très vite », résume-t-il. Ce qui aurait pu être une journée longue et technique devient alors « une journée plaisir ». Un plaisir de spectateur, face à des œuvres construites avec soin. Un plaisir de professionnel, aussi, en observant la maturité artistique, narrative et technique de jeunes diplômés déjà prêts à défendre leur place dans l’industrie.
Une journée de jury marquée par la qualité des films
Ce regard extérieur, porté par un représentant de Rodeo FX, studio international reconnu dans les effets visuels, confirme une impression largement partagée par les professionnels présents : le niveau des étudiants de l’ESMA est particulièrement solide. « Si quelque chose est certain, c’est le niveau des étudiants de l’ESMA », souligne Claubel. La projection n’a fait, selon lui, que confirmer cette réputation.
Parmi les films présentés, un projet a particulièrement retenu son attention : L’Ombre du Kivu. Non pas simplement pour sa qualité formelle, mais pour la cohérence de son parti pris. Claubel y voit un film porté par « un choix artistique assumé jusqu’au bout ». Une qualité essentielle dans un secteur où la maîtrise technique ne suffit jamais seule : encore faut-il savoir défendre une intention, construire un univers et tenir une direction jusqu’au dernier plan.

Son attachement au film tient aussi à une résonance plus professionnelle. « C’est typiquement le genre de film sur lequel je vois Rodeo FX travailler », confie-t-il. Une remarque qui en dit long sur la capacité du projet à dépasser le cadre scolaire pour rejoindre des préoccupations de studio : ambiance, identité visuelle, potentiel narratif, exigence de fabrication.
La place de juré n’en reste pas moins délicate. Il le rappelle avec prudence : il n’aime pas vraiment le terme « juger ». Face au travail des étudiants, il préfère parler d’un privilège, mais aussi d’une responsabilité. « On est certain du talent », insiste-t-il. Le rôle du jury consiste alors moins à sanctionner qu’à départager des projets qui, chacun à leur manière, témoignent d’un haut niveau d’engagement.
L’exercice devient d’autant plus difficile lorsque les films se répondent en qualité. Il faut choisir, hiérarchiser, attribuer des prix, tout en sachant que beaucoup auraient mérité d’être distingués. « C’est une charge, mais une charge joyeuse », explique-t-il. Une formule qui résume bien l’ambivalence de cette journée : l’enthousiasme face aux œuvres, et la difficulté de ne pouvoir récompenser tout le monde.
L’ESMA, une formation tournée vers les réalités de l’industrie
Au-delà des films, c’est la formation elle-même qui ressort de cette expérience. L’ESMA ne se contente pas de transmettre des compétences techniques. Elle prépare ses étudiants à entrer dans un environnement professionnel réel. « L’ESMA ne forme pas seulement des étudiants, elle forme des professionnels », affirme-t-il.
Cette distinction est essentielle. Dans les métiers de l’animation 3D, des effets visuels et de l’image numérique, un jeune diplômé doit évidemment maîtriser des outils, un pipeline, une spécialité. Mais il doit aussi savoir se présenter, parler de son travail, écouter un retour, comprendre les attentes d’un recruteur ou d’un superviseur. C’est précisément ce que Claubel dit avoir observé lors des rencontres professionnelles organisées autour de l’événement.
Les étudiants arrivent préparés. Ils savent ce qu’ils veulent montrer dans leur démo. Ils savent expliquer leurs choix. Ils savent aussi formuler leurs envies. Pour un studio, cette posture compte presque autant que la qualité des images. Elle traduit une compréhension déjà avancée du monde dans lequel ils s’apprêtent à entrer.
« Ce que j’ai vu, ce sont des professionnels que les studios sont en mesure d’embaucher en l’état », poursuit-il. Le compliment est direct. Il ne s’agit pas seulement de saluer de beaux films de fin d’études, mais de reconnaître une employabilité concrète : une capacité à rejoindre rapidement une équipe, à s’intégrer dans une production et à continuer d’apprendre dans un cadre exigeant.

Des conseils aux jeunes diplômés
Car c’est aussi l’un des conseils qu’il adresse aux jeunes diplômés : croire en eux, mais ne jamais cesser d’apprendre. La confiance, pour lui, est indispensable. Dans une industrie compétitive, parfois instable, souvent exigeante, il faut être capable de défendre son travail et de croire en sa progression. Mais cette confiance doit rester ouverte, curieuse, disponible.
« Il faut accepter l’idée de rester étudiant encore un petit moment », rappelle-t-il. La sortie d’école n’est pas une fin. C’est un basculement. Les premières expériences en studio prolongent l’apprentissage, l’élargissent et le confrontent à d’autres contraintes : délais, retours clients, pipeline collectif, exigences de production, collaboration entre départements.
Selon lui, c’est là que se joue souvent la différence entre deux profils juniors. Celui qui reste sur ses acquis risque de progresser moins vite. Celui qui continue à apprendre, à observer, à poser des questions et à multiplier les expériences construit une trajectoire plus solide. « Continuez à chercher à apprendre. Faites le tour des studios. Prenez de l’expérience », conseille-t-il.
Cette exigence d’apprentissage permanent rejoint aussi sa perception de l’ESMA. Pour sa deuxième expérience avec l’école, il dit retrouver une structure qui fonctionne, mais surtout une école proche de ses étudiants. Il parle d’« une machine qui tourne bien », non pas au sens impersonnel du terme, mais comme un écosystème organisé, capable d’accompagner les jeunes talents jusqu’à leur rencontre avec l’industrie.
Cette proximité constitue, selon lui, l’une des forces de l’école. Les étudiants ne sont pas seulement formés à produire un film ; ils sont préparés à le présenter, à l’assumer, à en parler devant des professionnels. Ils apprennent à transformer un projet de fin d’études en véritable porte d’entrée vers le marché du travail.
Au terme de cette journée, Claubel retient donc deux choses : la qualité des films et la maturité des profils. Un constat sobre, mais précieux dans un secteur où les studios recherchent des juniors capables d’allier talent, méthode et capacité d’adaptation.
Pour Rodeo FX comme pour les autres professionnels présents, ces rencontres permettent de mesurer ce que l’école construit sur plusieurs années : non seulement des images maîtrisées, mais des personnalités artistiques et techniques prêtes à rejoindre l’industrie.
Et si le jury a dû faire des choix, le regard porté sur la promotion reste largement collectif. Tous les projets ne peuvent pas être récompensés. Mais tous participent à confirmer une même impression : à l’ESMA, les films de fin d’études ne sont pas seulement des exercices scolaires. Ils sont déjà les premiers signes d’une trajectoire professionnelle.