Qui de ces deux camps l’emportera, entre les soldats de la corporation intergalactique S.O.U.R.C.E., et les populations locales? Après d’âpres batailles, il ne reste aujourd’hui que deux soldats, un dans chaque camp. Aux commandes de leurs méchas, ils sont prêts à en découdre. Mais à quel prix?
D’emblée, S.O.U.R.C.E. se positionne comme un puissant court-métrage de science-fiction, doublé d’un récit d’anticipation aux accents climatiques évidents. Le travail d’animation 3D réalisé par l’équipe d’étudiants prend aux tripes, et nous plonge dans cet affrontement titanesque à l’atmosphère captivante.
Comment Louis Bonnaud, Anton Markov, Pierre Lopez, Adrien Gouloubi, Ludovic Vacher, Mathieu Hebrard, Maxence Porelli, Evana Mingsisouphanh et Alexandre André sont-ils parvenus à réaliser ce tour de force? C’est ce que nous vous proposons de découvrir ici.

Un univers complexe autour d’une idée simple
C’est sur une idée de Louis Bonnaud que S.O.U.R.C.E. naît. Court-métrage de dernière année pour cette équipe de neuf étudiants, le projet est avant tout un condensé de leurs passions et de leurs idées, nous confient-ils en interview. “Chacun était fan de robot ou d’univers post-apocalyptique à son propre niveau, que ce soit au travers des anime ou du cinéma.

Nous avons allié ces passions pour créer un univers autour d’une idée simple : traiter la guerre au travers de cet affrontement, tout en mettant l’écologie au centre de ce conflit pour faire résonner le film auprès du public.”
Exploration cinématographique de la futilité de la guerre et des enjeux cruciaux que la pénurie d’eau potable fait peser sur notre planète, S.O.U.R.C.E. est un récit sombre issu des nombreuses itérations de l’équipe, où les enjeux sont cristallisés par ce duel titanesque. Une concision qui a permis aux porteurs de projet de catalyser les motivations de leur personnage, mais aussi leur trame narrative autour d’un sujet central.
“Pour nous, le film se centre sur la condition humaine, la responsabilité collective envers notre planète et la nécessité urgente de repenser notre relation à l’eau, à la guerre et à notre environnement.
Nous voulions remettre en question les actions de notre société, et inviter à contempler un avenir où la coopération et la préservation de notre planète sont prioritaires sur la destruction mutuelle, et le profit au bénéfice de conglomérats égoïstes.”
Car la corporation pour laquelle travaille l’un des pilotes, S.O.U.R.C.E., est une métaphore à peine voilée des multinationales modernes, où le profit passe avant l’humain.
Un message que l’équipe réussit parfaitement à intégrer à son film, au travers de ces protagonistes littéralement broyés par leurs machines.
Deux personnages que tout oppose, ou presque
Pour donner à ce duel épique toute sa profondeur et son humanité, l’équipe a construit deux protagonistes radicalement différents, tant au travers de leur personnalité que de leur mecha, miroir de celle-ci.
Rick, dernier gardien de l’Oasis, est loyal et sert la corporation sans broncher, malgré la violence intrinsèque de sa mission.
Son Mecha, “Shark”, est aussi racé que moderne, reflétant la technologie avancée et le budget faramineux de l’entreprise pour laquelle il travaille aveuglément.
Face à lui, Zeke, seul survivant de la tribu indigène à laquelle la corporation subtilise l’eau, est un homme déterminé, qui cherche à survivre malgré tout.
Un récit qui se retrouve dans son Mecha “Goliath”, un robot massif mais puissant, construit avec l’énergie du désespoir à partir de pièces réassemblées.
Comment faire transparaître ces histoires complexes au travers d’un court métrage de quelques minutes? C’est le tour de force de ce projet, qui réussit par ses décors, par son atmosphère et par les subtiles expressions insufflées à ses personnages à donner toute la profondeur d’un récit qui va bien au-delà de cet affrontement.
“Chaque aspect est important pour que les personnages s’incorporent de manière harmonieuse à la narration. Pour cela, il nous a fallu les rendre crédibles dans leurs réactions autant que dans leur apparence. Leur créer un passé nous a permis de les faire vivre, et à gagner en crédibilité. Ce sont tous ces détails, autant physiques que mentaux, qui donnent à nos personnages et au récit leur profondeur.”
Un récit pétri d’influences multiples, à commencer par les anime japonais.
Un hommage au genre
“Ce qui nous a guidé en premier lieu est la volonté de rendre hommage à la culture japonaise et aux animes de mechas, comme les séries Gundam ou Evangelion”, précise l’équipe. “En mettant au centre de notre projet cet affrontement emblématique de ce type de séries, mais aussi au travers de la récupération d’un style d’émotions, ou le cadrage de certains plans, c’est toute l’animation japonaise qui nous a inspiré.”
Des inspirations que l’équipe est également allée chercher dans la communauté d’artistes amateurs du genre, ainsi que dans d’autres univers comme celui de Pacific Rim, ou encore du jeu vidéo Overwatch.

