Animation 3D, Coulisses de la semaine

Dans les coulisses de Pearl, danse envoûtante et libératrice signée ESMA

pearl et sa mere

3DVF.com pour l'ESMA

12 minutes de lecture

Alors qu’elle s’apprête à briller sur scène, Pearl, une jeune Drag Queen doit affronter ses traumatismes et le regard de ses proches pour s’affranchir de son passé, et accéder à sa véritable identité.

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Réalisé en 2025 par Aurélien David, Yaël Balanca, Thomas Corvalan, Emma Ohlicher, Lisa Soulie, Sabine Fabbiani, Julien Commercon, Erwan Brahmi et Meïssan Couren, Pearl est un court-métrage ESMA qui dénote par sa palette graphique chatoyante, tout en étant porteur d’un message d’espoir et d’acceptation de soi tout à fait nécessaire aujourd’hui.

Pour mieux comprendre les motivations qui ont porté l’équipe durant ce projet de longue haleine, nous avons échangé au cours d’un long entretien. Des coulisses à découvrir ici.

Comment est né Pearl ?

Notre film est né d’un pitch réalisé pendant la 3ème année d’étude, sur l’idée d’un membre du groupe qui est ensuite devenue la nôtre. Mais le film a bien évolué depuis!

affiche film pearl

Quelle était l’idée de départ, et comment a-t-elle évolué au fil du temps?

Au départ, Pearl (notre personnage principal) devait passer une audition pour un  show de cabaret. Un des membres du jury ne voulant pas de lui dans son show tente de le pousser à la faute, et c’est là que se trouvait notre conflit. Ce projet était basé uniquement sur l’acceptation de soi et mettait en avant une société qui pouvait à la fois rejeter ou accepter la différence.

Malgré l’évolution du projet, notre idée de base est restée la même. Il a toujours été question de faire triompher la petite étincelle qui nous fait briller et qui nous rend unique. Le film a pour but de faire comprendre une réalité méconnue de certains, mais aussi d’apporter un soutien aux personnes concernées.

Il nous manquait malgré tout une dimension universelle qui pouvait réellement parler à tout public. C’est alors que l’idée de la famille  nous a paru comme une évidence. 

Qu’est-ce qui vous a guidé dans vos choix narratifs ou esthétiques ?

En termes d’esthétique, nous avons rapidement fait le lien entre l’art du Drag et l’Art Nouveau. Après plusieurs itérations artistiques, nous avons arrêté notre choix sur quelque chose d’original, de propre à nous même mais en même temps réalisable en 3D.

Du côté narratif, nous avons essayé d’interviewer des Drag Queens pour connaître leurs vécus, et nous nous sommes également renseigné sur la dysmorphophobie [trouble mental caractérisé par une obsession excessive pour un défaut physique imaginaire ou très léger, causant une détresse importante et un isolement social, NDLR] dont notre personnage souffre.

En équipe, nous avons aussi beaucoup parlé de nos expériences personnelles, du poids du regard des autres, de la dimension familiale, du rejet … Forcément, ça nous a aidé à écrire les personnages et à créer des relations crédibles entre eux !

Notre maître mot a toujours été l’émotion et le réalisme du scénario. Il fallait rendre hommage à un art qui est très engagé et à la fois flamboyant.

Une fois ces bases posées, comment avez-vous conçu vos personnages principaux ?

Il y a eu énormément d’ébauches avant de savoir dans quelle direction nous allions nous diriger, même si au travers du choix de Pearl comme prénom, nous étions déjà dans une recherche de thème aquatique. 

Au début, Pearl devait avoir des tresses, ou des cheveux beaucoup plus courts, mais nous avons à chaque fois essayé de trouver un entre-deux pour garder des personnages ancrés dans notre style Art Nouveau mais en même temps pas trop difficiles à rigger et animer.

chara design pearl perso principal

Nous nous sommes bien sûr beaucoup inspirés de véritables Drag Queens pour voir comment leurs tenues étaient conçues, et comment elles pouvaient être à la fois extravagantes et pratiques pour la danse.

tenue pearl

C’est pour cela que la tenue finale de Pearl lors de son show est très proche du corps tout en restant fancy et pleine de jolies perles. De même, ses cheveux ont été conçus de sorte à ce que ceux-ci soient compatibles avec le voguing, le style de performance que Pearl réalise.

