Avec l’intention de se jouer de leur camarade Basile et de lui faire une belle farce, Arthur et Paul poussent le jeune blaireau à la recherche du Meles. Mais les choses ne vont pas se dérouler comme ils l’entendent…
Coup de cœur du public au ESMA Graduation Show 2024, Le Meles surprend par son atmosphère sombre et impitoyable, et par le travail d’ambiance que l’équipe insuffle à ce récit angoissant.
Une plongée brutale dans un monde qui l’est tout autant, et qui laisse une forte impression à quiconque le découvre sur grand écran.
Pour mieux comprendre les défis qui ont été ceux de cette production, nous avons échangé avec Léonore Bialet, Samy Achard, Nèfyse Delavier, Leo Cubero, Agathe Casoliva, Medhi Simonnet, Clémence Honorez et Célia Tempestini autour de ce projet choc.

Tout d’abord, bravo pour le film! Pouvez-vous nous expliquer comment est né ce projet?
L’idée de base était de reprendre les codes des dessins animés à destination d’un public jeune, avec des petits animaux mignons qui partent à l’aventure. Notre personnage principal, Basile le petit blaireau, se fait malmener par ses camarades, et doit prouver sa valeur aux autres pour faire sa place. Mais ici, contrairement aux films que nous évoquions plus tôt, les choses se terminent différemment.

En termes de processus de création, nous devons reconnaître que notre idée a assez peu évolué entre sa naissance et le film final. Nous sommes restés fidèles à notre vision originale. Nous avons par contre beaucoup raccourci le scénario, et revu nos ambitions à l’échelle de notre petite équipe.
Ce qui était important pour nous, c’était de voir la transformation de notre créature à l’écran, et de voir le petit village de blaireaux dans lequel nos protagonistes évoluent.
À l’origine, nous avions également un quatrième jeune blaireau qui devait accompagner la petite troupe, beaucoup plus en retrait que les autres mais qui restait passif face au harcèlement du plus jeune. À travers ce personnage, nous souhaitions faire passer le message que quiconque laisse se perpétrer la violence en est tout aussi coupable. Mais ceci a finalement été coupé afin de pouvoir finaliser le film dans les temps impartis.
Qu’est-ce qui vous a guidé dans vos choix narratifs et esthétiques ?
Nous avons souhaité partir sur une esthétique réaliste, donc sombre. Pas de nuit américaine bleutée comme on en voit souvent, seulement des ombres noires et très marquées. Nous voulions un réalisme cru pour accentuer notre propos : dans la vraie vie, tout ne finit pas bien.
L’univers du film se veut celui d’une fable semi-réaliste avec une touche de fantastique plutôt lugubre. Ici la magie ne résout pas les problèmes. Elle tue. Nos références les plus notables ont été Mason’s Rats de l’anthologie Love, Death and Robots pour le design stylisé mais réaliste de nos personnages, ainsi que la bande dessinée Scurry signée Mac Smith, pour la mise en scène avec ses petits animaux perdus dans une forêt où le danger se cache derrière chaque branche.