Définir un univers, entre science-fiction et futurisme
Pour dessiner l’arène où évoluent ces combattants, l’équipe du film est partie de zéro, refusant toute contrainte spatiale ou temporelle. Après de multiples itérations, c’est un désert aride aux teintes bleutées qui a été choisi pour ce duel, sous un ciel menaçant annonciateur de la bataille imminente.
“Nous nous sommes inspirés d’artistes comme Pascal Blanché pour éviter un éclairage trop réaliste, tout en variant les couleurs pour sublimer les visuels des robots et de la station. Cette dernière, assemblage de métal et de béton, est inspirée de décors issus d’univers de science fiction, tels que celui du jeu vidéo Anno 2070.”
Ces ambiances singulières ont donné beaucoup de fil à retordre à l’équipe, notamment au niveau du lighting qui a joué un rôle crucial dans la compréhension de l’action et sa lisibilité.
“C’est également cette étape qui nous a causé de nombreux tracas pour les plans à l’intérieur du cockpit, et nous avons dû apporter un soin particulier à ces lights, ainsi qu’aux textures, avec plusieurs repasses.
Le compositing a été réellement une étape cruciale de notre production.”
De très nombreux défis techniques, à la hauteur de l’ambition du projet
Au-delà des problèmes rencontrés dans la gestion des décors, dont le gigantisme a causé plus d’un souci à l’équipe, c’est tout l’équilibre entre réalisme et animation qu’il a fallu définir, tout en tenant compte des contraintes techniques du projet.
“Dans un film de ce type, chaque détail est crucial, et nous avons constamment dû trouver un équilibre entre le « réalisme » véhiculé par les textures des environnements et des personnages et le style « illustratif » inspiré de nos références animées. Le temps passé en R&D a été considérable, même s’il fallait tenir compte de nos contraintes temporelles. C’est Evana Mingsisouphanh, la seule artiste lighting/compositing de l’équipe, qui nous a formé aux bases, afin que nous puissions à notre tour lui venir en aide pour pouvoir garantir le rendu final du projet.”
Pour faciliter cette étape, l’équipe a eu recours aux Light Path Expressions (LPE), afin de garantir une maîtrise totale de la lumière, et une cohérence de celle-ci au travers du film.
Réputé pour sa capacité à gérer des simulations et des scènes complexes, Houdini s’est avéré un outil essentiel pour gérer non seulement l’immensité des mechas, mais aussi les effets spéciaux (FXs) nécessaires au combat.
En combinaison avec le moteur de rendu Arnold, l’équipe a utilisé les atouts des deux logiciels pour obtenir d’une part un éclairage dynamique et des aperçus rapides, et de l’autre une qualité optimale des rendus finaux. Et ce, en gardant un contrôle total sur l’éclairage, partie intégrante du récit.
Une multitude d’outils et de techniques, où chaque membre de l’équipe a pu faire valoir ses compétences, et mettre à l’épreuve ses capacités et sa créativité.
Le partage comme clé de la réussite du projet
Dès le début, l’équipe de S.O.U.R.C.E. a adopté une approche collaborative pour l’élaboration du projet, et pour surmonter les défis techniques liés à l’apprentissage de nouveaux outils. Une approche qui a d’ailleurs dépassé les limites même de l’équipe, au travers d’échanges avec les autres porteurs de projet, et l’ensemble des élèves de la promotion.
“En parallèle, nous avons établi une répartition des tâches bien définie et nommé plusieurs chefs de production, qui supervisaient l’attribution des rôles et des missions en fonction des compétences et des expertises, tout en gardant un œil sur les différentes deadlines de notre calendrier.”
De quoi garantir une division équitable, efficace et harmonieuse du travail, même si le projet a bien sûr connu ses moments de tension.
Mais au travers d’une planification rigoureuse, d’un contrôle qualité régulier et de réunions hebdomadaires, S.O.U.R.C.E. a pu voir le jour avec succès. Un film à la hauteur de ses ambitions, et une véritable satisfaction pour le groupe.
“Au final, ce sont les compétences et la détermination de chacun, ainsi que les très nombreuses heures de travail de toutes et tous qui ont permis de rendre ce film possible”, souligne l’équipe.“

“Faites-vous confiance, et allez de l’avant”
C’est le conseil que l’équipe de S.O.U.R.C.E. souhaite transmettre à celles et ceux qui travaillent aujourd’hui sur leur projet artistique. “Ne voyez pas trop grand et ne soyez pas trop ambitieux même si c’est très tentant, car l’année passe vite. La qualité du film viendra d’elle-même si vous vous concentrez sur des éléments bien précis, et que vous les utilisez à leur maximum. Ajouter des couches de scénario ou de personnages qui finiront par être sous-exploités n’a pas de sens. Faites-vous confiance, ne perdez pas trop de temps à tergiverser, et allez de l’avant.”
Un conseil avisé, souvent répété par les artistes, et qui s’est révélé payant pour cette équipe.
Découvrez dès à présent le film S.O.U.R.C.E. en intégralité, un film de fin d’études 2024 signé ESMA, disponible en intégralité :
