Jusqu’au jour où un nouveau professeur débarque à l’école, et vient chambouler sa fragile confiance en elle. Alors que la photo de classe approche, la jeune fille décide de prouver à son professeur ses capacités d’adaptation, en redressant sa tête.
Entre récit sur le harcèlement et puissante métaphore de l’acceptation de la différence, Reven utilise l’animation 3D (et plus particulièrement le rendu stop motion) pour donner vie au monde coloré de l’enfance, opposé à la rigidité des adultes. Un film qui met en avant des thématiques résolument actuelles, ainsi que la force du groupe, reflétant de manière subtile l’esprit de collaboration qui a permis à ce projet même d’aboutir.
Une réussite qui n’a pas échappé au Jury de l’ESMA Graduation Show 2024 (2e prix), ni aux programmateurs des festivals internationaux.

Alors que Reven a aujourd’hui récolté plus d’une dizaine de sélections dont le Cartoon Club, ainsi que de nombreux prix dont le Premier prix des enfants au festival Cinema for Change et le Premier Prix du Kidfestival, nous avons échangé avec Hugo Babey, Victor Barreau, Line Bossard, Chloé Hurard, Coralie Monnier, Mathilde Morin, Léna Ripoche et Tanguy Salaün autour de ce film touchant, animé avec une grande finesse. Découvrez les coulisses de cette production ci-dessous.
Traiter le handicap et la différence dans un monde inflexible
Ce sont ces thèmes qui ont été à la genèse du projet, nous confie l’équipe du film. Parler du handicap et de la notion de différence, au travers d’un personnage à la tête penchée mais néanmoins vivante et solaire, afin de traduire un regard alambiqué et tordu sur le monde qui l’entoure. “Cette direction nous a permis de traiter tant du handicap physique que psychique, et des difficultés rencontrées par notre personnage dans un monde droit, gris et inflexible. Une histoire qui a ensuite évolué au fur et à mesure de la constitution de l’équipe, chacune et chacun apportant de nouvelles idées, de nouvelles anecdotes et une nouvelle énergie au récit.”

Entre crédibilité et cohérence, une direction artistique plurielle
Pour définir ses personnages, ainsi que l’univers de ce projet, l’équipe de Reven a exploré différentes directions avant d’arrêter leurs choix sur une animation 3D au rendu stop motion, directement inspirée de l’esthétique des studios LAIKA.
“Nos choix esthétiques sont un mélange des différentes directions artistiques que chacun et chacune affectionnait, et voulait explorer”, souligne l’équipe. “Nous avons essayé de les mélanger tout en gardant une cohérence et un style propre à notre projet, ainsi que l’efficacité narrative nécessaire au format court-métrage.”

Une harmonie qui passe également par l’équilibre subtil établi entre les différents personnages qui gravitent autour de Reven, protagoniste principale de ce récit à la fois simple mais impactant. À l’image de Paranorman, Coraline et autres jeunes héros des studios LAIKA, Reven est un personnage en stop motion qui n’est pas exempt de défauts, aux particularités singulières qui la rendent d’autant plus unique et attachante.

Une singularité qui se retrouve également dans les décors où évolue la jeune fille, colorés et alambiqués, en opposition avec la salle de classe stricte et austère où Reven se sent de moins en moins à sa place.
“Cette différence de styles nous a permis de montrer que dans le monde de Reven, tout est à sa place, même de travers. Chaque personnage a ses propres particularités et ses propres imperfections, une approche qui reflète également notre envie commune de pouvoir chacun créer un film qui nous ressemble et qui nous plaît.”

Une approche qui n’a pas été sans obstacles, comme se souvient l’équipe : “La maison et ses décors nous ont posé pas mal de problèmes, avec son architecture penchée et tordue. Celle-ci devait s’intégrer dans le style du lotissement américain avec ses grandes maisons identiques, de manière à la fois fluide mais distincte. Parallèlement, l’ambiance lumineuse du film était aussi un vrai challenge puisqu’en une séquence, on passe d’un lighting de début de soirée chaleureux à un lighting de nuit presque horrifique, en quelques plans seulement.”
Des défis que l’équipe a su relever en travaillant de concert, pour un résultat bluffant.
Communication, solidarité et détermination : les clés d’un succès
Pour ces étudiants, le choix du rendu stop motion en 3D a sans aucun doute représenté la plus grosse difficulté du projet. “Chaque étape de la production devait avoir l’air d’être réalisée à la main. De plus, nous avons imaginé quatorze enfants différents, tous avec une personnalité et un physique uniques, ce qui a nécessité énormément de travail et de réflexion. Enfin, l’intégration de la technique du split-screen nous a demandé beaucoup de rigueur pour que celle-ci reste dynamique et cohérente dans l’ensemble du film.”

Pour venir à bout de ces défis techniques, l’équipe a mis en place de nombreux outils et méthodes d’optimisation de la production, avec une modélisation commune suivie d’une répartition des tâches selon les spécialités de chacune et de chacun.
“Pour créer notre quartier, nous avons utilisé la modélisation procédurale afin de simplifier le processus. En ce qui concerne nos personnages, nous avons utilisé un auto rig pour nos 15 personnages et réalisé plusieurs coupes de cheveux et vêtements pour créer des looks uniques. Malgré tout, nous avons eu beaucoup de moments de doute, notamment à cause de la quantité de travail à fournir, et des standards de qualité constants qui devaient être maintenus sur tout le film. Finalement, ce sont la communication et la solidarité qui nous ont permis de mener ce projet à bien, ainsi qu’une solide détermination.”

Leur conseil : faites quelque chose qui vous plaît et qui vous ressemble
Alors que Reven poursuit son parcours en festival, l’équipe est fière d’avoir pu produire un film qui convainc tant les professionnels que le public. “Nous avons eu l’occasion d’échanger avec de nombreux spectateurs, leurs commentaires nous touchent à chaque fois. Avec le recul, nous avons bien sûr nos réserves sur le film, mais nous sommes arrivés à un final qui nous convient (presque) parfaitement.”
Leur conseil pour les étudiants qui réalisent aujourd’hui leur projet de fin d’études? “Il faut accepter de se tromper et de recommencer pour repartir du bon pied. Nous avons fait et refait nos designs tellement de fois… On peut toujours s’améliorer sur la gestion de la production et du temps attribué à chaque tâche. Mais au final, on donne tout ce qu’on peut et c’est déjà plus que suffisant.”
Et l’équipe de conclure : “prenez du recul sur ce que vous faites, ne soyez pas trop dur avec vous-même, soyez sincères et à l’écoute dans ce que vous souhaitez raconter. Faites quelque chose qui vous plait et vous ressemble, le public le sentira dans votre film.”

Un conseil qui s’est avéré payant pour ces étudiantes et étudiants, dont le court-métrage continue aujourd’hui de toucher les spectateurs du monde entier.
Découvrez dès à présent Reven, un film de fin d’études 2024 signé ESMA, disponible en intégralité :