En parlant de forêt, celle-ci nous a donné pas mal de fil à retordre. On pourrait croire que puisque les arbres sont placés aléatoirement, il n’y aurait aucun souci à se faire. Cependant, ceux-ci nous ont causé pas mal d’ennuis, et ce du début jusqu’à la toute fin de la production. Modéliser de si grands conifères demande en fait énormément de ressources, et nous devions en plus les placer de sorte à ce qu’ils ne gênent ni la visibilité de l’animation (tout en collant à notre storyboard), ni ne bloquent nos sources de lumière ! Nos artistes lightning ont eu de sacrées surprises…
Pouvez-vous nous en dire plus sur vos personnages?
Nous avons joué sur les stéréotypes de fiction afin de rapidement présenter nos personnages. Le plus petit est timide et se fait harceler. Le plus grand est méchant et il a son propre sous-fifre pour le mettre en valeur et l’aider à exécuter ses plans.
Le plus petit est timide et se fait harceler. Le plus grand est méchant et il a son propre sous-fifre pour le mettre en valeur et l’aider à exécuter ses plans. La sage chamane éduque et cherche à guider les blaireautins.
Pour développer cette dernière, nous nous sommes beaucoup penchés sur la chamane présente dans le film Frère des Ours des studios Disney, mais aussi sur la sorcière de Rebelle.
Nous voulions une figure de sagesse à la fois loufoque mais autoritaire. Ce qui était clair pour nous, c’est que cinq minutes pour présenter tout un univers, ses personnages, ses enjeux, son déroulement et obtenir une fin satisfaisante est une tâche ardue.
C’est pourquoi nous nous sommes résolus à utiliser ces quelques stéréotypes scénaristiques, pour aborder un thème connu de tous.
De nombreuses personnes ont été victime de harcèlement étant plus jeune, et reprendre cette thématique ici aide à faire le lien avec le public.
Quelles ont été les principales difficultés techniques que vous avez rencontrées?
Notre court-métrage était assez gourmand en ressources, notamment en CFX avec ces cinq personnages poilus, ainsi que notre fameuse forêt.
Pour pallier ces difficultés, nous avons pris la décision de travailler avec une pipeline USD. Un choix qui a impacté l’ensemble des étapes de notre pipeline, et nous a poussé à utiliser des logiciels différents de ceux que nous avions l’habitude de prendre en main. Pour l’utiliser correctement et surtout efficacement, nous avons eu la chance de bénéficier d’un coaching adapté.

En termes humains, notre équipe s’est également heurtée à un déséquilibre dû à des spécialisations différentes de celles qui étaient nécessaires à notre production. Chaque membre de notre équipe était spécialisé dans des compétences qu’il a acquis au fil de son cursus à l’ESMA, mais nous n’avions qu’une artiste lightning, et un seul artiste fx et comp.

De plus, l’un de nos membres a souffert de problèmes de santé et a dû quitter l’équipe quelques semaines après la rentrée. Enfin, nous avons toutes et tous touché au grooming durant notre parcours, mais jamais en profondeur.
Pour pallier toutes ces difficultés, nous avons chacune et chacun appris de nouvelles compétences, afin de mieux répartir les tâches et de pouvoir alléger la charge de travail de nos lead artists.
Nous avons également pu compter sur l’aide de quelques intervenants extérieurs qui nous ont accompagnés (comme pour le cfx par exemple), et nous avons eu la chance d’accueillir un assistant en comp à la toute fin de la production.
Est-ce qu’il y a eu un moment où vous avez cru que le projet n’aboutirait pas ?
Bien sûr. Nous avons eu beaucoup de doutes face à l’ambition de notre projet, surtout de la part du corps enseignant qui nous suppliait de revoir nos aspirations à la baisse afin de pouvoir sortir le film. Nous les avons écoutés pour la plupart, mais nous n’avons jamais perdu nos objectifs de vue, et surtout nous n’avons jamais baissé les bras. C’est notre ténacité (et le fait que nous soyons une équipe très têtue) qui nous a permis de mener le projet à bien. Nous étions déterminés à prouver aux gens qui ne croyaient pas en nous qu’ils avaient tort. Alors on l’a fait, et nous avons même décroché le prix du public au passage.
Qu’est-ce qui vous rend le plus fier aujourd’hui?
Avoir réussi à terminer le film, d’en être satisfait. C’est difficile en arrivant en quatrième année de se voir capable de produire un court-métrage à nous tous seuls, il y a tellement de choses à faire qu’on ne sait pas par où commencer.
Le voir aujourd’hui, après avoir tellement douté de nos compétences et tellement donné de notre personne et de notre santé pour le mettre au monde, c’est aussi une fierté.

Avez-vous une anecdote de production à partager, un souvenir qui vous a marqué?
Avec le recul, nous avons tellement modélisé et riggé de props qui n’apparaissent finalement pas à l’écran. Au moins trois sceptres différents pour notre chamane et un bâton que notre harceleur devait utiliser pour frapper le petit Basile, qui sont tous passés à la trappe.
Sans compter tous les meubles et bibelots chez la chamane que notre unique rendereuse à passer des week-ends entiers à texturer, et qui passent finalement inaperçus en étant cachés par un personnage ou par l’ambiance sombre de la tanière.
Un conseil : prévoyez mieux vos layouts que nous.
Découvrez dès à présent LE MELES, un film de fin d’études 2024 signé ESMA, disponible en intégralité :
