Camille Lecour

Diplomée de l’ESMA Lyon en 2023, qu’elle avait intégré pour son caractère international, Camille Lecour a intégré l’industrie durant l’une de ses périodes les plus difficiles.

super mario galaxy extrait
Photo de Camille Lecour
Année de promotion
2023
Entreprise actuelle
CI Games
Poste actuel
Rigger / Technical Animator

Malgré tout, c’est avec persévérance qu’elle a poursuivi sa volonté de s’intégrer dans le secteur, jusqu’à décrocher un emploi au sein d’Illumination Studio Paris, pour travailler sur Super Mario Galaxy, rien que ça. 

Depuis, entre projets personnels et nouvelles opportunités, Camille poursuit sa carrière dans l’industrie de l’animation, à la fois pragmatique et résolue. 

Rencontre avec cette ancienne étudiante aussi bienveillante que généreuse dans ses conseils.

Pouvez-vous vous présenter brièvement et nous parler de votre parcours depuis vos années à l’ESMA jusqu’à votre poste actuel ?

Dès la deuxième année à l’ESMA, j’avais des cours en anglais, et c’est également une des raisons qui m’ont poussé à choisir l’ESMA Lyon plus précisément. En 2021, pendant ma deuxième année, j’ai fait un stage en animation 3D chez ROKiT studio, qui a fermé depuis.

portait camille lecour

J’ai été diplômée en 2023, période très difficile en termes d’emploi tant dans les secteurs du film, des VFX et du jeu vidéo. J’ai fait de nombreuses candidatures, mais c’est en répondant à une offre postée par Illumination Studios Paris pour un rigger junior que j’ai décroché mon premier poste dans l’industrie, en janvier 2024. Je suis restée en poste pendant un peu plus d’un an, sur Super Mario Galaxy et un autre projet qui a déjà été annoncé. 

S’en est suivi une période de 8 mois de chômage, malgré à nouveau de nombreuses candidatures. J’ai pu en profiter pour travailler sur le court métrage Nos Entraves en tant que rigger de props. Je suis maintenant en poste en tant que rigger et technical animator chez CI games depuis octobre 2025.

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Super Mario Galaxy © 2026 Nintendo and Universal Studios. All Rights Reserved.

Qu’est-ce qui vous a amené à choisir cette école et ce secteur ?

league of legend visuel
League of Legends ©RiotGames

À l’époque du lycée, j’appréciais beaucoup l’animation, et surtout les clips produits par le studio Fortiche en partenariat avec Riot Games (j’étais une très grande fan de League of Legends à l’époque). 

C’est un camarade de classe qui m’a parlé de l’ESMA, et de fil en aiguille, j’ai réalisé qu’il y avait toute une industrie en France pour faire ces métiers de l’animation.

Au début, ma mère voulait plutôt que je m’oriente vers une école publique, mais la qualité des courts métrages de fin d’étude, et la renommée de l’ESMA m’ont aidé à la convaincre.

Qu’est-ce que votre formation vous a apporté, concrètement ?

Avant tout, d’excellentes compétences qui m’ont permis de faire une bande démo de qualité. En discutant avec plusieurs collègues au fil du temps, j’ai réalisé que l’ESMA via sa formation animation 3D et effets spéciaux proposait un bon environnement de travail, que ce soit au niveau des locaux, du matériel ou des licences de logiciels. Il y a eu aussi plusieurs rencontres avec des professionnels, qui nous ont permis d’avoir des réponses concrètes et un point de vue éclairé.

Avec du recul, qu’est-ce qui vous a le plus marqué pendant vos années à l’école ?

En positif, je dirais les rencontres que j’ai pu faire. Que ce soit mes camarades de promos qui sont maintenant des amis ou des collègues, les professeurs ou les professionnels dont je parlais plus tôt, ils ont tous contribué à faire de moi la personne que je suis aujourd’hui. 

En négatif, je dirais ma dernière année. C’était un plaisir de travailler sur mon court métrage de fin d’études, et j’étais entourée de personnes talentueuses et motivantes, mais certaines conditions exceptionnelles ont rendu la production particulièrement compliquée. Je suis contente du résultat final, mais il est vrai qu’il y a toujours cette petite frustration de savoir que le film aurait pu être encore meilleur sans ça.

Ce que vous faites aujourd’hui correspond-il à ce que vous imaginiez en tant qu’étudiant ?

