Animation 3D, Coulisses de la semaine

Entre horreur et médiéval fantastique, découvrez les coulisses de l’ambitieux court-métrage Skel

sélène et magnus

3DVF.com pour l'ESMA

8 minutes de lecture

D’une romance entre deux pions d’échecs à un conte médiéval fantastique aussi vibrant que tragique, l’équipe de Skel a fait le choix de la passion plutôt que de la raison.

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Un pari qui s’est avéré payant pour Elsa Baillehaiche, Marie Guérin Du Grandlaunay, Titouan Helias, Kimberley Hubert, Antonin Lemaitre, Benoit Perrigot, Tiphaine Toisoul et Ion-Teodor Vilceanu. Formée à l’ESMA Nantes, l’équipe a livré avec ce court métrage de fin d’étude une production de qualité, mettant en scène le dilemme d’un père tiraillé entre son devoir de général et sa volonté de sauver sa propre fille. 

Aux portes d’une cité abîmée par le temps, une bataille se prépare…

 “Il nous semblait important que toute l’équipe se retrouve dans ce film”

affiche film esma 3d 2024 skel

“Au départ, notre court métrage s’appelait Blitz et racontait la romance entre deux pions d’échecs. Autant dire que cela n’avait rien à voir avec ce qu’est le film aujourd’hui”, nous raconte Tiphaine Toisoul, parlant au nom de l’équipe. Mais cette prémisse ne suscitant que peu d’affect de la part des porteurs du projet, la décision de transformer le film a été prise comme une évidence. “On s’apprêtait à embarquer pour un an et demi de travail ensemble, il nous semblait donc important que tout le monde se retrouve dans le film et apprécie de travailler dessus.” 

En gardant l’affrontement entre deux camps adverses au coeur du récit mais en intégrant une profondeur et une psychologie à ses personnages, l’équipe souhaitait en effet soulever les questions morales liées à un tel choix, et dépeindre la complexité des choix et des dilemmes auxquels un individu doit parfois faire face pour le bien commun d’une société.

Un choix qui a également été nourri par la volonté de donner une identité visuelle forte au film. “C’est elle qui a servi de fil rouge pour réécrire le scénario. Notre volonté a toujours été de créer une direction artistique réaliste et brutale afin de renforcer la difficulté de la situation vécue par nos personnages.” 

Un univers entre dark fantasy, tragédie grecque et brutalisme

Derrière ce récit simple d’un père face au sacrifice de sa fille, l’équipe de Skel a mis en œuvre tout un monde fantastique, aux influences multiples. “L’idée a été de transposer notre société dans un univers fictif inspiré de la dark fantasy pour ajouter une dimension dramatique supplémentaire, à l’image des tragédies grecques telles qu’Antigone. Pour cela, il a fallu imaginer une culture à part entière qui viendrait influencer l’aspect visuel des personnages et de l’architecture.”

Inspirés par le court métrage d’animation canadien Distance ACT 1: The Peacock and the Sphinx d’Eddy Loukil, lui aussi puisant de nombreux éléments culturels d’anciennes civilisations et d’ethnies pour donner vie à sa confrontation mécanique dansante d’une grande beauté, l’équipe du film à mélanger les sources, créant une esthétique unique tour à tout inspirée de la Rome antique, du brutalisme, de la culture byzantine et du mouvement art déco.

“La cité et le pont, les deux principaux décors du film, ont ainsi demandé beaucoup de travail. Mais ce qui a été le plus difficile a certainement été la création du paysage autour des éléments architecturaux. Pour servir le récit, il nous fallait créer un décor aride, dépourvu de vie, inhabitable et enclavé pour démontrer l’impasse dans laquelle les populations se trouvent. Cela a suscité de nombreuses réflexions quant à la manière de traduire cette idée tout en la rendant techniquement réalisable.” 

Une esthétique rude, tranchante et brutale, qui se retrouve aussi dans les personnages et leurs armures, vêtements et accessoires. Avec un but avoué : plonger le spectateur dans un univers mystérieux et inconnu, tout en s’inspirant du réel pour rendre les personnages le plus crédibles possible. 

