Au travers de ce court métrage sensible qui navigue entre humour potache et émotion sincère, l’équipe de l’ESMA (Liselotte Allard, Alphonse Année, Margot Brun, Frederic Dewit, Eva Dugue, Esther Garcia Fernandez, Lourenço Soares et Camille Szostek) offre avec Tailless un joli projet, au-delà des clichés romantiques et drôle tant pour les enfants que pour les parents.
Rencontre avec l’équipe, autour de ce projet singulier mais universel sélectionné dans de nombreux festivals internationaux, du Mexique (Guanajuato International Film Festival) à la Grèce (Thessaloniki Animation Festival, Athens Animfest) en passant par le Brésil (Anim!arte) et l’Italie (Sedicicorto Forlì International Film Festival).

Un lézard sans queue essaie de retrouver l’amour
Ce pitch, c’est d’abord l’idée de Liselotte Allard, autour duquel cette équipe de huit étudiantes et étudiants a construit cet univers animalier ou c’est bien la taille qui compte. “Dans un monde où les queues de lézard sont un symbole d’amour, nous suivons Sam, un lézard sans queue, qui part en quête de la queue parfaite. Avec son ami Paul, ils auront une aventure pleine d’émotions, dans un film que nous voulions humoristique, mais où les émotions devaient également avoir une place dans l’histoire.”
Une volonté qui a aidé l’équipe dans les nombreux choix narratifs et esthétiques qu’implique la production d’un court métrage d’animation 3D. Avec un message clair: s’accepter tel qu’on est a plus d’importance que de correspondre aux standards de la société pour être aimé.

Des personnages aux looks iconiques qui en disent long
Pour concevoir les trois personnages principaux de leur film, Sam mais aussi son meilleur ami Paul, et le bad boy musclé Jason, l’équipe a conçu des designs bien distincts pour mettre en images les personnalités de ces trois lézards. “Après une longue phase d’écriture et d’affinage de ces personnages, nous sommes passés par une phase de concept art avec plusieurs propositions de design par personnage, dans le but de choisir celle qui faisait le mieux ressortir leur personnalité par le design et les couleurs.”
Sam, le protagoniste sans queue, a ainsi adopté des formes plus rondes pour montrer sa sympathie, son innocence et sa naïveté. Paul, quant à lui, a des formes carrées qui correspondent à sa maturité, et le fait qu’il soit sûr de lui-même.
Enfin, Jason est pourvu d’écailles triangulaires menaçantes, et d’écailles pointues sur la tête et les épaules pour souligner son statut d’antagoniste.
“Nous nous sommes notamment inspirés du court métrage Mésozoïque Alternatif de l’ESMA pour nos textures, mais aussi de Pixar récents comme Luca, tandis que Jason est basé sur l’hippopotame Moto Moto, mémorable personnage du premier Madagascar.
En parallèle, Shrek a été une bonne référence pour l’humour du film et pour les blagues avec double sens, drôles pour les enfants comme les adultes mais avec des degrés de compréhension différents.
Par ces choix, nous voulions aussi nous moquer un peu des clichés des films romantiques, à la fois par la narration mais aussi par notre direction artistique.”

Finalement, la taille ça compte!
Et ce n’est pas dans le propos du film que l’équipe a souhaité souligner ceci, mais bien par rapport à l’un des problèmes rencontrés assez tôt dans le processus de production. “En effet, l’échelle de l’environnement par rapport aux lézards nous a donné du fil à retordre! Lors de notre premier jury, on nous a fait remarquer que les lézards paraissaient trop grands par rapport à leur environnement, ce qui créait un sentiment d’étrangeté. Heureusement, nos environnements n’étaient pas trop complexes, et nous n’avons pas eu d’autres soucis, de même que les ambiances que nous avions bien définies à l’aide de coloscripts.”
C’est la population de lézard qui a représenté le plus gros défi pour l’équipe. Une grande quantité de personnages à animer dans certains plans, et autant à texturer. Sans oublier que les protagonistes devaient bien ressortir du lot, au risque d’être confondus avec leurs congénères.

“Pour les textures de la population de lézard nous avions une texture globale mais avec des couleurs différentes. Et qui étaient bien différentes de nos personnages principaux. Pour s’organiser côté animation, nous avons mis en place des quotas d’animation et répartit les shots équitablement en fonction de la difficulté. Cette répartition du travail s’est faite plutôt naturellement: chacun a évoqué les domaines sur lesquels ils voulaient travailler et nous avons assigné les tâches en fonction de cela. Les professeurs de l’ESMA avaient déjà créé les groupes en équilibrant les spécialités, donc la répartition par la suite a été assez fluide.”
“Faire rire les gens, c’est une vraie fierté”
Avec un résultat mêlant délicatement humour et émotion, l’équipe de Tailless a su trouver le bon ton pour raconter cette histoire simple mais sincère, et le public ne s’y est pas trompé.
“Lorsque nous montrons le film et que les gens rigolent et sont touchés, nous avons l’impression d’avoir réussi à transmettre ce que l’on voulait au travers du film.
Avec le recul, nous aurions peut-être pu nous donner encore plus ce challenge pour pousser certains cadrages et mise en scène.

Cela dit, nous sommes fiers d’être allés jusqu’au bout du projet et de ce à quoi il ressemble aujourd’hui.”
Un conseil pour les étudiants qui réalisent aujourd’hui leurs films?
Pour l’équipe, c’est l’envie d’aller plus loin et de retravailler les séquences qui semble le plus important à avoir à l’esprit lorsqu’on se consacre à un tel projet. “N’ayez pas peur de recommencer, car c’est toujours pour le mieux. Et ne négligez pas votre récit, votre scénario et votre histoire: c’est ce qui peut faire la différence.”
De sages conseils pour réaliser un oeuvre qui, à l’instar de toutes les productions animées, doit trouver le juste équilibre entre réussite technique, créativité, mais aussi émotion pour connecter avec son public.
Découvrez dès à présent Tailless, un film de fin d’études 2024 signé ESMA, disponible en intégralité :