La plupart des artistes que nous avons pris en références s’inscrivent plus ou moins dans ce registre : Nanako, avec son traitement graphique et le trait de ses personnages épurés; Mucha pour ses cadrages, ses courbes, ses coupes de cheveux ainsi que leurs traitements graphique; le film Tous en scène des studios Illumination, pour son traitement des lumières et la mise en scène de leurs shows. Enfin, nous nous sommes également inspirés de clips de K-pop pour dynamiser le montage et les divers plans de la performance.

Quels ont été les plus gros défis pour rendre ces personnages uniques?

Le plus gros défi a été de réussir à faire en sorte que nos trois personnages très différents morphologiquement soient crédibles et fonctionnent côte à côte. Le personnage de Katelyn n’est pas fait pour être attachante, son chara design est un parfait mélange entre un design assez droit, anguleux, et une animation qui la rend froide et détachée. Au contraire, Diva La Vida (la mère Drag de Pearl) est une personne solaire, mignonne, elle est faite pour qu’on l’aime. Elle possède des couleurs chaudes et une animation qui la rend tendre et enjouée. Pour Isaac/Pearl, le plus important a été de jouer avec le regard car il fallait à la fois le rendre touchant, victime de sa situation et sûr de lui à la fin.

Au-delà des personnages, comment avez-vous défini l’univers du film ?

Notre film s’inscrit dans l’univers du drag, envisagé comme une démarche de libération de l’identité et du genre, mais aussi comme une ouverture vers de nouvelles formes d’arts scéniques. À travers notre personnage principal, nous avons cherché à explorer le drag comme un espace d’expression totale, à la fois intime, politique et esthétique.

L’Art nouveau, mouvement de rupture et de renouvellement, nous a intéressés par sa conception de l’art comme un ensemble global capable d’occuper tous les espaces, y compris ceux du quotidien. Cette vision fait écho au drag, qui transforme le corps et l’existence elle-même en terrain de création.

Par son émancipation des modèles anciens et son exploration de thèmes tels que la figure féminine, la nature et l’asymétrie, cet art a nourri notre réflexion visuelle et symbolique, en résonance avec les enjeux d’identité, de métamorphose et de liberté portés par le film.

Quel élément de cet univers filmique vous a donné le plus de fil à retordre ?

Sans hésitation, la partie restaurant du cabaret, et plus précisément le public. Nous voulions absolument un public en 3D, et avons dû partir des personnages de base et faire des déclinaisons de cheveux, taille, corpulence, etc.

Donc refaire des rigs ainsi que des textures pour chacun d’entre eux. Pour l’anecdote, chaque membre de l’équipe figure dans le film, à vous de les retrouver…

créa environnement

Quelles ont été les principales difficultés techniques rencontrées ?

La réalisation globale de notre DA a été assez compliquée, notamment en texture et compositing. Il fallait à chaque fois innover sur des techniques, c’était extrêmement long et le style demandait beaucoup de rigueur. Les textures ont demandé énormément de temps, sachant qu’il y avait toujours des retouches à faire sur certaines maps qui ont été créées spécialement pour notre compositing et qui ont subi de nombreux tests en compo pour vérifier leur efficacité.  

keyshots film

La mise en place du template de compositing a également été un gros défi car il fonctionnait très bien sur des frames sans animation mais pour les shots où ça bouge beaucoup, il a fallu corriger énormément de bugs et trouver des astuces.

Sans oublier tous les ajouts sympas qui ont été trouvés un peu au hasard et que l’on a dû ajouter à tous les shots pour uniformiser le tout.

L’animation a également demandé beaucoup de travail, car il y avait pas mal de personnages. Il fallait créer pleins de boucles différentes pour le public afin qu’il paraisse crédible et naturel, mais surtout, la danse de Pearl était la partie la plus complexe pour nos animateurs, il fallait réussir à faire concorder les plans et être en rythme avec la musique…

Comment avez-vous relevé tous ces défis, et quels outils avez-vous utilisés pour y parvenir?

Pour le texturing, nous avons fait énormément de recherches, et réalisé beaucoup de tests. Nous avons travaillé avec les artistes compo, qui nous ont donné des retours à chaque étape sur ce qui marchait ou non. Et c’était un peu la même chose en compositing, où on avait besoin du travail des texture artists pour faire des tests et savoir ce dont nous avions besoin. 

