Jérémy Julien

Rencontre avec Jérémy Julien, diplomé de l’ESMA en 2024 et aujourd’hui Technical Assistant chez Netflix Animation Studio

film steps
Photo de Jérémy Julien
Année de promotion
2024
Entreprise actuelle
Netflix Animation studio
Poste actuel
Technical Assistant département Rigging
Formation
Cinéma d’Animation 3D et Effets Spéciaux

Rigueur, précision, méthode. Trois mots qui résument parfaitement l’approche de Jérémy Julien, ancien étudiant de l’ESMA Lyon diplômé en 2024 et aujourd’hui Technical Assistant au sein du département Rigging de Netflix Animation studio. Une grande fierté pour l’artiste technicien, qui a découvert sa passion pour la 3D très tôt, lors d’un stage d’observation en troisième au sein des studios Mathematic. Un vrai déclic, et le début d’une aventure qui se poursuit encore aujourd’hui, de l’autre côté de l’Atlantique. 

Avec Jérémy, nous avons échangé sur son parcours, les défis qu’il a dû relever pour atteindre ce poste, et ses ambitions pour le futur. 

jeremy julien portrait

Jérémy, comment avez-vous choisi de vous lancer dans la 3D?

J’ai suivi un parcours technologique parce qu’à l’école, je n’arrivais pas à rester assis sur une chaise à écouter des cours magistraux. Et comme je l’évoquais en off, j’ai su très tôt ce que je voulais faire. En troisième, mon stage d’observation chez Mathematic Studio a

été un véritable déclic. À partir de ce moment-là, je me suis battu pour intégrer le secteur. 

Par rapport à l’ESMA, j’ai choisi celle-ci en regardant des courts métrages d’écoles sur Youtube. Chaque école a une direction artistique forte, et celle de l’ESMA me parlait particulièrement. C’est aussi une école moderne, avec des intervenants actifs dans l’industrie, ce qui faisait toute la différence pour moi.

Cela dit, vous avez dû faire preuve de motivation pour entrer à l’ESMA? 

En effet. Étant très mauvais en dessin à l’époque, j’ai dû faire mes preuves autrement, par la motivation et la persévérance. L’année préparatoire a été très compliquée à cause de mes lacunes, mais je n’ai rien lâché. J’ai ensuite intégré le cursus Animation 3D à l’ESMA Lyon, où je me suis progressivement spécialisé en rigging.

L’équipe de Lyon a été un réel soutien dans la construction de mon avenir. Je tiens à remercier tout particulièrement Tiphaine Maselli, Aurora Gutierrez, Ana Rodriguez Rivas, Aymeric Gesse, Baptiste Lebouc, Frédéric Multier, Francesco Gioia, Séverin Valran, ainsi que toute l’équipe pédagogique.

J’ai aussi eu la chance de retourner en stage chez Mathematic Studio pendant trois mois, une expérience extrêmement formatrice. Puis est arrivé le film de fin d’études, Equinox, que j’ai co-réalisé et coproduit. Ce projet a été une aventure humaine et professionnelle très intense, qui m’a beaucoup fait grandir et dont je suis très fier encore aujourd’hui, pour tout ce qu’il m’a appris. 

extrait film 3d 2024 equinox
Equinox © ESMA 2024

Qu’est-ce que vous retenez de votre formation? 

Ma formation à l’ESMA m’a apporté de solides bases techniques en rigging, mais surtout une véritable expérience semi-professionnelle grâce au film de fin d’études. Gérer une équipe, faire face à des situations délicates, prendre des décisions sous pression et réagir face aux imprévus, ce sont des compétences essentielles pour un artiste.

Ce qui m’a marqué, c’est aussi le travail collectif, et la confrontation à des profils très différents. C’est là qu’on comprend que chacun apporte quelque chose d’unique, et que la réussite d’un projet repose autant sur l’humain que sur la technique.

Des bancs de l’ESMA, à Netflix Animation, comment avez-vous réussi à décrocher ce poste? 

Après l’école, j’ai travaillé pendant un an dans un restaurant. Durant cette période, Mathematic Studio m’a recommandé auprès de MIDGAR Studio, où j’ai travaillé comme Technical Artist et Rigger sur Edge of Memories. Ma mission consistait à recentrer et unifier différentes versions de rigs personnages afin qu’ils fonctionnent aussi bien en jeu qu’en cinématiques.

edge of memories affiche
Affiche Edge Of Memories

C’était un véritable travail d’enquête, demandant rigueur, précision et méthode. MIDGAR a fait confiance à un junior, et le résultat a été à la hauteur. Ils ont été très satisfaits de mon travail et m’ont rappelé quelques mois plus tard pour une mission plus longue.

Constatant que le marché français était très bouché, j’ai ensuite décidé de tenter l’aventure du Permis Vacances Travail au Canada. Six mois plus tard, je partais à Vancouver avec très peu de moyens, mais énormément d’envie. 