Globalement oui. J’ai toujours eu un attrait pour la technique, et le côté “matheux” des choses, donc dès la première année, j’avais un intérêt pour le rigging, même si je savais que je ne le commencerait qu’en deuxième année. Il y a tout un aspect technique dans la recherche de solutions que j’aime beaucoup, mais il y a aussi un côté satisfaisant à faire de belles déformations.

Pouvez-vous nous présenter brièvement votre poste à l’heure actuelle?

Je suis technical animator spécialisée en rigging, c’est-à-dire que je fais principalement de la déformation de personnages et de props pour du jeu vidéo, mais j’accompagne aussi les animateurs lorsqu’ils ont des demandes ou besoins particuliers. Je fais un peu de setup d’assets dans Unreal Engine, que ce soit pour accompagner les déformations prévues depuis Maya, ajouter des comportements additionnels (simulations, conservation de volume) ou d’autres tâches relevant de notre département (autres setups en rapport avec les personnages, comme du démembrement ou des prérequis techniques pour le bon fonctionnement du jeu).

Aujourd’hui, je travaille sur un jeu vidéo: Lords of the Fallen 2. Sur mon temps personnel, j’ai commencé un court métrage en animation 3D qui me permet aussi de développer mon autorig.

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Lord Of The Fallen 2 ©2026 CI Games SE. All rights reserved.

Quel est le projet dont vous êtes le plus fier à ce jour ?

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Nos entraves ©Joe Azar

Je pense que c’est le court-métrage Nos Entraves de mon ami Joe Azar. C’était une production indépendante, qui est plus à échelle humaine que les autres projets sur lesquels j’ai pu travailler. Je sais que mon travail et ma présence ont eu un impact direct sur le résultat final, là où, dans des organisations plus grandes, on est plus un graphiste comme un autre. 

Évidemment, c’est aussi hyper gratifiant de travailler dans ces grandes structures. L’organisation du travail n’est pas la même, et ça fait toujours un petit truc au cœur de travailler sur des grosses licences comme Mario ou Lords of the Fallen.

Comment percevez-vous l’état actuel du secteur (animation / jeu vidéo) en France et à l’international ?

Le bon terme serait troublé je pense. Soyons honnêtes, la crise est toujours là. Des studios ferment, les offres se font rares, et le nombre de personnes qualifiées sur le marché est énorme.

En tant que graphiste je n’ai pas forcément accès de manière transparente aux budgets, mais il semble que le nombre de projets soit à la baisse ces dernières années.

Après, je n’ai pas beaucoup de recul en termes de temps, je ne pense pas être la mieux placée pour faire des estimations sur ce sujet. Pour le cas de la France, il est certain que le budget alloué à la culture est revu à la baisse, et cela a forcément un impact négatif sur le nombre et la qualité des productions.

Est-ce selon vous un simple cycle ou une transformation plus structurelle du secteur ?

En discutant avec mes collègues, ce qui ressortait beaucoup c’est qu’il y a toujours eu des tensions dans l’industrie. Cela n’a jamais été facile de percer dans le cinéma ou dans le jeu vidéo, même si certaines périodes ont été plus propices. Je pense qu’il va tout de même y avoir une transformation structurelle du secteur: le pouvoir d’achat ne permet plus le même rapport au divertissement qu’avant, et l’arrivée de l’IA va changer la donne.

Dans ce marché tendu, qu’est-ce qui fait selon vous un bon professionnel aujourd’hui?

Pour moi il n’y a pas de recette miracle, ça se joue surtout par être au bon endroit au bon moment. Maintenant, il faut quand même en prérequis avoir une bonne démo pour le poste ciblé, et un bon rapport à l’humain aussi. On passe la majeure partie de notre temps avec nos collègues, alors c’est toujours plus agréable quand on peut rire ensemble, surtout quand la production devient compliquée. Derrière, ça permet aussi de développer son réseau, on aura plus tendance à vouloir retravailler avec quelqu’un avec qui on a eu des atomes crochus. 

Les jeunes diplômés arrivent-ils suffisamment préparés selon vous ?

Selon moi, ce qui manque le plus aux jeunes diplômés, c’est de connaître la réalité de l’organisation de l’industrie. Les artistes enchaînent les contrats courts, avec le statut d’intermittent du spectacle pour le travail sur les séries, films, pub et VFX. C’est une situation assez précaire, et c’est difficile de se projeter dans l’avenir quand on ne sait pas si on sera sous contrat d’ici trois mois. C’est pour cette raison je pense que c’est aussi une industrie avec des gens assez jeunes: c’est plus facile de faire des projets de vie avec une situation stable et/ou prévisible.

Quel regard portez-vous sur l’évolution des relations entre écoles et studios ?