Le template a donc été construit très progressivement, chaque problème trouvé était traité individuellement, et les ajouts intéressants trouvés lors d’expérimentations, ont été standardisés et intégrés dans tous les shots ! C’était globalement beaucoup de communication et d’échanges entre départements, c’est vraiment ça qui nous a permis de trouver des solutions rapidement.

pearl en drag

Comme nous étions plusieurs par matière, nous faisions plusieurs recherches et tests en simultané !

Pour l’animation, on a fait énormément de références vidéos, et on ne s’est pas contenté de ce que l’on pouvait trouver sur internet. Nous nous sommes mis en scène, et avons contacté un danseur qui pratique le wacking [danse urbaine née dans les années 1970 au sein de la communauté gay underground de Los Angeles, caractérisée par des mouvements de bras rapides et rotatifs, des poses théâtrales et une forte expression émotionnelle, NDLR] pour pouvoir le filmer en motion capture et observer ses mouvements sous tous les angles (merci Kenthyn)! Enfin, nous avons fait beaucoup, beaucoup de rendus (playblast) pour vérifier la continuité et détecter les incohérences entre les plans.

Comment s’est passée la répartition des rôles et le travail en équipe ? 

Nous avons réparti nos tâches en fonction de nos préférences personnelles et avons débattu ensemble de comment chaque membre de l’équipe pouvait exploiter au mieux ses talents. C’est en communiquant, en nous soutenant les uns les autres, et en étant à l’écoute que nous avons accompli un travail dont on peut tous être fiers.

Est-ce qu’il y a eu un moment où vous avez cru que le projet n’aboutirait pas ?

Oui, plusieurs fois. La direction artistique représentait un défi ambitieux au regard du temps imparti. Nous avons choisi d’assumer cette exigence, en adaptant notre organisation pour la rendre viable. Nous avons persévéré dans notre vision et avons finalement réussi !

Selon vous, qu’est ce qui vous a permis de mener ce projet à bien? 

Honnêtement, la bonne ambiance, l’écoute et l’entraide générale nous a permis de toujours réussir à surmonter les difficultés sans trop d’encombres. Chaque lundi, nous faisions un petit déjeuner tous ensemble, cela nous permettait à la fois de passer un bon moment et de faire la première réunion de la semaine dans une ambiance détendue. Le fait que le groupe soit très soudé et que personne n’ai eu d’ego surdimensionné a été un énorme plus. Nous n’aurions pas pu rêver mieux en termes d’humanité, un thème important dans notre film et qui s’est bien reflété dans la team Pearl !

Nous sommes fiers d’avoir réussi à créer un film engagé, qui nous plait esthétiquement et qui traite d’un sujet à la fois d’actualité et qui est important pour nous. Nous pensons que ces sujets sont très importants, dans un monde où l’incompréhension et l’ignorance face aux thèmes LGBTQIA+ est un danger et tue encore.

photo de groupe pearl

Quels conseils donneriez-vous aux étudiants qui réalisent aujourd’hui leur film?

Ce que l’on pourrait dire aux étudiants qui réalisent leur film aujourd’hui, c’est d’abord de profiter de cette expérience ! C’est une chance unique de réaliser son film et de pouvoir en faire exactement ce que vous voulez. N’ayez pas peur de montrer votre travail le plus possible, vos tests et de poser plein de questions aux professeurs, mais pas que! Même si parfois les réponses peuvent faire mal, ce sera toujours bénéfique pour vous, ça améliore la qualité du film et ça aide potentiellement à résoudre des problèmes tôt.

Communiquez bien tous ensemble, soyez bienveillants car tout le monde fait de son mieux, mettez votre égo de côté car vos idées ne seront pas toujours retenues mais ce qui compte c’est le film, et de faire les meilleurs choix pour celui-ci, ça n’enlèvera  rien à vos compétences. Faire beaucoup de tableaux et prendre le temps de s’organiser enlève beaucoup de stress, notez toujours tout ce qui vous passe par la tête, gardez toujours une trace écrite, vous gagnerez un temps fou.

Enfin et surtout, ne mettez pas votre santé en péril, c’est important de bien dormir, de bien manger, il faut rester en forme pour pouvoir donner son maximum !

Découvrez dès à présent Pearl, un film de fin d’études 2025 signé ESMA, disponible en intégralité :