Sur place, j’ai rencontré beaucoup de personnes bienveillantes, et lors d’une soirée, j’ai fait la rencontre d’Alicia et Sarah, qui m’ont donné de précieux conseils sur ma démo reel et m’ont aidé à intégrer Netflix Animation Studio.Aujourd’hui, je suis Technical Assistant Rig chez Netflix Animation Studio. Je n’aurais jamais imaginé intégrer une équipe composée d’autant de talents. C’est une immense fierté.

En quoi consiste votre travail aujourd’hui? 

Mon rôle principal est d’assurer le Quality Check. Cela consiste à vérifier le travail des riggers, identifier les problèmes, les oublis ou les bugs, et s’assurer que les rigs fonctionnent et respectent les standards du studio. Je réalise également le rig d’assets et d’autres missions afin de faciliter le travail des riggers titulaires et de fluidifier la production.

Actuellement, je travaille sur le prochain long métrage du studio, Steps. Le film revisite l’histoire de Cendrillon, mais cette fois du point de vue des demi-soeurs, finalement pas si méchantes que ça. Ce projet marquera ma toute première participation à la création d’un long métrage d’animation à rayonnement mondial, et j’ai hâte de pouvoir vous le faire découvrir. 

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Affiche Film Steps

Comment ressentez-vous l’état de l’industrie de l’animation 3D aujourd’hui? 

Le secteur est actuellement saturé, avec beaucoup trop d’écoles et d’étudiants sur le marché. Cela dit, je constate que le marché reprend petit à petit, et que de nombreux studios au-delà de la France recrutent à nouveau. 

Personnellement, en tant que jeune professionnel, je pense avoir été suffisamment préparé par l’ESMA, qui entretient de bonnes relations avec les studios grâce à son réseau d’anciens élèves et d’intervenants. C’est une véritable mine d’or pour les anciens étudiants. 

Mais une chose est sûre, les écoles nous apprennent à apprendre, à être rigoureux et à bien faire les choses. Les studios, eux, nous apprennent à réfléchir par nous-même, à être efficaces et fonctionnels. Et pour être un bon professionnel aujourd’hui, il faut être à la fois curieux, sociable, pluridisciplinaire et s’intéresser à autre chose que ce pour quoi on a été strictement formé. Le cinéma est un art vivant, nourri par la vision personnelle de chaque artiste. 

Qu’en est-il de l’IA? 

Elle fait peur, au même titre que l’appareil photo a pu faire peur aux peintres à une époque. Mais c’est avant tout un outil. À nous d’apprendre à le maîtriser, d’évoluer avec lui et de l’utiliser intelligemment, sans jamais perdre l’exigence artistique. 

Quelle place pour les talents français dans ce secteur, en 2026? 

Les artistes français sont très reconnus pour leur talent et leur créativité. En travaillant aujourd’hui au Canada, je constate qu’il y a énormément de français dans les studios. Je pense que l’industrie française aurait besoin d’un véritable soutien financier pour mener ses grands projets à bien, et relancer ce qui fait la fierté de l’animation française à travers le monde. 

Où vous voyez-vous dans 5 ans?

Difficile à dire. Aujourd’hui, au sein de Netflix Animation studio, je me sens enfin à ma place. Je travaille sur des choses qui me font vibrer, entouré de personnes talentueuses qui me comprennent, dans un cadre sain et stimulant. Travailler dans ces conditions me motive à me lever chaque matin.

Mon objectif aujourd’hui est d’évoluer au sein du studio pour devenir Rigger. Ensuite, on verra bien. Dans cinq ans, je crois que je ne sais pas où je serai, je me laisse guider par les opportunités.

Vos conseils pour les étudiants et futurs étudiants? 

Amusez-vous. Si vous n’êtes pas passionnés, ne continuez pas. L’animation 3D est un métier de cœur. Il y aura des hauts et des bas, mais si vous êtes motivés et passionnés, vous gagnerez toujours à la fin.

Continuez à être curieux, à faire des projets de groupe pendant et après l’école, et à vous intéresser à ce qui se passe dans l’industrie.

Et aux écoles, j’aimerais dire ceci: restez en phase avec les pratiques des studios, entourez-vous de professionnels actifs dans l’industrie. Les étudiants en art sont des êtres humains avec mille choses à raconter. Donnez-leur l’espace dont ils ont besoin et

accompagnez-les. Ce sont les faiseurs de rêves de demain.

Je remercie sincèrement toute l’équipe pédagogique de l’ESMA Lyon pour son soutien et pour la formation professionnalisante qui me permet aujourd’hui de vivre de ma passion dans des studios qui m’ont toujours fait rêver.

Je remercie également les équipes de Netflix Animation Studio pour leur confiance et leur bienveillance.

Je finirai sur une phrase qui m’a accompagné tout au long de ce parcours, parfois difficile, et qui m’a aidé à ne jamais perdre de vue pourquoi je fais ce métier :

« Rêve ta vie en couleur, c’est le secret du bonheur. »

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