Il est important de garder une communication étroite entre ces acteurs. L’idéal serait que les studios communiquent plus sur leurs prévisions en besoins pour que les écoles adaptent leurs effectifs en fonction. Ça permettrait aussi aux autres professionnels du secteur de mieux se situer et anticiper leur année. Mais ça n’est pas forcément possible lorsque les studios eux-mêmes attendent parfois des contrats et des subventions qu’ils ne sont pas sûrs d’obtenir.

En quoi les nouvelles technologies (Unreal, IA générative, motion capture temps réel, outils collaboratifs…) ont-elles changé votre manière de produire ?

Ces nouvelles technologies apportent des outils qu’il est bon, a minima, de connaître. L’IA générative a son lot de controverses (problèmes de droits d’auteurs, désastre environnemental, explosion du prix des composants électroniques) mais elle peut aussi être un outil puissant. 

De la même manière que la motion capture n’a pas remplacé les animateurs, je ne pense pas que l’IA générative remplacera complètement des métiers. Les LLMs peuvent halluciner des réponses qui ne fonctionnent pas dans le cadre du code par exemple. Les images générées pour du concept art ne suffisent pas (proportions pas bonnes, anatomie impossible, différents angles incompatibles), etc. Par contre, il est certain qu’une augmentation de la productivité va amener à moins de besoin en termes d’effectifs. 

Pour l’IA générative en particulier, je reste vigilante sur un point: je ne la laisse pas réfléchir à ma place. Oui, c’est pratique de lui faire reformuler un texte, de faire de la mise en page, etc, mais c’est autant de moments où ma réflexion fonctionne, et s’entraîne. Il est important pour moi de garder une discipline mentale, de la même manière qu’il ne faut pas passer trop de temps inactif pour garder un corps en bonne santé. 

Cela a-t-il un impact sur la structuration des équipes, les budgets, ou les délais ?

Pour l’instant, je n’ai pas ressenti d’impact. On nous demande les mêmes choses, parfois avec des délais plus serrés, mais je n’ai jamais entendu « faites le avec l’IA, ça ira plus vite ». Mais ça n’est que mon expérience personnelle. D’un point de vue pipeline, c’est très lourd d’ajouter ou de modifier des procédés, ça va demander beaucoup d’inertie pour se mettre en place du côté structurel.

Une chose est sûre, il faut pour moi laisser l’outil et l’artiste à leur place respective. 

Quels sont les univers ou les projets qui vous inspirent aujourd’hui?

Cela me suit depuis mon entrée à l’école, mais j’aimerais toujours beaucoup travailler chez Fortiche. J’ai envie de faire des projets de qualité, et qui ont du sens pour moi, que ce soit dans le résultat final ou dans le travail que je fais.

Pour aller plus loin dans ce sens, il est clair que le cinéma français jouit d’une reconnaissance à l’international. La “french touch” fait partie des arguments de vente , mais il y a aussi de nombreuses aides qui aident le territoire à rester attractif. 

Et vous, où vous voyez-vous dans 5 ans ?

Toujours dans l’industrie, je l’espère. Mais c’est difficile de se projeter avec toutes ces tensions. J’ai la chance d’avoir un poste stable actuellement. Et, cerise sur le gâteau, j’y apprends beaucoup de choses qui me seront utiles à l’avenir.

Quel conseil donneriez-vous aux étudiants qui se forment aujourd’hui ?

N’hésitez pas à développer votre réseau. Ça implique de venir aux événements de rencontre, mais aussi de savoir utiliser LinkedIn. A titre personnel, je préfère ajouter un petit texte pour me présenter lorsque j’envoie une invitation pour une nouvelle connexion. Pensez aussi à cibler des contacts dans les domaines qui vous intéressent, et qui sont pertinents pour vous.

Il y a également de nombreuses ressources pour vous aider à vous éclairer: France Travail a des ateliers et des accompagnements dédiés aux intermittents du spectacle. La chaîne youtube de 3DVF a de nombreuses conférences qui abordent des sujets concrets, et notamment les chiffres de l’emploi en 2025.

Côté écoles, il faut calibrer les effectifs au marché du travail. Et il serait aussi judicieux d’avoir des introductions aux nouvelles technologies (mocap, IA, Unreal) dans le cadre de masterclass ponctuelles par exemple. 

Enfin, sachez qu’il n’y a aucun mal à se réorienter et à changer d’industrie si ça ne fonctionne pas pour vous, qu’elle qu’en soit la raison. La valeur d’un individu ne se mesure pas à son employabilité.

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