Un court-métrage Explosif
Explosif et dynamique, deux qualificatifs qui décrivent très bien ce court métrage signé ESMA, qui mêle habilement les codes du film d’action et de la comédie pour un résultat aussi absurde que délicieux.
Une réalisation signée Antoine Carayol, Thomas Garandel, Nicolas Gradelle-Llaurensou, Martin Hoffmann, Célina Malledant, Loïc Nivet, Léo Pennard et Quentin Renoux.
Pour mieux comprendre les origines de cette aventure du quotidien qui prend, au fur et à mesure des péripéties du film, des dimensions complètement démesurées, nous avons échangé avec l’équipe.
L’occasion de plonger dans les défis techniques et artistiques qu’a représenté ce projet coloré et pop, sélectionné au festival Jeunesse en Court et récompensé de la médaille de bronze au ESMA Graduation Show 2024.

Quel est le point de départ de Colis Suspect?
C’est une idée qui est née dans l’esprit d’Antoine Carayol pendant la 3ème année de notre cursus 3D à l’ESMA. L’intention de base était de réaliser un film comique absurde, ce qui a mené Antoine vers ce concept de valise inerte poursuivie par des militaires de la brigade d’intervention d’un aéroport. Par la suite, au fur et à mesure que l’équipe s’est étoffée, nous avons retravaillé et développé cette idée en groupe.
Nous nous sommes retrouvés à plusieurs amis dans l’équipe, des rigolos qui voulaient faire rire et amuser la galerie. Nous avons beaucoup été bercé par l’humour incisif et créatif que l’on retrouve sur internet aujourd’hui, mais nous nous sommes aussi inspirés de films comme Dernier Pub avant la Fin du Monde et Hot Fuzz du réalisateur Edgar Wright, ou Rubber de Quentin Dupieux.
Finalement, l’idée de départ n’a pas tellement changé, mais ce processus d’élaboration a été long à se mettre en place. D’autant que nous avions suffisamment de matière pour en faire un long métrage! Le défi à été de se contenir et de faire rentrer ce récit dans un format de court métrage de cinq à six minutes.

Comment avez-vous construit vos “personnages”?
En ce qui concerne les militaires, nous voulions des personnages aux expressions communicatives, tout en les traitant comme un groupe. Des clones qui agissent toujours ensemble, c’est pourquoi ils se différencient assez peu. En ce sens, nous nous sommes beaucoup inspirés des “Minions” d’Illumination.
Un design simple, mais expressif et différenciant, qui nous a permis de jongler entre un air sérieux et casse-cou à la Rambo ou Expendables, et un air beaucoup moins sérieux, voire enfantin, typique des minions.
Dans notre film, le GNGN est un groupe peu futé et leur paranoïa les pousse à réagir de manière exagérée. La valise devient un criminel à arrêter à tout prix, et le contraste entre la vision de ces personnages et la réalité d’une simple valise va appuyer le comique de situation.
La valise, de son côté, devait avoir un visuel ancien et susciter l’empathie par un aspect attendrissant, tout en restant basique afin de ne pas lui donner proprement « vie ». Chacun de ses déplacements reste l’effet d’un enchaînement de causalités.
Mais ces péripéties tendent à générer de l’empathie pour cette valise, ce que nous avons renforcé par des choix de cadrages qui donnent à la valise un vrai statut de personnage auquel on peut s’attacher.
Votre film mélange une esthétique 2D et 3D, à la fois dans ses effets mais dans son univers. Qu’est-ce qui comptait pour vous, dans ce mélange?
Nous avons le choix d’avoir un aspect très BD/manga qui s’accordait bien avec la direction que prenait notre histoire, et qui fait partie de références que nous partageons.
Pour le design des personnages, nous nous sommes inspirés de ceux de Dragon Ball créés par Akira Toriyama, mais aussi des Bad Guys de Dreamworks. Le tout, mixé à des références du studio de jeu vidéo Supercell (Brawl Stars, Clash of Clans, …) pour le reste de l’univers.

Le choix d’avoir des décors nombreux et immenses était déjà un défi à part entière, qui nous a demandé un gros travail de mise en place. Nous avons également décidé de dérouler notre récit sur une journée entière, ce qui nous a obligé à gérer le déroulement du temps au travers de l’éclairage du film et de nos différentes séquences. Tout en faisant attention aux raccords et au respect de cette temporalité, notamment dans une séquence où nous avons dû gérer le lever du soleil de manière fluide.
Quels ont été les principaux défis de cette production?
Gérer la taille de chaque plan en production, que ce soit en poids de scène ou en quantité et taille des décors, a été un long combat avec nos machines.
Au même titre que trouver les visuels de nos FX 2D (speed lines, smears, effets BD), qui ont été réalisés en 3D.
Pour régler ces problèmes, il n’y a pas de secrets : il nous a fallu optimiser beaucoup, faire de nombreuses recherches, et réaliser des tests, encore et encore.

Nous avons mixé plusieurs logiciels 3D, Maya, Blender, Houdini, ainsi que Substance et Nuke, afin d’obtenir le résultat le plus proche de ce que nous recherchions.
Comment vous êtes-vous divisé les tâches?
Au démarrage du projet, l’équipe était déjà répartie en quatre animateurs et quatre renderer, le reste de l’attribution des tâches s’est fait assez naturellement en fonction des affinités de chacun. Au-delà de cette répartition, nous sommes restés dans une optique d’entraide et de soutien mutuel.

Alors que le film n’était qu’à un mois de la date de rendu, nous avons connu une panne de serveur qui nous a fait prendre deux semaines de retard. Un défi supplémentaire dont nous nous serions bien passés.
Pour arriver au bout de ce projet, nous avons beaucoup compté sur la communication, l’entraide et une bonne dose de rigolade afin de garder la motivation intacte au sein de l’équipe, tout en présentant un film dont nous pouvions être fiers.
Que retenez-vous de ce projet aujourd’hui?
A posteriori, nous sommes fiers d’avoir réussi à mener à bien ce projet aux dimensions imposantes, mais surtout de la belle année que nous avons passée à travailler et à rire autour de cette collaboration. Pouvoir transmettre cette énergie au public est un vrai bonheur, et nous avons été ravis de voir le bel accueil qu’a pu recevoir notre film. Une aventure faite de team buildings cinéma, un lundi matin de panne de serveurs, mais aussi un projet qui nous a permis de faire dire des insanités à Alexis Tomassian, le doubleur de Martin Mystère, et où nous avons pu glisser deux sons de flatulence dans les effets sonores du film. Un humour d’une grande finesse, tout à fait dans l’ADN de notre projet.
Plus sérieusement, il est encore difficile de déterminer ce que nous aurions pu faire différemment, le film est encore trop frais dans nos esprits. Mais une chose est sûre, c’est que ce projet est tel qu’il est, à notre image et à la hauteur de nos capacités.
Notre conseil, pour celles et ceux qui travaillent sur leur film aujourd’hui? Communiquez avec vos camarades, ne prenez pas les choses trop à cœur. Et surtout, faites-vous plaisir!
Une belle énergie, qui se ressent également tout au long de cette montagne russe qu’est Colis Suspect.