“Cela a d’ailleurs nécessité de nombreux ajustements lors de la production pour que tout fonctionne et que les personnages gardent une capacité de mouvement crédible malgré leurs armures. Nous devions par ailleurs réussir à transmettre toutes les émotions que les personnages traversent rien qu’avec les yeux. Le masque, symbole de mensonge et de manque de transparence de la part de la hiérarchie, dissimulant le reste du visage de nos protagonistes.”

Une foule de défis techniques

Avec des personnages complexes et réalistes, une foule de soldats et des décors extérieurs très imposants, l’équipe de Skel a placé la barre très haut, et a pris en main plusieurs logiciels afin de relever les nombreux défis techniques posés par ce projet.

“Nous sommes passés de Maya à Houdini et Solaris pour les assets et le rendu, deux logiciels qui pouvaient plus facilement supporter les foules et les lourdes scènes.

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Cependant, ça n’a pas été simple au départ de se familiariser avec ces nouveaux outils, et nous avons passé beaucoup de temps à créer un pipeline capable de rendre la centaine de plans prévus avec les foules, leur simulation de vêtements et le grooming des personnages principaux. Et en prime, à nous arracher les cheveux pour trouver l’origine de certains bugs !”

Finalement et malgré les moments de doutes, c’est la résilience, l’adaptabilité et la foi de l’équipe envers le projet qui leur a permis de dépasser ces difficultés et mener à bien ce court-métrage.

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“Tout le monde a trouvé sa place assez naturellement au sein de l’équipe. Nous avons eu la chance d’être tous très complémentaires, ce qui a permis à chacun de se concentrer sur les tâches et les étapes qu’il souhaitait réaliser.”

Un film entièrement repensé et réécrit de manière horizontale par les huit membres de l’équipe, dans une dynamique de collaboration où “tout le monde était sur un pied d’égalité pour proposer ses idées.”

 “Rendre un plan, c’est déjà une victoire en soi”

“L’un des moments marquants de cette année a probablement été la présentation, lors d’un des jurys mensuels, du tout premier plan que nous avions réalisé”, se remémore Tiphaine Toisoul. “Pour tout vous dire, il était vraiment très loin des attentes des enseignants, mais nous étions tellement heureux d’avoir enfin réussi à rendre un plan et de tester tout le pipeline que le reste nous importait peu.”

Une anecdote cocasse, un peu honteuse peut-être, mais que l’équipe garde en souvenir de cette expérience humaine et collective qui les a mené jusqu’à l’aboutissement du projet, et une première projection au cours de laquelle, se souvient Tiphaine, “nous avons réalisé à quel point tous nos efforts et réflexions avaient porté leurs fruits. Ce fut émouvant et très marquant. Nous sommes particulièrement heureux de l’émotion et de la réflexion que le film peut transmettre. Les personnages, la direction artistique et musicale tournent autour de cet enjeu, et avoir affiné chaque détail pour servir l’intention fut pour nous un grand challenge réussi.”

Raconter moins pour transmettre plus

C’est le principal enseignement que retient l’équipe de Skel de cette expérience, et aussi un conseil qu’ils souhaitent transmettre à toutes celles et ceux qui se lancent dans la réalisation d’un film d’animation. “Si nous devions retravailler le film différemment, nous aurions probablement opté pour une version du scénario plus simple. Le scénario final du film n’était pas adapté au format court-métrage et l’histoire prend selon nous beaucoup de place sur l’émotion.

Aujourd’hui, nous sommes convaincus que le format du court-métrage demande un scénario clair et concis; c’est donc en racontant moins que l’on peut transmettre encore plus.”

Un conseil basé sur une expérience de groupe à taille humaine, pour un projet où rayonne tant la créativité de ces étudiants que leur capacité à s’allier pour résoudre les défis techniques complexes que représentent la création d’un court métrage d’animation 3D tel que l’ambitieux Skel.

equipe skel

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