Au-delà des métiers du cinéma d’animation et du jeu vidéo, l’ESMA mène à de nombreuses carrières professionnelles. En effet, les industries qui utilisent la 3D sont de plus en plus nombreuses, de l’automobile à l’aéronautique en passant par le secteur pharmaceutique et l’enseignement.
Nicolas Gracia, lui, a aujourd’hui construit sa carrière d’infographiste et concepteur 3D indépendant. Sorti de l’ESMA Montpellier en 2008 après une formation en animation 3D et effets spéciaux, il a travaillé avec de grands studios internationaux en France, en Belgique et au Luxembourg avant de s’installer comme indépendant en 2015.
Alors qu’il aborde sa dixième année d’activité en tant qu’auto-entrepreneur, nous avons rencontré Nicolas. Avec nous, il a accepté de revenir sur son parcours professionnel singulier, levant le voile sur des débouchés moins connus de notre formation.

Pouvez-vous vous présenter brièvement et nous parler de votre parcours depuis vos années à l’ESMA jusqu’à votre position actuelle de Concepteur 3D?
Bien sûr. Je m’appelle Nicolas Gracia, infographiste et concepteur 3D. Entre 2005 et 2008, j’ai étudié à l’ESMA Montpellier [après un Bac Pro EIE, Electrotechnique, et une année de MANAA Mise A Niveau Arts Appliqués à l’École Bellecour, NDLR]
En sortant de l’école, j’ai commencé dans l’animation sur différents projets, notamment chez Ubisoft à Montpellier sur le jeu vidéo FROM DUST ou chez Onyx Lux 3D au Luxembourg sur la série Charlie Chaplin et la deuxième saison de Iron Man « Armored Adventures ».

Ensuite, j’ai évolué vers des postes de généraliste chez Luxanimation sur Bob et Bobette : Les Diables du Texas, puis chez Nwave en Belgique sur le long métrage Robinson Crusoë. C’est en 2015 que j’ai débuté mon activité de concepteur 3D.
Aujourd’hui, je travaille sur des projets mêlant architecture, design produit, BIM [“Building Information Modeling”, que l’on peut traduire par Modélisation des informations du bâtiment, une méthode de gestion des projets de construction basée sur une maquette numérique 3D contenant des données fiables et structurées, NDLR] et visualisation pour les architectes, mais aussi sur du design produit.
Et ce, en freelance et en collaboration avec différents studios, que ce soit dans l’industrie ou dans la communication.
Qu’est-ce qui vous a amené à choisir cette école et ce secteur ?
Je suis passionné depuis toujours par le cinéma d’animation, le jeu vidéo et l’image. L’ESMA avait déjà une très bonne réputation artistique et technique, et c’était pour moi la meilleure porte d’entrée vers ce métier. Cette formation m’a apporté une base solide en animation, modélisation et lighting, mais surtout une méthode de travail : pipeline, travail en équipe, gestion de production. C’est ce qui m’a permis de m’adapter ensuite à des secteurs très différents.
Avec du recul, ce qui m’a le plus marqué, ce sont les projets de groupe, les nuits blanches, et le film de fin d’études. Au travers de ces expériences, j’ai appris énormément sur la collaboration, la rigueur et la gestion du stress dans des projets d’envergure.
Ce que vous faites aujourd’hui correspond-il à ce que vous imaginiez en tant qu’étudiant ?
Pas totalement. Je pensais travailler uniquement dans l’animation 3D, mais le métier est devenu beaucoup plus hybride. En fait, c’est la 3D elle-même qui, combinée à mes choix personnels et professionnels, m’a amené vers l’architecture, le BIM et le design.
Quels types de projets développez-vous actuellement ?
Je travaille sur des rendus architecturaux, de la visualisation produit, des vidéos 3D pour l’industrie et des projets BIM. Dans le cadre de ces différentes missions, j’interviens souvent de la conception à la livraison, en passant par la direction artistique. Pouvoir combiner créativité, précision technique et gestion complète de production dans mes projets, c’est une grande fierté. C’est gratifiant de voir un projet 3D se concrétiser dans le réel.

Quelles seraient les compétences aujourd’hui primordiales pour un jeune concepteur 3D?
Des bases artistiques solides, de la polyvalence technique, une bonne compréhension des pipelines pour commencer. La capacité à communiquer avec les clients et une grande adaptabilité aux nouveaux outils, d’autre part. Un mélange de compétences techniques et humaines.
Comment percevez-vous l’état actuel du secteur de la conception 3D en France et à l’international ?
De manière pragmatique; La demande existe, mais les attentes en qualité et en rapidité sont très élevées. Les talents français sont reconnus pour leur créativité, mais la mondialisation met les studios en concurrence directe, souvent à moindre coût. Les budgets se resserrent, avec des attentes toujours plus élevées. Je pense personnellement qu’il s’agit d’une transformation structurelle liée aux nouvelles technologies, notamment l’IA, ainsi qu’à la mondialisation du marché.
En tant que professionnels, les nouvelles technologies de L’IA générative, le scan 3D et les outils collaboratifs accélèrent la production et ouvrent de nouvelles pistes créatives, mais exigent une veille constante. On peut tester plus vite et itérer davantage, mais il faut savoir bien encadrer les projets et accompagner des clients qui arrivent avec plus de références et d’exigences.
Dès lors, qu’est-ce qui fait selon vous un bon professionnel dans le secteur aujourd’hui?
La rigueur, la curiosité, la capacité à communiquer avec les clients et à travailler en équipe. La technique seule ne suffit plus. C’est pour cela que l’accompagnement des jeunes diplômés est très important. Ils ont souvent un bon niveau artistique, mais manquent d’expérience sur les contraintes réelles : délais, budget, relation client… Cela dit, les partenariats entre écoles et studios se développent, et c’est positif. Je suis pour l’ajout d’encore plus de projets en conditions réelles de production. Aujourd’hui, les équipes sont plus petites mais plus polyvalentes, il faut pouvoir être réactif. Et comme je le disais plus tôt, les délais raccourcissent, mais la qualité attendue augmente.
Et vous, comment conciliez-vous innovation technologique et exigence artistique dans vos projets ?
En gardant la direction artistique au centre : la technologie est un outil qui doit servir l’idée, jamais l’inverse.
Quelles tendances vous semblent majeures à moyen ou long terme pour le secteur ?
Temps réel, BIM avancé, IA assistée, expériences immersives, convergence entre architecture, design et animation. Avec, pour la France, une place à jouer. Aujourd’hui, notre pays reste reconnu pour sa créativité et sa qualité artistique. Il faut continuer à cultiver cette identité dans un marché global.
Et vous, où vous voyez-vous dans 5 ans ?
Dans cinq ans, je me vois continuer à évoluer comme concepteur 3D, avec davantage de direction artistique, des collaborations toujours plus passionnantes et stimulantes. L’objectif reste le même : travailler sur des projets exigeants, créatifs et techniquement innovants.
Quel conseil donneriez-vous aux étudiants qui se forment aujourd’hui ?
Travaillez vos bases artistiques, soyez curieux, faites des projets personnels et apprenez à communiquer votre travail. Du côté des écoles, enseigner la gestion de production et la relation client va également dans ce sens. Tout en renforçant les mises en pratique, au travers de projets en conditions réelles comme je l’évoquais plus tôt.
Une dernière chose que vous aimeriez partager ?
La 3D est un métier exigeant mais passionnant : la technologie évolue sans cesse, mais la créativité et la persévérance restent les clés.
Pour découvrir les projets de Nicolas, rendez-vous sur son site web.











































